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L’explosion de la population de chiens errants menace la survie de vautours

Le scientifique en chef de l'INPA préconise de réduire les déchets alimentaires, de réglementer le nombre de chiens errants, et d'interdire les poisons qui tuent aussi les vautours

Un chien errant. (Ohad Yahalomi, Autorité israélienne de la nature et des parcs)
Un chien errant. (Ohad Yahalomi, Autorité israélienne de la nature et des parcs)

L’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA) ne pourra protéger les vautours fauves et d’autres espèces carnivores menacées qu’à une seule condition : l’élimination d’une population de chiens errants en pleine explosion et le nettoyage des déchets alimentaires qui les nourrissent. C’est ce qu’a déclaré mardi le scientifique en chef de l’INPA, le Dr Yehoshua Shkedy.

Dr Shkedy a déclaré lors d’une conférence au Safari de Ramat Gan, dans le centre d’Israël, qu’en dépit de tous les efforts déployés par l’INPA pour protéger la population de vautours fauves et encourager leur reproduction, les oiseaux mouraient à un rythme bien plus élevé à cause du poison répandu par les agriculteurs pour tuer les chiens et autres prédateurs afin de les empêcher d’attaquer leurs troupeaux.

Israël abrite actuellement un peu plus de 200 de ces vautours, dont la plupart vivent dans les déserts du sud du Néguev et de Judée.

Plus d’un tiers des vautours traités à l’hôpital pour animaux sauvages du Safari y sont envoyés après avoir été empoisonnés.

Sur les 24 individus dont la mort a été enregistrée cette année, 12 ont été empoisonnés dans la zone du cours d’eau Kina, dans le désert de Judée, en octobre. Quatre autres ont péri ailleurs après avoir consommé du Voltaren, un médicament contre la douleur arthritique, provenant d’une carcasse.

Shkedy a désigné les décharges ouvertes, les sites d’enfouissement et les tas de compost ainsi que les carcasses de bétail non ramassées comme le premier maillon de la chaîne d’événements qui conduit à l’empoisonnement des vautours.

Des vautours morts trouvés dans le désert de Judée dans ce que l’Autorité israélienne de la nature et des parcs soupçonne être un empoisonnement malveillant, le 24 octobre 2020. (Eyal Ben Giat, INPA)

Les déchets nourrissent les chiens errants, dont le nombre est estimé entre 30 000 et 50 000, dit-il, ainsi que d’autres prédateurs comme les chacals et les renards.

Le problème des chiens errants est particulièrement préoccupant dans la périphérie du pays et autour des communautés arabes, a déclaré M. Shkedy, mettant en danger les humains et le bétail. Il a rappelé la mort, en avril 2020, d’un enfant âgé d’un an et neuf mois, attaqué par un chien errant dans la ville bédouine de Bir Hadaj, dans le sud.

Il est essentiel de réduire « radicalement » le nombre de chiens errants, a insisté Shkedy, indiquant que l’abattage était inévitable. Mais comme les chiens sont considérés comme des animaux de compagnie et non comme des animaux sauvages, les inspecteurs de l’INPA ne sont autorisés à les abattre – pour éviter la propagation de la rage – qu’à l’intérieur des réserves naturelles et des parcs nationaux ou dans un rayon de 500 mètres autour de ceux-ci, a-t-il précisé. Et même dans ce cas, ils ont besoin de permis spéciaux pour le faire.

Un homme donne les restes de son magasin à des chats errants dans le centre de Jérusalem, le 13 octobre 2010. (Keren Freeman/FLASH90)

Il a ajouté que les programmes de stérilisation des chiens et des chats devaient être développés, mais que le problème ne pouvait être résolu sans abattage.

Selon M. Shkedy, pour contrôler le nombre de prédateurs, il est essentiel d’éliminer correctement les déchets alimentaires et les cadavres d’animaux qui les nourrissent. Il faudrait notamment empêcher les citoyens de donner de la nourriture aux chats sauvages. Il a ajouté que les agriculteurs seraient incités à ramasser les animaux morts s’ils étaient assurés.

Il incombe aux autorités locales de sécuriser les bennes à ordures municipales afin que les animaux ne puissent pas les renverser, et de les vider chaque soir. Il a déclaré que de telles mesures aidaient la ville de Haïfa, dans le nord du pays, à réduire le nombre de sangliers venant de la forêt du Carmel pour se nourrir des restes de nourriture.

Des sangliers sauvages se rassemblent dans un quartier résidentiel de la ville de Haïfa, dans le nord du pays, le 5 décembre 2019 (MENAHEM KAHANA / AFP).

Troisièmement, a déclaré Shkedy, il est impératif de réduire l’utilisation de pesticides et d’engrais toxiques, de réglementer leur propriété et d’adopter une loi permettant aux autorités d’arrêter les personnes soupçonnées d’empoisonner la faune. Actuellement, n’importe qui peut acheter ce type de poison et les suspects ne peuvent être inculpés que s’ils sont pris en flagrant délit.

« Je parle de cela depuis 2007 », a déclaré Shkedy, « mais rien n’a changé ».

Cette année, seuls cinq œufs de vautours ont éclos dans le cadre d’un programme d’élevage de l’INPA.

Un vautour fauve en captivité avec un œuf. (Yigal Miller, Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Le nombre de sites de nidification des vautours a diminué au fil des ans, passant de 118 en 2001 à seulement 47 l’année dernière, a indiqué M. Shkedi.

La vulnérabilité de la population de vautours aux dangers provenant des humains a été soulignée pendant la conférence. L’argument a été appuyé par un rapport de l’INPA selon lequel l’un des vautours empoisonnés sur le plateau du Golan en mai 2019 et soignés a subi de graves blessures après avoir touché une ligne électrique à haute tension dans le nord du Carmel. Le quatrième vautour au cours des deux dernières années à entrer en collision dans cette zone avec une ligne à haute tension, il s’était apparemment perché là pour surveiller la carcasse d’une vache en contrebas.

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