Les résidents d’Evyatar approuvent un accord et quitteront l’avant-poste
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Les résidents d’Evyatar approuvent un accord et quitteront l’avant-poste

Les résidents ont accepté un compromis qui repousse de plusieurs mois l'ouverture de la yeshiva, mais limite le temps que le ministère de la Défense consacrera à l'étude du terrain

Des résidents de l'avant-poste illégal d'Evyatar, dans le nord de la Cisjordanie, le 28 juin 2021. (Crédit : Flash 90)
Des résidents de l'avant-poste illégal d'Evyatar, dans le nord de la Cisjordanie, le 28 juin 2021. (Crédit : Flash 90)

Les résidents d’un avant-poste de Cisjordanie ont donné leur approbation finale, tôt mercredi matin, à un accord avec le gouvernement en vertu duquel ils quitteront le site avant le week-end, sans que celui-ci soit démoli.

L’accord est intervenu quelques heures après que des questions ont été soulevées concernant les revendications des résidents au sujet d’un compromis conclu un jour plus tôt entre les dizaines de familles vivant sur le site et le gouvernement.

Selon les dirigeants des résidents d’implantations, dans le cadre du nouvel accord, une yeshiva ne sera établie sur le site que dans plusieurs mois, et non le 9 août, comme le stipulait l’accord précédent détaillé par les dirigeants de l’avant-poste.

Cependant, ils ont déclaré que l’accord exigera également que le ministère de la Défense réalise une étude du terrain dans les six mois, en vue d’autoriser la construction d’une implantation sur les parties du terrain qui n’empiètent pas sur des parcelles palestiniennes privées.

L’approbation de l’accord final par les résidents a été annoncée par le Conseil régional de Samarie juste après minuit mercredi. L’administration civile du ministère de la Défense, qui gère les affaires civiles israéliennes et palestiniennes dans la zone C de la Cisjordanie, n’a pas confirmé immédiatement.

Une déclaration publiée par le secrétaire du cabinet, Shalom Shlomo, a détaillé l’accord conclu après plusieurs jours de discussions entre l’armée, le gouvernement et les résidents de l’avant-poste. Il confirme en grande partie les détails du compromis publié plus tôt dans la journée par le Conseil régional de Samarie.

Selon l’accord, les résidents quitteront le site avant 16 heures le vendredi après-midi. Le conseil local dispose alors d’une semaine supplémentaire pour vider et verrouiller les bâtiments et les structures du site au sommet de la colline.

Dans l’intervalle, l’armée israélienne une « présence immédiate 24 heures sur 24 » sur le site.

Des Israéliens à l’avant-poste illégal d’Evyatar en Cisjordanie, le 29 juin 2021. (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

« Les terres qui s’avèrent appartenir à l’État seront déclarées comme telles, tandis que celles qui sont privées seront évacuées », indique le communiqué, précisant que les bâtiments ne seront pas démolis d’ici là.

Dès que possible après que les terres auront été déclarées propriété de l’État, une yeshiva, comprenant des logements, sera établie sur le site, et une présence civile permanente y sera autorisée une fois que tous les permis auront été délivrés, précise le communiqué.

Cette décision est intervenue après ce que la Radio de l’armée a décrit comme une réunion houleuse qui a duré toute la nuit, certains s’opposant à l’accord qui prévoit le départ de leurs maisons d’ici la fin de la semaine, sans garantie de retour.

Des résidents de l’avant-poste illégal d’Evyatar, dans le nord de la Cisjordanie, le 16 juin 2021, pendant une réunion avec le ministère de la Défense. (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

Le Conseil régional de Samarie a déclaré qu’en vertu de l’accord, les résidents d’Evyatar partiront mais que ses structures ne seront pas démolies et l’armée israélienne transformera immédiatement l’avant-poste en une base militaire de fortune.

Mardi, Bezalel Smotrich, chef du Parti sioniste religieux (opposition), a accusé le gouvernement de revenir sur les « accords » conclus qui, selon lui, auraient permis une présence civile continue sur le site. Il a exhorté les résidents à rejeter tout changement.

Le chef du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, a défendu l’accord en le jugeant nécessaire compte tenu des clivages sociétaux. « Tout pas vers l’autre côté est pour l’unité du peuple d’Israël en ces temps difficiles de divisions », a-t-il déclaré dans un communiqué tôt mercredi.

Orit Strock, députée du Parti sioniste religieux, a qualifié le raisonnement de Dagan d’excuse « honteuse » et a déclaré que « le recul et l’érosion de l’accord » étaient « inquiétants ».

Après l’approbation de l’accord, il a été critiqué mercredi par des politiciens de droite et de gauche.

Le député Mossi Raz, du parti de coalition de gauche Meretz, a déclaré que si l’accord était définitif, il était « très grave ».

« C’est tout simplement de la folie, laisser des criminels terroristes décider où une base de l’armée sera formée », a déclaré Raz à la radio 103FM. « Ce sont des membres de la famille de criminels qui ont volé des terres, ce sont vraiment des terroristes. Je préfère que l’avant-poste reste tel quel plutôt que cette fraude qu’on appelle un compromis – ce n’est pas un compromis, c’est une capitulation. »

Le député d’extrême droite Itamar Ben Gvir (Parti sioniste religieux) a publié une déclaration destinée aux résidents d’Evyatar, les avertissant que « je crains que [le Premier ministre Naftali] Bennett ne vous trompe » et ajoutant que les implantations devraient être légalisées de la même manière que certaines communautés bédouines du Néguev construites sans permis sont sur le point de l’être.

« Nous devons comprendre que les Juifs ne sont pas des [citoyens] de seconde classe qui sont toujours évacués », a-t-il accusé.

La date à laquelle la yeshiva serait formée dans le cadre du compromis annoncé n’a pas été précisée dans l’immédiat. Selon certains médias, le ministre de la Défense, Benny Gantz, s’était opposé à l’installation de la yeshiva dans l’avant-poste avant que l’enquête foncière ne détermine où les Israéliens pourraient construire selon la loi israélienne.

De telles études peuvent prendre des années, mais les résidents, soutenus par Smotrich, ont cherché à limiter le ministère à seulement six mois pour réaliser l’étude.

Des résidents de l’avant-poste illégal d’Evyatar, dans le nord de la Cisjordanie, le 16 juin 2021. (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

Lundi, le Conseil régional de Samarie a affirmé que l’accord avait le soutien de Bennett, de Gantz et de la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked.

Bennett, un ancien leader des implantations, qui dirige le parti de droite Yamina, aurait à cœur d’éviter d’avoir à procéder à la suppression de l’avant-poste, compte tenu de la situation politique actuelle dans laquelle la coalition peine à conserver une majorité à la Knesset.

La position du Premier ministre l’a manifestement emporté, malgré l’insistance initiale de Gantz et de l’establishment sécuritaire pour que l’avant-poste soit supprimé, compte tenu de la pression qu’il exerce sur l’armée, qui sera désormais obligée de sécuriser la communauté.

Les termes de l’accord n’ont pas été confirmés par Bennett, Gantz ou Shaked.

Les législateurs de la Liste arabe unie ont précédemment dénoncé la proposition comme « légitimant la colonisation et le crime ».

La majorité de la communauté internationale considère toutes les implantations israéliennes en Cisjordanie comme illégales, mais la loi israélienne fait la distinction entre les implantations autorisées par le ministère de la Défense et les avant-postes établis sans autorisation, généralement par des jeunes motivés par une idéologie. De nombreuses implantations ont débuté en tant qu’avant-postes illégaux et n’ont obtenu l’approbation rétroactive du gouvernement qu’après avoir attiré une importante population de résidents.

Des Palestiniens protestent contre l’avant-poste d’Evyatar dans le village de Beita, près de la ville de Naplouse en Cisjordanie, le 27 juin 2021. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Evyatar, situé au sud de Naplouse sur des terres que les Palestiniens disent avoir traditionnellement travaillées mais auxquelles l’armée israélienne leur a interdit d’accéder, a été créé début mai à la suite d’une fusillade meurtrière à la jonction Tapuah, située à proximité. Des versions antérieures de l’avant-poste ont été rasées plusieurs fois depuis que les Israéliens ont essayé de s’installer sur le site en 2013.

L’administration civile dit ne pas avoir déterminé à qui appartenait le terrain. Selon les lois sur la propriété en Cisjordanie, les terres non cultivées peuvent redevenir propriété publique.

L’avant-poste s’est rapidement développé au cours des deux derniers mois, jusqu’à atteindre une cinquantaine de maisons mobiles et autres structures de fortune abritant des dizaines de familles. Sa page Facebook se vante qu’Evyatar empêche la contiguïté entre les villages palestiniens environnants tout en reliant l’implantation israélienne de Tapuah à la jonction de Za’atara et à l’implantation de Migdalim.

Des résidents de l’avant-poste illégal d’Evyatar, dans le nord de la Cisjordanie, le 28 juin 2021. (Crédit : Flash 90)

La population a encore augmenté cette semaine, alors que des jeunes de droite ont installé leur camp sur le site et se sont préparés à résister à l’évacuation imminente.

La zone proche de l’avant-poste a été le théâtre d’affrontements répétés ces dernières semaines, les Palestiniens protestant contre la création de l’avant-poste, lançant parfois des pierres sur les troupes et brûlant des parcelles de terrain. Les soldats israéliens ont répondu par des munitions de dispersion anti-émeute et, dans certains cas, par des balles réelles, tuant quatre Palestiniens.

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