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L’ex-otage Eitan Horn se confie sur sa captivité aux mains du Hamas

Avant la libération de Iair en février, les terroristes demandaient aux frères qui "méritait" d'être libéré ; Eitan parle de l'humour qui les a aidés à survivre dans les tunnels

Eitan Horn donne une interview à la chaîne N12, diffusée le 18 janvier 2026. (Capture d'écran de la chaîne N12)
Eitan Horn donne une interview à la chaîne N12, diffusée le 18 janvier 2026. (Capture d'écran de la chaîne N12)

Dans une interview diffusée dimanche, l’ex-otage Eitan Horn est revenu sur ce qu’il a enduré pendant ses 738 jours de captivité aux mains du Hamas, à commencer par le délicat moment où son frère a été libéré, mais pas lui.

Eitan et son frère Iair ont été enlevés au kibboutz Nir Oz le jour du pogrom perpétré par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023, laissant derrière eux un troisième frère, Amos. Tous trois avaient fait leur alyah depuis l’Argentine.

Iair a été libéré en février dernier à la faveur d’un cessez-le-feu, et Eitan en octobre, à la faveur d’un autre cessez-le-feu.

Eitan a déclaré à la chaîne N12 que pendant leurs deux premières semaines de captivité, les frères avaient été détenus séparément ; Eitan se trouvait alors avec d’autres otages – des femmes et des enfants -, alors que Iair avait été gardé avec des hommes et des soldats. Ils ne savaient alors rien de ce qui était arrivé à l’autre, tout du moins jusqu’à ce qu’ils se croisent.

« Je l’ai vu de loin. Nous nous sommes regardés et avons très vite compris qu’il valait mieux ne pas dire que nous étions frères », explique Eitan, de crainte que leurs ravisseurs ne s’en servent contre eux.

« Nous n’avons rien dit. Nous avons fait comme si rien ne s’était passé. Il m’a vu et s’est calmé : ça nous a donné la force de continuer », ajoute-t-il.

Au bout d’une cinquantaine de jours, un grand nombre de femmes et d’enfants ont été libérés à la faveur du tout premier cessez-le-feu et après cela, les frères ont été réunis. C’est la seule fratrie dans ce cas.

De gauche à droite : les frères Amos, Eitan et Iair Horn lors d’une interview accordée à la chaîne N 12 et diffusée le 18 janvier 2026. (Capture d’écran de la chaîne N 12)

Iair a évoqué l’humour dont il faisait preuve pour tenter de remonter le moral des autres. « Entre nous, avec le groupe, parfois même avec eux — les ravisseurs, les terroristes. »

« Avant chaque douche, et aussi après, il me demandait si je pensais bien à me savonner le nombril » a rappelé Eitan. « Ça me faisait sourire tellement c’était idiot. »

« Il nous arrivait de plaisanter, mais pour ce qui est de rire, un vrai éclat de rire, c’était impossible », ajoute Iair. « Je ne sais pas pourquoi, peut-être à cause du manque d’oxygène, ou autre chose, je ne sais pas. Les rires ne sortaient pas. »

Selon Eitan, les terroristes chargés de garder les deux frères se sont servis de leur relation pour les torturer psychologiquement : « C’était un atout, pour eux, pour nous faire du mal sur le plan psychologique. Pour nous humilier, [en disant des choses du style] on me garde et on le laisse partir ? Ou on l’exécuter mais pas moi ? »

Eitan a également évoqué l’humiliation d’avoir à demander aux terroristes de leur donner plus à manger, car il y avait très peu de nourriture. Il a confié avoir « laissé [les terroristes] se moquer [de lui] et de [son] odeur, de [sa] bêtise, et avoir dansé pour eux. Mais après ça, on avait deux dattes de plus [à manger] — j’avais fait ce qu’il fallait. »

Un jour, les ravisseurs ont obligé les frères et les autres otages à marcher pendant 12 heures dans les tunnels.

« Cela faisait deux mois que nous avions une pita et demie à manger par jour », rappelle Eitan. « Le tunnel était très étroit. Et à pas mal d’endroits, le tunnel ne faisait que 50 cm de haut. »

« Iair m’a traîné derrière lui quand je ne pouvais plus marcher. Et David [Cunio] s’est mis derrière moi pour m’aider en me poussant. Ofer [Calderon] m’encourageait en me disant ‘yalla, tu vas y arriver, yalla, tu vas y arriver’, » poursuit Eitan.

« J’ai passé deux ans dans un tunnel », résume Eitan, « sans voir le soleil, sans air frais, sans voir la nuit ou le jour, sans sentir les odeurs du dehors, sans entendre les oiseaux. Personne ne peut comprendre ce que nous avons vécu et enduré durant ces deux années. »

L’ex-otage Iair Horn à son retour en Israël après 498 jours de captivité à Gaza, le 15 février 2025. (Tsahal)

Avant que Iair ne soit libéré, un commandant du Hamas est venu dans leur tunnel et leur a dit que deux otages de leur groupe de quatre allaient être libérés dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu. Il leur a demandé, comme une provocation : « Qui mérite de sortir selon vous ? »

« Malgré les mauvais traitements psychologiques, en tant que groupe, nous n’avons jamais abdiqué nos principes. Aucun de nous n’a dit qu’il méritait plus que les autres. Une semaine plus tard a eu lieu l’événement le plus heureux de ces deux années — lorsqu’ils ont annoncé que Iair allait pouvoir partir. Qu’il était sauvé », confie Eitan, en larmes à l’évocation de ce moment.

« Dès lors, j’ai été plus serein parce que je n’avais plus à m’en faire pour mon frère », poursuit-il. « Même si je savais que pour Iair, le cauchemar ne faisait que commencer. »

« Car il était sauvé mais il me laissait là, bien conscient de l’état dans lequel j’étais et des mains entre lesquelles je restais. Il allait devoir serrer les dents et se battre pour que son petit frère ne meure pas là-bas, sous terre. »

De l’aveu de Iair, « Ce fut la pire journée des 738 passées là-bas. »

Eitan se rappelle avoir parlé avec ses ravisseurs des troubles internes en Israël, à propos des otages, au moment où des manifestations de grande ampleur exigeaient que l’accord de cessez-le-feu en trois étapes soit respecté, jusqu’à ce que tous les otages soient rapatriés. Malgré les manifestations, le cessez-le-feu n’a pas tenu au-delà de la première étape.

« Tout ce que l’on a entendu alors, du style ‘d’abord on élimine le Hamas et ensuite on s’occupe des otages – ça peut attendre, ce n’est pas urgent’ – si les dirigeants du Hamas y avaient cru, ils nous auraient immédiatement tués », explique-t-il.

« Heureusement pour nous, le pays est descendu dans la rue pour manifester, ceux qui voulaient notre retour. C’est ce qui nous a maintenus en vie, car le Hamas comprenait que le pays tenait aux otages et voulait qu’ils restent en vie », ajoute-t-il. « Est-ce que cela a fait ou pas monter notre valeur, en tant que monnaie d’échange ? – c’est en tout cas ce qui nous a maintenus en vie. »

De gauche à droite : Les otages libérés Aviva Siegel, Keith Siegel, Yarden Bibas, Iair Horn, Yocheved Lifshitz et Sasha Troufanov participent à un rassemblement sur la place des otages à Tel Aviv, le 18 mars 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

L’ex-otage affirme que ses ravisseurs avaient pris conscience « du pays spécial et fort que nous avons. Qui n’hésite pas à descendre dans la rue et faire du bruit. »

Horn a fini par être libéré et a retrouvé ses frères le 13 octobre dernier, dans le cadre de la première phase du plan du président Trump pour mettre fin à la guerre à Gaza.

« Grâce au régime du Hamas, j’ai perdu 64 kilos », souligne Eitan en ajoutant que « pendant deux ans, je n’ai pas vraiment bougé mon corps. »

« Là, je te parle et en même temps, j’ai un mal de dos inimaginable, mais bon, j’ai vécu bien pire », conclut-il en ajoutant avoir encore beaucoup de chemin à faire pour s’en remettre.

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