L’histoire exacte des commentaires du grand rabbin de Strasbourg sur le COVID-19
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L’histoire exacte des commentaires du grand rabbin de Strasbourg sur le COVID-19

Le Times of Israël rejette toute accusation de "sensationnalisme" soulevée à son encontre par Harold Abraham Weill sur le site Internet de France 3 Régions

Le personnel médical attend qu'un patient infecté par le COVID-19 soit embarqué à bord d'un train à grande vitesse TGV médicalisé à la gare de Strasbourg, dans l'est de la France, le 3 avril 2020, lors de l'évacuation de 24 patients vers des hôpitaux de Bordeaux dans le sud-ouest de la France. (Crédit : PATRICK HERTZOG / POOL / AFP)
Le personnel médical attend qu'un patient infecté par le COVID-19 soit embarqué à bord d'un train à grande vitesse TGV médicalisé à la gare de Strasbourg, dans l'est de la France, le 3 avril 2020, lors de l'évacuation de 24 patients vers des hôpitaux de Bordeaux dans le sud-ouest de la France. (Crédit : PATRICK HERTZOG / POOL / AFP)

Samedi 28 mars, le Times of Israël publiait un article intitulé « La majorité de la population juive de Strasbourg serait atteinte du Covid-19 », citant des propos du grand rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin, M. Harold Abraham Weill, prononcés le vendredi 27 mars lors d’un entretien téléphonique (en hébreu) avec la journaliste Nurit Canetti de Galei Tsahal, la radio de l’Armée israélienne.

Mais dans une interview publiée le 30 mars sur le site Internet de France 3 Grand Est et accordée à la journaliste Sabine Pfeiffer, le grand rabbin niait catégoriquement avoir tenu ces propos et accusait longuement le Times of Israël d’avoir écrit un article « cédant au sensationnalisme ».

Voici donc la retranscription et la traduction de l’interview intégrale (en hébreu, à 12mn41 dans la 5e partie du replay) donnée par le grand rabbin de Strasbourg à la journaliste Nurit Canetti de la radio de l’armée israélienne Galei Tsahal le 27 mars :

Nurit Canetti : Et maintenant, nous sommes à Strasbourg, avec le rabbin Abraham Weill, membre du Conseil des rabbins d’Europe. Bonjour.
H. A. Weill :
Shalom et bonjour.

Vous avez vous-même été atteint du coronavirus il y a environ deux semaines, n’est-ce-pas ?
Oui, exactement, oui.

Comment vous sentez-vous ? 
Bien, grâce à Dieu, je me sens beaucoup mieux aujourd’hui. C’est long, ça prend, je crois, un peu plus de deux semaines à se remettre. Aujourd’hui, ça va et j’espère que ça ira mieux dans les jours à venir.

Vous êtes chez vous ?
Oui, je suis chez moi. Grâce à Dieu, je me sentais bien dès le début, malgré tous les symptômes. Bien sûr, j’avais de la fièvre, des maux de dos, de tête, une toux, mais pas trop fort, disons, et pendant pas trop longtemps. Les trois premiers jours je suis resté chez moi. La situation est tellement grave en France. Je n’ai presque rien à ajouter à ce qu’à dit votre invitée précédente…

Harold Abraham, grand-rabbin de Strasbourg, en 2017 (Capture écran/YouTube)

…D’Italie
Oui, oui. C’est exactement la même situation à Strasbourg. Dans les hôpitaux, ils ne reçoivent plus ceux qui ne sont pas dans un état vraiment grave. J’ai parlé hier à un ami qui avait des symptômes beaucoup plus forts, qui était dans une situation vraiment dangereuse, et après une semaine pendant laquelle la fièvre n’est pas descendue, et avec une toux, et des difficultés à respirer, quand il est arrivé à l’hôpital, ils lui ont dit de rentrer chez lui, qu’ils n’avaient pas de place. « Si vous voyez que c’est vraiment dangereux, revenez vers nous, mais en attendant, restez chez vous, vous serez mieux chez vous qu’à l’hôpital. »

La situation à Strasbourg est, de manière générale, très difficile, et particulièrement dans la communauté juive, n’est-ce pas ? De nombreux membres de votre communauté juive sont malades.
Exact. Exact. C’est vraiment un phénomène effrayant. Chez nous, il est difficile de dire précisément combien de personnes ont été contaminées, mais j’estime que 50, peut-être 60, peut-être 70 %, je ne sais pas. Ce qui est clair, c’est que la majorité de la communauté a été contaminée…

Ouaw. Comment expliquez-vous cela ? Est-ce dû à la présence prolongée des gens, quand ils ne savaient pas qu’ils étaient contaminés, dans les synagogues et les écoles ?
Exact. C’est très probable. Et aussi les fêtes de Pourim.

Exact.
Je pense que tout a escaladé la semaine de Pourim. Même si nous avions déjà pris quelques mesures, c’est-à-dire que nous sentions que la situation évoluait et devenait dangereuse, nous avions déjà pris des mesures très sévères à l’approche de Pourim, mais il semble que ça n’a pas suffi, avec les mishloah manot, ou chacun donne à son prochain, lui donne un mishloah manot et les gens vont dans les maisons les uns des autres. C’est évident que ça a permis au virus de se propager, c’est évident.

Quelle est la taille de la communauté de Strasbourg ?
C’est une très grande communauté. On parle de 20 000 Juifs. Il s’agit d’une communauté, qui est très, je vais dire, [inaudible] d’une certaine manière, intégrée à la vie de la ville. Tout le monde sait qu’il y a plusieurs synagogues à Strasbourg, qu’il y a une grande communauté, cela fait partie de l’histoire de la ville. Strasbourg est la communauté juive la plus ancienne de France et la communauté de Strasbourg est l’une des plus grandes d’Europe.

Y-a-t-il eu beaucoup de morts parmi les membres de la
communauté ? 

Pardon ?

Y-a-t-il eu beaucoup de morts, de la maladie ?
Grâce à Dieu, grâce à Dieu, sans vouloir donner sa chance au Satan, il y une personne qui était connue, pieuse, qui est décédée il y a exactement une semaine, Shabbat dernier, de cette maudite maladie, et nous prions pour qu’il n’y ait plus de décès dans la communauté. Il y a, de ce que je sais, une vingtaine de membres de la communauté, peut-être plus que vingt, parce que ça monte tous les jours, qui sont actuellement en soins intensifs, sous respirateur, dans le coma, dans une situation vraiment très grave. C’est possible que ce soit plus que vingt. J’espère et je prie pour qu’ils se rétablissent.

Et nous sommes avec vous. Vous arrivez, en tant que grand rabbin, à rester en contact avec les membres de la communauté, donner peut-être du hizouk rouhani (encouragements spirituels), peut-être par Internet ?
Exact. C’était très important pour nous, depuis le début. J’ai une équipe qui travaille avec moi qui fait un travail formidable et ils sont sur le terrain depuis le premier jour. J’ai une équipe tech qui s’occupe de l’aspect technique, et nous avons une plateforme Zoom active toute la journée, de 9h à 22h, qui propose tous les jours des programmes de cours, des programmes de toutes sortes, de musique, du matin au soir. Et aussi des prières collectives virtuelles, pour ceux qui souhaitent rester en contact, et des bénévoles qui appellent tous les jours des personnes âgées, isolées, seules chez elles et ils font, je ne sais pas, 500 appels par jour.

Rav Weill, savez-vous qu’aux Etats-Unis, particulièrement dans l’État de New York, des propos antisémites ont émergé, face à l’important taux de contagion au sein de la communauté juive de Brooklyn. Vous aussi, vous observez des appels à l’antisémitisme face à la contagion au sein de votre communauté et des autres communautés ?
Evidemment. Nous commençons à le voir sur Internet, sur Facebook, dans des dessins, sur le fait que les Juifs sont responsables de ce qui se passe. La ministre de la Santé [Agnès Buzyn], qui a démissionné il y a une quinzaine de jours, mais qui était en poste quand l’épidémie a commencé, elle est Juive, ou du moins son père est Juif, elle a un nom juif, elle est mariée à un Juif, qui s’appelle Levy. Tout le monde dit qu’elle savait avant, qu’elle voulait vendre le vaccin quand il arrivera…

Les autorités réagissent ?
Non, je pense que les autorités ont des choses plus graves à s’occuper. C’est ce qui passe sur Internet, on n’entend pas ça à la radio.

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