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LFI « passionnément antisémite »: Raphaël Enthoven relaxé du délit d’injure

Le philosophe avait publié son message litigieux sur le réseau social X, en réagissant à l'exfiltration d'un cortège à Saint-Etienne de Raphaël Glucksmann, sous des jets de peinture et de canettes

Raphael Enthoven, philosophe, éditeur, animateur de radio et de télévision et écrivain français, arrive pour son procès pour diffamation publique contre le parti politique de gauche La France Insoumise (LFI) au tribunal judiciaire de Batignolles, à Paris, le 23 septembre 2025. (Crédit :  JULIEN DE ROSA / AFP)
Raphael Enthoven, philosophe, éditeur, animateur de radio et de télévision et écrivain français, arrive pour son procès pour diffamation publique contre le parti politique de gauche La France Insoumise (LFI) au tribunal judiciaire de Batignolles, à Paris, le 23 septembre 2025. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)

Qualifier La France insoumise de « passionnément antisémite » n’excède pas les limites de la liberté d’expression et participe du « débat d’intérêt général », a jugé jeudi le tribunal correctionnel de Paris, qui a relaxé le philosophe Raphaël Enthoven du délit d’injure et débouté le parti mélenchoniste.

« La France insoumise est un mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite ». Le 1er mai 2024, dans un message publié sur le réseau social X, Raphaël Enthoven s’en était vigoureusement pris au parti de la gauche radicale, en réagissant à l’exfiltration d’un cortège à Saint-Etienne de Raphaël Glucksmann, sous des jets de peinture et de canettes.

A cinq semaines des élections européennes, celui qui conduisait la liste Place publique – soutenue par le Parti socialiste – avait alors pointé « des énergumènes » appartenant à La France insoumise comme ses agresseurs, notamment aiguillé par le témoignage d’un militant local, drapeau LFI sur l’épaule, qui avait admis « avoir fait partie de ceux qui ont expulsé » le leader social-démocrate.

LFI avait néanmoins déposé plainte contre le tweet de Raphaël Enthoven en lui réclamant 10 000 euros de dommages et intérêts, relevant deux autres passages qu’elle considérait comme injurieux: « Ils sont tellement cons » et « On n’en peut plus, de ce club de déficients ».

Le tribunal a débouté le parti de l’ensemble de ses demandes.

Certes, ont noté les magistrats, les propos du philosophe ont « une portée outrageante » à l’égard de LFI et « comportent un caractère injurieux », d’autant que Raphaël Enthoven jette « le discrédit sur ce mouvement dans son entier, de façon généralisante et essentialisante ».

Raphael Glucksmann, candidat principal du Parti socialiste français (PS) et de Place Publique à l’élection du Parlement européen, assiste à une soirée électorale du Parti socialiste français (PS) et de Place Publique après le vote pour l’élection du Parlement européen, à la Bellevilloise, à Paris, le 9 juin 2024. (Crédit : Sameer Al-Doumy / AFP)

Mais ces messages litigieux sur X s’inscrivent « dans le sillage » d’un « débat d’intérêt général majeur suscité » par ces violences survenues ce 1er mai 2024, « dans lequel une responsabilité dans ce climat de haine et de violence sur fond d’antisémitisme, comme l’a dénoncé Raphaël Glucksmann, a été imputée à La France insoumise », a considéré le tribunal.

Les juges ont encore considéré que ce débat prenait « également sa source dans tout un ensemble de polémiques récurrentes à propos de pratiques et de propos jugés violents, outranciers, complotistes et/ou antisémites de membres » de LFI.

« Juif Süss »

Lors de l’audience le 23 septembre, Raphaël Enthoven avait fait l’exégèse de chacun de ses mots, écrits « sous la colère ».

Antisémites ? « Quand Jean-Luc Mélenchon présente le peuple juif comme déicide », « j’estime qu’on est antisémite », avait développé l’essayiste.

Le triple candidat malheureux à la présidentielle avait expliqué en 2020 ne pas savoir « si Jésus était sur la croix, mais, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes qui l’y ont mis ».

Passionnément ? « Parce qu’ils sont convaincus de ne pas l’être », « mais on peut être aisément antisémite à l’abri de la loi », avait encore estimé Raphaël Enthoven, en développant l’idée d’un « antisémitisme d’atmosphère ». Illustré, selon lui, par David Guiraud, député LFI, lorsqu’il évoque les « dragons célestes », ou par un visuel publié sur les réseaux sociaux par plusieurs personnalités insoumises ciblant l’animateur Cyril Hanouna « sous les traits du juif Süss ».

Jean-Luc Mélenchon avait encore qualifié le député PS Jérôme Guedj – dont il fut autrefois un proche – de « lâche de cette variété humaine que l’on connaît tous, les délateurs », lui reprochant de « s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions ».

A droite : Le fondateur du parti français de gauche La France Insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, le 1er mai à Paris, le 1er mai 2025. A gauche : Le député socialiste Jérôme Guedj prononce un discours lors du 81e congrès du Parti socialiste (PS) au centre des congrès Prouvé à Nancy, dans le nord-est de la France, le 14 juin 2025. (Crédits : ROMEO BOETZLE et Ian LANGSDON / AFP – Montage : Times of Israël)

« Salopard antisémite », lui avait répondu l’intéressé.

« Ce sont donc toutes ces polémiques antérieures que le message (de Raphaël Enthoven) reprend à son compte, en s’inscrivant ce faisant dans le débat d’intérêt général », a fait valoir le tribunal correctionnel, en considérant que les propos du philosophe « n’ont pas excédé les limites admissibles de la liberté d’expression ».

« La France insoumise est un mouvement antisémite, passionnément antisémite. C’est même le premier parti antisémite de France. Et le dire est un élément du débat. Désormais, c’est ainsi, c’est une opinion. Ce n’est pas un délit », a réagi Raphaël Enthoven après l’énoncé du jugement de relaxe.

« La justice n’est pas un étouffoir à débats démocratiques pour ceux qui n’ont rien à faire de la démocratie », « chaque citoyen a le droit de critiquer un parti politique comme il l’entend », a ajouté son avocat, Me Richard Malka.

L’avocat de LFI, Me Mathieu Davy, a pour sa part dénoncé auprès de l’AFP une « décision scandaleuse », « sidérante », selon lui une « atteinte au parti, à ses dirigeants, ses membres, ses électeurs », qui « remet totalement en question le droit de l’injure ».

Il a indiqué « réfléchir très sérieusement à faire appel », ce qui n’est possible, pour les parties civiles, que pour demander d’éventuels dommages et intérêts.

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