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Les projets d’expulsion d’étrangers de l’AfD rapellent la Conférence de Wannsee

Près d'un million d'Allemands se sont mobilisés contre l'extrême droite suite à une conférence sur la "remigration", organisée là où les nazis ont planifié la "solution finale" des Juifs

Des milliers de personnes se rassemblent pour manifester contre l'extrémisme de droite, à Cottbus, en Allemagne, le 21 janvier 2024. (Crédit : Frank Hammerschmidt/dpa via AP)
Des milliers de personnes se rassemblent pour manifester contre l'extrémisme de droite, à Cottbus, en Allemagne, le 21 janvier 2024. (Crédit : Frank Hammerschmidt/dpa via AP)

BERLIN (JTA) – Près d’un million d’Allemands se sont mobilisés contre l’extrême droite ce week-end après la publication d’un article choc révélant que les dirigeants d’un parti d’extrême droite avaient secrètement discuté de projets d’expulsion d’étrangers, y compris ceux qui ont obtenu la nationalité allemande.

La réunion, révélée par un média d’intérêt public, a eu lieu dans une villa au bord d’un lac et, pour beaucoup, a rappelé de manière pénible la réunion des dirigeants nazis à Wannsee, non loin de là, en 1942, pour élaborer un plan de déportation puis d’assassinat des juifs. Selon l’article, d’éminents néo-nazis ont participé à la réunion de novembre.

Suite à ces révélations, la plus grande organisation juive du pays a réitéré ses objections de longue date à l’égard du parti, connu sous le nom d’Alternative pour l’Allemagne ou AfD.

« Quiconque s’est demandé pourquoi l’Office fédéral de protection de la Constitution classait l’AfD comme un groupe d’extrême droite présumé a maintenant une réponse », a indiqué Josef Schuster, chef du Conseil central des Juifs en Allemagne, dans un communiqué. « Cette réunion montre le grand danger que l’AfD et ses partisans représentent pour notre société libre et démocratique et pour notre coexistence pacifique. »

Selon l’article publié par Correctiv, qui se décrit comme une société de médias pro-démocratie et d’intérêt public, d’éminents extrémistes de droite et une poignée de politiciens de la droite classique se sont réunis secrètement pour élaborer des stratégies sur l’expulsion – ou, comme ils l’appellent, la « remigration » – de millions d’étrangers et de personnes ayant la double nationalité.

Des néonazis, dont Martin Sellner, ancien dirigeant du mouvement identitaire d’extrême droite autrichien, des hommes d’affaires de droite et deux membres du Parti chrétien-démocrate allemand de centre-droit, étaient également présents aux côtés de membres influents de l’AfD qui se sont réunis dans un hôtel des années 1920 près de Potsdam, selon Correctiv.

Le leader autrichien de la fierté blanche Martin Sellner dans une interview, diffusée le 25 avril 2017. (Crédit : Capture d’écran SBS : utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

L’article indique qu’en substance, le projet de l’extrême droite consiste à « extrader de force toute personne en Allemagne qui n’a pas la bonne couleur de peau, les bons parents ou qui n’est pas suffisamment ‘assimilée’ à la culture allemande selon les critères de personnes telles que Sellner. Et ce, même s’ils ont la nationalité allemande ».

Les projets élaborés lors de la réunion sont une « attaque féroce contre la constitution allemande » et donnent « un aperçu sinistre de ce qui pourrait se passer si l’AfD arrivait au pouvoir », a déclaré l’organisation dans son article.

Puisant dans les sentiments nationalistes et anti-immigrants en Allemagne, l’AfD a grimpé dans les sondages, dépassant parfois la popularité des principaux partis de droite. Bien que le parti n’ait pas obtenu suffisamment de voix pour gagner des sièges au parlement du pays aux dernières élections nationales de 2020, un candidat de l’AfD a remporté une course pour un bureau régional pour la première fois l’été dernier, dans l’est rural de l’Allemagne, et le parti devrait gagner du terrain dans cette région lors des prochaines élections régionales qui doivent se tenir le mois prochain.

Les rassemblements, qui ont eu lieu dans plus de 100 villes et villages pendant plusieurs jours, visaient à démontrer qu’une grande partie des Allemands rejettent les positions de l’AfD.

« Le fascisme n’est pas une alternative », pouvait-on lire sur des pancartes brandies par des manifestants, rassemblés près d’une semaine après la première révélation de la tenue d’une réunion secrète du parti destinée à élaborer une stratégie de lutte contre la tolérance de l’Allemagne à l’égard de l’immigration.

La réunion s’est tenue dans une villa au bord du lac Lehnitz, à une trentaine de kilomètres de la villa où s’est tenue en 1942 la conférence de Wannsee organisée par les nazis pour discuter de la « solution finale » – un euphémisme pour désigner le génocide des juifs d’Europe.

« La terminologie n’est pas différente, le lieu n’est pas différent – la seule différence est que nous sommes déjà passés par là », a confié Andrea Römmele, professeure dans une université privée de Berlin, au New York Times.

Wannsee Conference Villa (photo credit: Wikimedia Commons)
La villa de la Conférence de Wannsee. (photo credit: Wikimedia Commons)

Schuster a rejeté la comparaison avec la Shoah, déclarant que « le meurtre industriel de masse des Juifs d’Europe est unique dans l’histoire pour son caractère sans pitié et dément ». Certains manifestants portaient cependant des pancartes faisant un lien direct entre la réunion secrète et l’assassinat massif des Juifs d’Europe par l’Allemagne. Certaines de ces pancartes indiquaient notamment « Plus jamais ça » et « Maintenant, nous savons ce que nous aurions fait à la place de nos grands-parents ».

Alice Weidel, codirigeante de l’AfD, a qualifié les comparaisons avec les nazis « d’inconsidérées », « d’excessives » et de « banalisation scandaleuse des crimes nazis » – reprenant des termes que les critiques ont utilisés pour décrire les déclarations de collègues dirigeants de l’AfD, comme l’ancien dirigeant du parti Alexander Gauland, qui a qualifié en 2018 l’ère nazie de simple période « merdique » dans les 1 000 ans d’histoire de l’Allemagne.

Weidel a critiqué les méthodes de Correctiv, qui aurait notamment loué un bateau pour prendre des photos de la réunion de loin et obtenu des images enregistrées sur une montre numérique depuis l’intérieur de la villa (l’organisation aurait également parlé à des personnes ayant assisté à la réunion).

Elle n’a cependant pas démenti qu’une réunion avait bien eu lieu, que son conseiller personnel, l’ancien membre du Bundestag Roland Hartwig, était présent aux côtés de personnalités d’extrême droite connues, ou qu’un projet d’expulsion d’étrangers avait été discuté. Hartwig a été démis de ses fonctions « d’un commun accord ».

Alice Weidel, co-dirigeante du parti de l’Alternative pour l’Allemagne, à Berlin après les élections allemandes, le 25 septembre 2017. (Crédit :Sean Gallup/Getty Images)

L’AfD tire sa force de la rancœur populiste à l’égard des réfugiés qui sont arrivés en Allemagne au cours des dix dernières années en provenance de zones de conflit du Moyen-Orient, d’Extrême-Orient et d’Afrique, et plus récemment à l’égard de ceux qui ont fui l’Ukraine. Depuis toujours, les militants d’extrême droite préconisent l’expulsion de ceux qu’ils considèrent comme des étrangers pour résoudre les problèmes socio-économiques. L’AfD est connue pour sa position apologétique à l’égard de la Russie et sa critique de l’OTAN.

L’AfD se maintient en deuxième position dans les sondages nationaux, légèrement derrière l’Union chrétienne-démocrate. La coalition centriste au pouvoir est tombée à une lointaine troisième place. En réponse à l’article de Correctiv, le chancelier Olaf Scholz a déclaré que tout projet d’expulsion d’immigrants ou de citoyens serait « une attaque contre notre démocratie et, par conséquent, contre nous tous ».

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