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Les principaux éléments de la – grande – réforme de l’éducation en Israël

Les étudiants devront réussir 4 à 5 examens au lieu de 12 à 14 ; la réforme devrait entrer en vigueur l'an prochain

Un élève du lycée Hartman de Jérusalem passe un examen de fin d'études en mathématiques en 2010 (Yossi Zamir / Flash90)
Un élève du lycée Hartman de Jérusalem passe un examen de fin d'études en mathématiques en 2010 (Yossi Zamir / Flash90)

Le ministère de l’Éducation a annoncé qu’il mettrait en œuvre une réforme majeure des examens de fin d’études en Israël, connue sous le nom de bagruyot, réduisant le nombre d’examens finaux que les étudiants doivent réussir pour recevoir leur certificat de douze années d’études.

La réforme, dirigée par le ministre de l’Éducation Yifat Shasha-Biton et un groupe de 200 enseignants, directeurs d’école et universitaires, réduira considérablement le nombre d’examens requis passant de 12-14 examens à seulement 4-5.

Selon le nouveau plan, rapporté pour la première fois dimanche par le journal télévisé de la Douzième chaîne, les étudiants devront valider des examens dans quatre matières – mathématiques, anglais, langue et une autre matière au choix. Les étudiants pourront volontairement choisir d’être interrogés sur une cinquième matière au choix.

D’autres cours comme la littérature, l’histoire, la Bible et l’éducation civique, qui font actuellement partie des examens finaux conçus et rédigés par le ministère de l’Éducation, auront lieu et seront notés en interne par chaque lycée.

La ministre de l’Éducation Yifat Shasha-Biton rend visite aux élèves de l’école Ramon à Modiin, le 12 octobre 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Le ministère a toutefois noté que le niveau attendu des étudiants dans ces matières sera beaucoup plus élevé, tout en respectant les normes académiques en vigueur.

Derrière cette réforme (passage de examens en interne), l’idée « est de créer un processus d’apprentissage significatif », au lieu de « seulement mémoriser et régurgiter les informations sur un morceau de papier », afin de fournir aux étudiants une expérience d’apprentissage dont ils se souviendront réellement, a rapporté la Douzième chaîne.

La réforme introduira également des dissertations obligatoires, qui exigent des étudiants ce que le ministère de l’Éducation appelle « les compétences de demain », telles que poser des questions critiques, analyser des informations, parler devant un public et d’autres capacités de communication verbale. Contrairement aux examens internes, ces épreuves seront examinées et notées par des inspecteurs externes du ministère de l’Éducation.

Le dernier aspect majeur de la réforme prévue sera l’introduction d’un programme pratique visant à préparer les élèves de terminale à la vie après le lycée et après leur service militaire, en se concentrant sur la gestion financière et en naviguant sur les marchés du travail israélien et mondial.

Ran Erez, président de l’Association des enseignants du secondaire, devant le Tribunal national du travail, le 27 août 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

La vaste réforme devrait entrer en vigueur dès l’année prochaine.

L’ancien ministre de l’Éducation, Shai Piron, a qualifié la réforme « d’étape importante et nécessaire », et a déclaré que Shasha-Biton était « courageuse » de l’avoir proposée.

« Sept ans se sont écoulés depuis que nous avons entamé une réforme visant à rendre l’expérience d’apprentissage plus concrète. Malheureusement, le processus s’est arrêté et n’a pas progressé comme je l’espérais. Mais ici, grâce à [madame la ministre Shasha-Biton] et son équipe – cela pourrait arriver », a-t-il écrit sur Facebook lundi.

Selon Piron, ce ne sont pas seulement les examens qui sont obsolètes dans le système éducatif israélien. « Nous devons remplacer/ajouter/changer les façons de tester nos élèves. Il faut ajouter plus de cours, plus de disciplines : gestion financière, débat, santé, nutrition, étude des genres. Nous devons enseigner la philosophie et la recherche. Nous devons approfondir les questions d’identité et d’appartenance. Il ne faut pas s’habituer au programme scolaire. Certaines parties ne sont plus pertinentes », a-t-il écrit.

« Un programme sous forme de cours de 45 minutes, sept heures par jour, cinq jours par semaine n’a plus sa place. Nous devons considérer le temps d’une manière complètement différente », a-t-il ajouté.

Alors que beaucoup ont salué la réforme de Shasha-Biton comme un changement indispensable dans un système qui est resté statique depuis des années, d’autres ont exprimé leur indignation et leur confusion quant à ses implications.

Ran Erez, président de l’Association israélienne des enseignants du secondaire, a déclaré lundi à la chaîne publique Kan qu’il était choqué d’apprendre que Shasha-Biton faisait avancer la réforme. Selon Erez, il n’a été informé des plans que par un fonctionnaire du ministère de l’Éducation qu’il a rencontré sur un tout autre sujet.

« J’ai compris qu’ils ont essayé de me le cacher », a-t-il dit, affirmant que Shasha-Biton lui avait assuré lors d’une précédente réunion qu’elle n’avait pas l’intention de réduire le nombre d’examens finaux. « J’ai eu mal au ventre quand j’ai entendu parler du plan », a-t-il déclaré.

D’autres ont affirmé que l’annulation d’examens externes et surveillés dans tant de classes réduirait les normes existantes et favoriserait une attitude « laxiste ».

« Annuler le bagrut dans toutes les sciences humaines est une erreur pédagogique et un mauvais message… Nous avons perdu notre âme », a déclaré l’ancienne directrice générale du ministère de l’Éducation, Ronit Tirosh, qui a dirigé un comité visant à modifier les grandes lignes des examens finaux sous l’ancien ministre de l’Éducation, Yoav Gallant.

« Les étudiants n’écrivent pas. C’est dommage de renoncer aux cours de sciences humaines », a-t-elle ajouté.

Ses commentaires ont été repris par un directeur d’école adjoint anonyme du centre d’Israël, qui a déclaré à Kan que la réforme de Shasha-Biton était « un grand projet… pour la Finlande », expliquant qu’en Israël, il en résulterait que les classes qui ne seront pas testées à l’extérieur perdront lentement leur importance et les heures qui leur sont allouées.

Il a également fait valoir que les universités ne prendraient pas bien la réforme. « Quiconque pense que le milieu universitaire reconnaîtra ces notes comme un indicateur, se trompe », a-t-il soutenu, affirmant que « l’idée que chaque étudiant en Israël soit capable d’écrire un document de recherche approprié est une illusion ».

Les examens finaux, ou bagruyot, peuvent avoir un impact significatif sur l’avenir d’un étudiant. Les notes obtenues sont un critère majeur dans les candidatures aux unités militaires d’élite et aux institutions universitaires israéliennes. Le certificat de « bagrut » est décerné aux étudiants qui réussissent les examens requis avec une note de 56 % minimum dans chacun d’entre eux.

La réforme des bagruyot est la dernière d’une série de changements systémiques que Shasha-Biton a menés depuis sa nomination au poste de ministre de l’Éducation en juin 2021.

Le mois dernier, le quotidien économique Calcalist rapportait que la ministre avait annoncé un plan visant à donner plus d’autonomie financière aux directeurs d’école. Selon le journal, chaque directeur recevra un budget entre 250 000 NIS et 1 million de NIS, en fonction de la taille et du statut socio-économique de l’école, afin qu’il ait plus de liberté pour poursuivre ses objectifs éducatifs.

Israël est considéré comme un système exceptionnellement centralisé en ce qui concerne les processus de prise de décision, laissant les directeurs d’école pratiquement sans mot à dire pour manœuvrer au sein du système. Selon cette réforme, qui devrait débuter l’année prochaine, ils auront plus de flexibilité pour répondre aux besoins spécifiques de leurs élèves.

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