Les « répercussions » de l’épidémie pourraient être plus mortelles que le virus
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Les « répercussions » de l’épidémie pourraient être plus mortelles que le virus

Les médecins redoutent que certains patients soient pétrifiés à l'idée de se rendre à l'hôpital pour des traitements habituels et que beaucoup manqueront des examens importants

Des policiers masqués bloquent l'entrée d'un centre commercial à Bnei Brak le 31 mars 2020. (Crédit : AP/Ariel Schalit)
Des policiers masqués bloquent l'entrée d'un centre commercial à Bnei Brak le 31 mars 2020. (Crédit : AP/Ariel Schalit)

La crise sanitaire, qui perturbe le système de soins de santé israélien, pourrait tuer plus de gens que la maladie elle-même, a affirmé un médecin de renom.

L’avertissement d’Anthony Luder, directeur du service pédiatrique du centre médical Ziv à Safed, est survenu alors qu’un groupe de réflexion influent sonnait l’alarme sur le fait que l’effet « collatéral » de la crise du coronavirus pourrait entraîner plus de décès que le virus en lui-même, et après qu’un ministre a déclaré qu’il était préoccupé par le fait que des personnes s’ôtent la vie.

« Nous pourrions avoir plus de suicides que de décès dus au coronavirus », a estimé mardi le ministre de la défense Naftali Bennett, suggérant que les conséquences économiques pousseront certains Israéliens à se suicider si le confinement était en vigueur trop longtemps.

M. Luder craint qu’un effet domino potentiellement mortel de la crise ne se fasse sentir dans le système de santé même qui traite les patients atteints de coronavirus. « Il est tout à fait plausible que plus de personnes meurent des effets d’entraînement que du coronavirus lui-même », a-t-il déclaré au Times of Israël.

Anthony Luder a été témoin de ce qu’il considère comme des cas choquants où la vie d’enfants a été mise en danger parce que les parents sont pétrifiés à l’idée d’aller à l’hôpital. « Nous commençons à voir un nombre croissant de cas où des enfants sont malades, sont gardés à la maison, puis développent des complications difficiles à traiter et dangereuses pour l’enfant », a-t-il averti.

« Un enfant est arrivé avec une appendice éclatée – elle avait éclaté chez lui. Les parents n’avaient rien fait parce qu’ils avaient peur d’aller aux urgences. Au moment où il est arrivé, il avait un gros abcès dans l’abdomen et devait être opéré ». Si l’enfant avait été rapidement hospitalisé, a dit M. Luder, il aurait peut-être été traité sans chirurgie, ou peut-être seulement par cœlioscopie.

Il a ajouté : « Nous commençons à accumuler les cas de ce genre. Nous avons eu un enfant qui est resté chez lui pendant quatre ou cinq jours avec une méningite. »

Dr. Anthony Luder, Directeur du service pédiatrique de l’hôpital Ziv de Safed. (Capture écran/YouTube)

Il craint que ce ne soit que le début de l’effet « domino » et s’attend à ce que certains patients atteints de diabète et d’autres maladies qui doivent être prises en charge voient leur santé s’aggraver à mesure que leurs rendez-vous sont annulés. « Comme cette urgence s’étend sur des semaines, voire des mois, les personnes ayant besoin d’évaluations pour des maladies chroniques – hypertension, épilepsie, diabète, problèmes cardiaques et une longue liste – ne seront pas suivies. Ces choses peuvent causer des problèmes aigus et éventuellement des complications qui peuvent s’avérer irréversibles.

« Au fil du temps, le risque que les gens ne bénéficient pas de soins de routine devient de plus en plus grand. »

D’autres médecins pensent cependant que ce pessimisme est déplacé. « Je ne crois pas à ce scénario pessimiste », a réagi Elliot Berry, ancien directeur de l’École de santé publique Hadassah Braun de l’Université hébraïque. « Nous sommes connus pour notre résistance et les équipes médicales des HMO [caisses d’assurance maladie] sont bonnes, et nous avons la télémédecine. »

« Nous avons assez de problèmes avec le coronavirus, nous n’avons pas à trop nous inquiéter de l’effet domino », a-t-il ajouté.

M. Berry a même exprimé son optimisme quant au fait que le nouveau recours à la télémédecine aurait un effet positif et durable sur le système de santé.

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Mais l’Institut Taub, un institut de recherche socio-économique, vient de publier un rapport sombre qui affirme que les « dégâts collatéraux » de la crise seront graves. Il fait part de ses préoccupations concernant les Israéliens qui ne pourront pas bénéficier d’un diagnostic précoce, les hôpitaux annulant de plus en plus souvent les rendez-vous de routine.

« Si la crise nous empêche de faire des scanners précoces pour les cancers et les maladies cardiaques, cela pourrait en fait avoir un effet plus important que les décès dus aux coronavirus », prédit Alex Weinreb, directeur de recherche au Centre Taub.

Il a indiqué qu’Israël est un leader mondial dans la réduction des taux de mortalité par cancer et maladies cardiaques. « Ils font environ 17 000 victimes chaque année, et si le dépistage est interrompu, nous craignons une augmentation significative », a-t-il ajouté.

Comme les examens non urgents ont déjà été annulés dans de nombreux hôpitaux, et que d’autres devraient suivre à mesure que la crise s’aggrave, M. Weinreb a averti que cela entraînera un retard de plusieurs mois dans le traitement des tests – et un manque de soins de santé préventifs.

Après la crise du coronavirus, les Israéliens devraient se préparer à une période de deux ans avec un nombre de décès plus élevé que la normale pour des maladies qui seraient normalement détectées, a mis en garde M. Weinreb, disant que ce pic pourrait facilement dépasser le nombre de décès dus au coronavirus.

Orna Blondheim, qui était directrice générale du centre médical HaEmek à Afula jusqu’à il y a cinq mois, a déclaré au Times of Israël qu’elle suivait de près l’impact de la crise du coronavirus sur le dépistage de maladies, et qu’elle considérait que c’était « une préoccupation actuelle – qui pourrait devenir une véritable inquiétude si elle se prolongeait ».

Elle a déclaré que son inquiétude s’est accrue lundi, lorsque le directeur général du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman-Tov, a annoncé qu’il était peu probable que les écoles rouvrent après Pessah. Cela lui a laissé présager que l’ensemble actuel de restrictions pourrait rester en place pendant des mois, ce qui pourrait avoir des conséquences majeures, alors que « s’il reste quelques semaines, le système peut surmonter le défi du dépistage ».

Il lui a été demandé si elle pensait que la perturbation des tests pourrait coûter plus de vies que le coronavirus : « C’est difficile à calculer, mais oui. »

M. Weinreb a souligné qu’il ne minimisait pas l’importance de la lutte contre le coronavirus, mais a déclaré que l’État devait veiller à trouver des moyens de maintenir autant que possible les autres services de santé et éviter de « sacrifier les réalisations importantes qu’il a accomplies dans d’autres domaines ».

Anthony Luder, de l’hôpital Ziv, a expliqué que ses inquiétudes l’amènent à conclure que le confinement doit être de courte durée. Il a déclaré : « Il est un peu trop tôt pour y mettre fin maintenant, mais j’élargirais considérablement les tests, et dès que les chiffres commenceraient à s’aplatir sur une semaine, je commencerais à assouplir le confinement. »

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