Les Travaillistes britanniques limogent une élue qui a comparé Corbyn à Hitler
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Les Travaillistes britanniques limogent une élue qui a comparé Corbyn à Hitler

Le parti a retiré à la baronne Dianne Hayter son rôle de ministre fantôme du Brexit après sa critique de la gestion du problème d'antisémitisme au sein du parti

La baronne Hayter s'exprime à la Chambre des Lords lors d'un débat sur le projet de loi de sortie de l'Union européenne au parlement britannique le 4 avril 2019. (capture d'écran: YouTube)
La baronne Hayter s'exprime à la Chambre des Lords lors d'un débat sur le projet de loi de sortie de l'Union européenne au parlement britannique le 4 avril 2019. (capture d'écran: YouTube)

La baronne Dianne Hayter, législatrice travailliste, a été privée de son rôle dans le principal parti d’opposition de Grande-Bretagne après qu’elle a comparé la gestion par Jeremy Corbyn du problème d’antisémitisme à la « mentalité de bunker » d’Hitler dans les derniers jours du régime nazi.

Jeudi, un porte-parole du parti cité par des médias britanniques a déclaré que Hayter avait été virée de son poste de ministre fantôme du Brexit « pour ses remarques profondément blessantes à l’égard de Jeremy Corbyn et de son bureau ».

« Comparer ainsi le chef du Parti travailliste et le personnel qui travaillent à faire élire un gouvernement travailliste au régime nazi est profondément méprisable, et c’est un manque grossier de sensibilité pour le personnel juif en particulier », a-t-il dit.

Les Travaillistes font face à un problème d’antisémitisme dans leurs rangs depuis que Corbyn, un politicien d’extrême gauche, a été élu à la tête du parti en 2015. De nouvelles tensions ont fait surface suite à la diffusion d’un reportage la semaine dernière par la BBC dans lequel un certain nombre de responsables du parti l’ont accusé lui et ses alliés d’interférer dans les efforts pour traiter ce problème.

Mardi, Hayter a critiqué la « mentalité de bunker » de Corbyn et de ses proches dans leur gestion de la crise autour de l’antisémitisme au sein du parti.

« Ceux d’entre vous qui n’ont pas [lu le livre] auront vu le film le ‘Bunker’ sur les derniers jours d’Hitler, où on arrête de recevoir toute information au sein du groupe fermé lorsque cela fait penser que les choses ne vont pas comme vous le voulez », a-t-elle dit au groupe « Travailliste d’abord » selon des articles de médias britanniques.

Le chef du parti d’opposition Jeremy Corbyn s’exprime lors d’une manifestation contre la visite d’Etat du président Donald Trump au Royaume-Uni dans le centre de Londres, le 4 juin 2019. (Tolga Akmen/AFP)

« Cela ressemble à l’état des choses actuellement : avoir une direction dans un bunker de telle sorte qu’ils n’entendent pas ces points de vue, ces preuves, ce qui va en contradiction avec ce qu’ils essaient de faire, cela nuit à ce qu’ils essaient de faire », a-t-elle dit.

Hayter, qui gardera sa position d’élue et de vice directrice de la Chambre des Lords, a affirmé lors de la réunion de mardi que le parti d’opposition refusait de partager ses propres données avec le Comité d’enquête sur l’Egalité et les droits de l’homme.

« Le refus de partager les informations est le symbole absolu de la mentalité de bunker », a-t-elle attaqué.

Le licenciement d’Hayter est intervenu un jour après que plus de 60 membres du parti ont publiquement accusé Corbyn de superviser une « culture toxique » au sein du parti. Un encart sur une page entière du journal The Guardian accuse Corbyn de « permettre à l’antisémitisme de se développer au sein de notre parti et de présider la période la plus honteuse dans l’histoire des Travaillistes ». L’encart a affirmé qu’il avait « échoué au test du leadership ».

Cette assertion dans le journal a été publiée deux jours après que plus des 200 membres actuels et anciens du Parti travailliste ont envoyé une lettre à Corbyn lui demandant de traiter le problème actuel d’antisémitisme ou de démissionner.

« La réponse du parti a été de salir les victimes juives et d’anciens membres du personnel, en les accusant d’agir de mauvaise foi, ont-ils écrit. La manière dont le parti a menacé et dénigré ces lanceurs d’alerte est effarante, hypocrite et constitue une trahison totale des valeurs centrales du Parti travailliste. »

La missive a affirmé que la crise relevait de la responsabilité de Corbyn et que l’antisémitisme était devenu institutionnalisé dans le parti et représentait maintenant un phénomène « pire que jamais ».

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et contre l’antisémitisme au sein de son parti, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP / Tolga Akmen)

Dans le documentaire de la BBC diffusé la semaine dernière, d’anciens responsables, y compris Iain McNicol, un ancien secrétaire général du parti, n’ont pas respecté l’accord de confidentialité qui les liaient avec le groupe et affirmé que des membres du cercle proche de Corbyn avaient interféré avec les enquêtes sur l’antisémitisme au sein du parti de gauche.

Corbyn et le parti ont rejeté ces accusations formulées dans le programme. Ils ont déclaré que le documentaire proposait « une représentation délibérée et malveillante » de la situation et que les lanceurs d’alerte avaient des « conflits personnels et politiques à régler ».

Isaac Herzog, le président de l’Agence juive, s’exprime lors d’une Conférence des présidents des principales organisations juives américaines à Jérusalem, le 18 février 2019. (Hadas Parush/Flash90/via JTA)

Aussi bien lui que le Parti travailliste ont déclaré, à plusieurs reprises, qu’ils étaient impliqués afin d’éradiquer l’antisémitisme au sein du parti.

Jeudi, le chef de l’Agence juive Isaac Herzog a écrit à Corbyn pour exprimer son « désarroi et sa préoccupation » au sujet des accusations d’antisémitisme. Il lui a demandé d’autoriser une enquête externe visant à lister des recommendations « afin de débarrasser le parti de la manière la plus claire possible du fléau qu’est l’antisémitisme ».

Herzog a noté que, lors de son mandat à la tête du Parti travailliste d’Israël, il avait invité son homologue britannique à visiter le mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem.

« Il est regrettable que vous n’ayez pas répondu à cette invitation », a écrit Herzog.

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