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L’ex-gardienne de prison confrontée au prisonnier terroriste qui l’aurait violée

L’ex-soldate a reproché au suspect d’avoir gâché sa vie et lui a demandé de révéler le nom des gardiens complices ; le suspect a assuré qu’elle lui avait proposé ces relations

Le siège de Lahav 433, l'unité anti-corruption de la police israélienne, à Lod. (Crédit : Flash90)
Le siège de Lahav 433, l'unité anti-corruption de la police israélienne, à Lod. (Crédit : Flash90)

Une ex-gardienne de prison affirmant avoir été violée à plusieurs reprises par un condamné pour terrorisme pendant son service à la prison de Gilboa, il y a sept ans, a fait face au suspect, dimanche, sous la surveillance de la police. Elle l’a accusé de viol et l’a encouragé à révéler l’identité des membres du personnel pénitentiaire complice de ces faits.

La confrontation a eu lieu au siège de l’unité des crimes graves « Lahav 433″ de la police israélienne.

La femme, dont l’identité n’a pas été révélée, est une ex-soldate de Tsahal qui a effectué son service dans le pénitentiaire. Elle a affirmé le mois dernier avoir été violée à plusieurs reprises par le détenu, accusation qui a ébranlé l’administration pénitentiaire israélienne et qui a été suivie d’autres accusations d’agression sexuelle par d’ex-soldates qui ont elles aussi effectué leur service militaire dans cette prison. Les accusations suggèrent que les responsables de la prison étaient complices ou, à tout le moins, n’étaient pas informés de ce qui se passait.

Depuis qu’elle a rendu publiques ses affirmations, la femme se fait connaître sous le pseudonyme « Hila ».

Pendant une heure et demie, Hila a fait face au prisonnier, dont l’identité ne peut être révélée dans les médias en raison d’un embargo sur les détails de l’affaire, lui reprochant d’avoir gâché sa vie. Selon Ynet, le prisonnier aurait souri et se serait moqué d’elle.

Hila lui a demandé de révéler « qui parmi les agents de l’administration pénitentiaire avait coopéré avec vous et avait rendu les viols possibles », indique l’information, sans citer de sources.

Elle aurait dit au prisonnier que, dans les années suivant les viols, il « lui apparaissait en rêve, dans des cauchemars ». Il lui aurait répondu : « Je serai toujours dans tes cauchemars. »

Capture d’écran de la vidéo d’une ex-soldate de Tsahal qui dit avoir été violée par un prisonnier de haute sécurité alors qu’elle effectuait son service militaire à la prison de Gilboa, lors d’un entretien avec la Douzième chaine, le 8 août 2022. (Crédit : Douzième chaine)

Le prisonnier a affirmé qu’Hila avait initié les relations sexuelles, par jalousie envers d’autres gardiennes qui lui « plaisaient », alors qu’il n’avait montré aucun intérêt pour elle. Il a affirmé qu’elle avait monté cette accusation de viol de toutes pièces.

« Arrêtez de mentir, je ne suis pas la seule que vous ayez agressée sexuellement », a déclaré Hila, indiquant que d’autres ex-gardes affirmaient avoir subi des agressions. « Est-ce qu’elles mentent toutes et que vous seul dites la vérité ? »

Ynet a cité des sources policières non identifiées rapportant que la confrontation avait renforcé la version des événements de Hila et qu’il était « clair » que le prisonnier mentait. Mais ils ont précisé qu’il serait sans doute difficile d’en apporter la preuve et que l’affaire risquait, de ce fait, de se terminer par une condamnation pour attentat à la pudeur, et non pour viol.

L’avocate de Hila, Keren Barak, qui était à ses côtés lors de la confrontation, a déclaré dans un communiqué que sa cliente « se sentait plus forte à l’issue de la confrontation, qu’elle pouvait enfin faire face au violeur qui lui a fait tant de mal, et qu’elle ne le craignait plus ».

Barak, qui représente d’autres anciennes gardiennes de prison qui affirment avoir été abusées sexuellement par des prisonniers avec la complicité des responsables de l’établissement, a déclaré que le prisonnier en question « tenait la prison de Gilboa, ses commandants, officiers et gardiens d’une main ferme et incontestable ».

La semaine dernière, Hila a donné une interview à la Douzième chaîne dans laquelle elle a décrit comment le prisonnier avait bâti une relation avec elle, en lui proposant de mettre à profit son influence pour la protéger d’autres prisonniers. Il l’a agressée une première fois lorsqu’elle s’est trouvée seule avec lui dans un endroit où il n’y avait pas de caméras, a-t-elle déclaré.

Le mois dernier, Ynet indiquait qu’un prisonnier palestinien reconnu coupable de terrorisme, Mahmoud Atallah, faisait l’objet d’une enquête de la police pour agression sexuelle alors qu’il était derrière les barreaux.

Des accusations selon lesquelles les gardiens de Gilboa auraient « prostitué » des soldates de Tsahal effectuant leur service auprès des condamnés palestiniens pour terrorisme circulent depuis 2018. En l’absence de preuves, l’intérêt médiatique autour de cette affaire s’était émoussé.

Mais l’an dernier, ces accusations ont de nouveau fait la une, suite aux propos choc du directeur de la prison de Gilboa, Freddy Ben Shitrit. En novembre, Ben Shitrit – qui n’était pas en poste à la prison lorsque les incidents sont supposés avoir eu lieu – a déclaré que des femmes soldats affectées à la prison avaient été prostituées auprès de certains détenus, pour les calmer.

Ben Shitrit a tenu ces propos lors d’un témoignage devant la commission chargée d’enquêter sur l’évasion, en septembre 2021, de condamnés palestiniens pour terrorisme, mettant en évidence des lacunes dans le fonctionnement de la prison et suscitant de vives critiques à l’égard de l’administration pénitentiaire.

L’attention portée à la question a considérablement augmenté le mois dernier, suite aux révélations de Hila.

Elle a rendu ses accusations publiques dans un message paru sur le site de financement, BeActive, où son avocate Barak a mis en place une campagne pour la soutenir. Dans le message, elle confiait avoir été « remise » par son commandant à un terroriste dangereux « qui m’a fait du du mal et m’a abusée sexuellement encore et encore », précisant que d’autres gardiennes avaient subi le même sort.

Le directeur de la prison de Gilboa, Freddy Ben Shitrit, arrivant pour son témoignage devant la commission d’enquête de l’État sur l’incident de l’évasion des prisonniers de sécurité de la prison de Gilboa, à Modiin, le 31 juillet 2022. (Crédit : Flash90)

Ces nouvelles accusations ont donné lieu à une discussion très animée sur la question à la Knesset ce mois-ci, suivie de promesses du gouvernement et des responsables pénitentiaires d’enquêter et s’assurer que les responsables seraient châtiés, le cas échéant.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a annoncé avoir demandé la réévaluation d’un protocole d’accord déjà ancien, permettant aux conscrits de Tsahal d’effectuer leur service dans le pénitentiaire. Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, a prévenu que tout changement en la matière passerait par l’adoption d’une nouvelle loi.

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