Les start-ups israéliennes s’arrachent les travailleurs qualifiés
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Les start-ups israéliennes s’arrachent les travailleurs qualifiés

Avec la croissance du nombre d'entreprises de high-tech et les multinationales qui entrent dans la mêlée, la chasse aux talents est difficile

Une équipe de Workey (Autorisation)
Une équipe de Workey (Autorisation)

Limor Kidron recrute des ingénieurs informatiques et des programmeurs en Israël depuis 16 ans pour différentes entreprises, dans lesquelles elle a travaillé.

Mais ces trois dernières années, cette tâche semble être devenue plus difficile, puisqu’alors que la « Startup-nation » ne parvient pas à produire suffisamment de nouveaux employés qualifiés, le nombre d’entreprises de haute technologie a presque doublé en une décennie, et les géants technologiques tels que Google et Apple s’arrachent des employés pour leurs centres de recherche et de développement installés en Israël.

« Les entreprises se battent pour chaque développeur, » dit Kidron, qui travaille maintenant en tant que vice-présidente des relations humaines chez Hola, le fournisseur d’un service gratuit de réseau privé virtuel (VPN) basé à Netanya.

« Cela crée une situation dans laquelle vous devez faire plus d’efforts pour recruter de bons développeurs dans votre entreprise. »

Hola, qui a déclaré en janvier, être prête à payer 7 000 dollars pour des références menant à des embauches réussies, a, au cours des trois dernières années, commencé à recruter des employés en dehors d’Israël pour alimenter sa croissance.

Aujourd’hui, ajoute Kidron, environ 60 % de ses ingénieurs et les développeurs sont basés hors d’Israël, en Ukraine, en Norvège et au Canada. Il y a trois ans la totalité des développeurs et ingénieurs étaient basés en Israël.

Cette pénurie de main d’œuvre est une menace majeure pour l’industrie de la haute technologie du pays, qui a été un moteur clé alimentant l’économie d’Israël, ont mis en garde les dirigeants de l’industrie, les analystes et les responsables gouvernementaux.

Le ministère des Finances a averti en février que le secteur de la high-tech d’Israël avait déjà cessé d’être le moteur de croissance de la nation avec moins d’étudiants diplômés en matières scientifiques.

Entre les années 1998 et 2009, le secteur de la high-tech, qui a été alimenté par l’arrivée de nouveaux immigrants très instruits venant de l’ancienne Union soviétique, a augmenté presque tous les ans plus rapidement que le produit intérieur brut du pays. Cependant, au cours des cinq années suivantes, elle n’a dépassé qu’une seule fois la croissance nationale, en 2012, montre le rapport.

Pénurie d’ingénieurs

L’industrie d’high-tech d’Israël manquera de plus de 10 000 ingénieurs et programmeurs dans la décennie à venir si le gouvernement ne prend pas des mesures immédiates pour préparer des étudiants afin de combler le déficit, a averti le scientifique en chef du ministère de l’Economie et de l’Industrie Avi Hasson dans un rapport en juin.

Le scientifique en chef du ministère de l'Economie  Avi Hasson (Crédit : Autorisation)
Le scientifique en chef du ministère de l’Economie Avi Hasson (Crédit : Autorisation)

Un manque de main d’oeuvre qualifiée est un obstacle central pour la croissance, tant pour les start-ups que pour les entreprises technologiques israéliennes plus traditionnelles, a dit Hasson.

La pénurie du nombre d’ingénieurs est le résultat d’une baisse de la proportion d’Israéliens diplômés en sciences, qui est tombée de 13 % en 2004 à 8,7 % en 2014. En outre, le pays dépense moins en recherche et développement, en pourcentage de son PIB, que les années précédentes, a-t-il ajouté.

Ce manque de travailleurs qualifiés a été mis encore plus en évidence par l’explosion de l’activité dans le secteur de la haute technologie d’Israël, dont le nombre de sociétés a presque doublé en 10 ans.

Les ingénieurs veulent souvent aussi relever un défi en créant leur propre entreprise plutôt que d’entrer dans une entreprise existante et les entrepreneurs qui réussissent ont tendance à revenir sur le marché avec de nouvelles entreprises.

Le nombre d’entreprises de haute technologie actives opérant en Israël est passé de 3 781 en 2006 à 7 400 à la mi-2016, comme l’a montré le centre de recherche IVC basé à Tel-Aviv, qui suit l’industrie.

En outre, les entreprises de Google à Apple, Deutsche Telecom et Bosch ont toutes créé des centres de recherche et de développement en Israël. 278 sociétés multinationales opérent un total de 327 centres de R & D à travers le pays aujourd’hui, contre environ 250 centres de ce type il y a trois ans, selon les données d’IVC. Ce nombre pourrait même augmenter si Israël réduisait les taux d’imposition pour ces sociétés, comme le ministère des Finances l’a dit au début de ce mois.

« Il y a plus de demandes de travailleurs que d’offres ; c’est un marché qui avantage les employés », a dit Danny Shteinberg, vice-président du marketing chez Workey, qui a mis au point un moteur de recherche d’emploi pour les startups israéliennes.

« Les demandeurs d’emploi peuvent être pointilleux dans leurs choix, ils peuvent choisir de travailler à proximité de la maison et changer souvent d’emploi. »

En moyenne, poursuit-il, selon les données de Workey, en 5 ans les salaires de ces travailleurs qualifiés ont augmenté d’environ 10 %, et les employés ont tendance à changer d’emploi en moyenne tous les 20 mois.

La concurrence accrue pour les employés est encore plus difficile pour les entreprises opérant dans des domaines qui ne sont pas considérés comme « chauds » ou situées dans des endroits géographiquement incommodes pour trouver de bons employés, selon Elik Ber, PDG de Meidata, un cabinet d’études de marché basé à Tel Aviv.

« Les entreprises de défense opérant en dehors de Tel-Aviv par exemple ont du mal à trouver des travailleurs qualifiés parce qu’elles sont moins attrayantes que Google, par exemple. »

Par exemple, Gett, une start-up de covoiturage qui lorgne l’espace de la voiture sans chauffeur, croit qu’elle réussira à attirer le nombre de travailleurs dont elle a besoin grâce au domaine dans lequel elle travaille. Gett a lancé une campagne de recrutement pour doubler le nombre d’employés à son centre de développement à Tel Aviv, en recrutant 80 nouvelles personnes, après avoir obtenu en mai une injection d’investissement de 300 millions de dollars du constructeur automobile allemand Volkswagen.

Anat Asaf, directrice du recrutement chez Gett (Autorisation)
Anat Asaf, directrice du recrutement chez Gett (Autorisation)

« Nous recherchons des travailleurs expérimentés ayant des compétences spécifiques dans les domaines des big data, de l’intelligence artificielle, des algorithmes prédictifs, pour travailler ensemble afin de créer la base de la technologie pour les voitures sans chauffeur, » a expliqué par téléphone Anat Asaf, responsable du recrutement à Gett, en ajoutant qu’il existait une concurrence pour les travailleurs qualifiés face à d’autres entreprises.

Les voitures sans conducteur, cependant, est « un champ chaud, ce qui nous permet d’attirer les meilleurs talents. C’est difficile, mais nous sommes bien placés. »

Le gouvernement israélien a déjà commencé des programmes visant à contourner la pénurie. Naftali Bennett, le ministre de l’Education et lui-même un ancien entrepreneur high-tech, a mis en place un plan visant à augmenter le nombre d’étudiants en mathématiques et il y a des appels au gouvernement pour accélérer les plans pour attirer plus de femmes, d’ultra-orthodoxes et de citoyens arabes dans le secteur grâce à des programmes de formation.

Des solutions

En outre, Israël peut également accorder des visas de travail pour permettre à des ingénieurs étrangers de travailler en Israël. Un groupe inter-ministériel est censé faire des recommandations permettant aux entreprises de faire venir du personnel qualifiés grâce à des visas spéciaux de deux ans qui pourraient éventuellement être prolongés, a rapporté récemment le site web d’informations financières Globes.

« Amener des employés étrangers en Israël n’est pas la bonne solution », estime Emil Koifman, président de l’association des ingénieurs électriciens et électroniciens en Israël.

« Nous avons assez de jeunes travailleurs ici. Nous devons simplement améliorer leur formation et leurs compétences. En outre, nous devons nous assurer que nous continuons à former les ingénieurs qui à l’âge de 45 ans se retrouvent sans les compétences requises pour l’évolution constante des technologies. »

Limor Kidron de Hola (Autorisation)
Limor Kidron de Hola (Autorisation)

Pendant ce temps, les entreprises sont en train de faire ce qu’elles peuvent pour trouver de nouveaux réservoirs de travailleurs.

La société Mellanox Technologies cotée au Nasdaq a embauché quatre programmeurs à Gaza qui se joignent à ceux qu’elle emploie déjà en Cisjordanie, selon l’agence Reuters. Gett étudie la possibilité de ramener au pays des Israéliens vivant à l’étranger, tandis que Hola envisage d’attirer les étudiants en informatique en leur offrant des horaires flexibles et la possibilité de travailler dans leur domaine tout en poursuivant leurs études.

« L’idée est de construire la prochaine génération de programmeurs », a dit Kidron.

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