Liban : Le frère de Saad Hariri s’oppose à une coalition avec le Hezbollah
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Liban : Le frère de Saad Hariri s’oppose à une coalition avec le Hezbollah

Un gouvernement avec le groupe terroriste est "une grosse erreur", prévient Bahaa Hariri, dont le frère Saad a été prié de revenir sur sa démission en tant que Premier ministre

Bahaa Hariri, (à droite), et Saad Hariri, fils de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, se rendent sur les lieux de l'assassinat de leur père par le Hezbollah à Beyrouth, au Liban, le 19 février 2005. (AP)
Bahaa Hariri, (à droite), et Saad Hariri, fils de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, se rendent sur les lieux de l'assassinat de leur père par le Hezbollah à Beyrouth, au Liban, le 19 février 2005. (AP)

Le frère aîné du Premier ministre libanais désigné, Saad Hariri, l’a averti de ne pas former de gouvernement avec le groupe terroriste Hezbollah, disant qu’une telle décision entraverait le soutien régional et international à son pays alors qu’il tente de sortir d’une crise économique et politique.

« Pour moi, il est clair que quiconque forme un gouvernement qui est sous le contrôle du Hezbollah fait fausse route », a déclaré Bahaa Hariri au site internet Axios dans une interview publiée lundi.

« Je pense que former un gouvernement avec le Hezbollah est… une grosse erreur », a-t-il dit.

Le Hezbollah soutenu par l’Iran, a déclaré Hariri, devrait être déclaré organisation terroriste.

Saad Hariri a démissionné de son poste de Premier ministre il y a un an au milieu des protestations nationales d’une population en colère contre la corruption généralisée, la mauvaise gestion des ressources et une économie défaillante. L’année suivante, la monnaie libanaise a sombré, perdant près de 80 % de sa valeur, tandis que les prix, le chômage et l’inflation grimpaient en flèche. Les Libanais n’ont pas pu avoir accès à leurs économies, les banques ayant imposé des contrôles informels sur les capitaux par crainte d’une ruée sur les dépôts.

Il y a deux semaines, le président libanais Michel Aoun a demandé à Hariri de revenir et de former un nouveau gouvernement. Le puissant groupe chiite Hezbollah, qui avec ses alliés contrôle la majorité des sièges au Parlement, soutient implicitement la nomination de Hariri à ce poste.

Bahaa Hariri, un homme d’affaires milliardaire qui ne vit pas au Liban depuis plusieurs années, s’est tenu à l’écart de la politique par le passé mais, plus récemment, il a soutenu des groupes de défense des droits civils qui réclament des réformes du système politique libanais, a rapporté Axios.

Des policiers anti-émeutes frappent des manifestants anti-gouvernementaux lors d’une manifestation près de la place du Parlement, à Beyrouth, au Liban, le 1er septembre 2020. (Hassan Ammar/AP)

« Le Hezbollah et les seigneurs de la guerre et tous ceux qui les soutiennent ont atteint un niveau d’échec qui est sans issue et ils doivent se retirer et laisser les gens qui ont une histoire propre », a déclaré Bahaa Hariri.

« Le Hezbollah a causé beaucoup de dégâts au Liban, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur », a-t-il ajouté. « Ils ont réussi en 15 ans à briser le Liban. Le Hezbollah et ses copains ont réussi à faire tomber un empire. Leur échec est énorme ».

Bahaa Hariri a averti qu’un gouvernement incluant le Hezbollah n’obtiendrait pas le soutien des États du Golfe ou de la communauté internationale au sens large, ce qui limiterait sa capacité à faire sortir le pays de son ornière économique et politique.

Les frères Hariri ont une histoire funeste avec le Hezbollah – leur père, Rafic Hariri, qui a également été Premier ministre, a été assassiné en 2005, plusieurs mois après avoir quitté ses fonctions. En août, un tribunal international a conclu que le Hezbollah était bien derrière cet assassinat.

« La situation est maintenant devenue extrêmement critique pour le pays et le peuple libanais, ainsi que pour l’héritage de Rafic Hariri », a déclaré Bahaa Hariri, en expliquant ses récentes activités publiques concernant la politique libanaise. « A mon âge, je ne peux pas rester assis et ne rien faire ».

« Nous sommes arrivés à un point où nous sommes dans l’abîme et ce qui s’est passé à Beyrouth ne peut que m’obliger davantage à faire tout ce que je peux pour aider », a-t-il déclaré, en faisant référence à une énorme explosion portuaire en août. « J’aime mon frère et je me soucie de lui, mais les différences politiques entre nous sont flagrantes et très importantes ».

Sur cette photo du 9 août 2020, des graffitis politiques sont visibles devant la scène de l’explosion du 4 août qui a frappé le port commercial de Beyrouth, au Liban. (AP/Hussein Malla)

Le successeur de Saad Hariri – un technocrate soutenu par le groupe terroriste du Hezbollah – a démissionné après la gigantesque explosion du 4 août dans le port de Beyrouth, provoquée par des milliers de produits chimiques potentiellement explosifs qui y étaient stockés depuis des années. L’explosion a tué près de 200 personnes et en a bléssé plus de 6 000 autres. L’explosion, qui a défiguré la ville et son port, est considérée comme une preuve supplémentaire de la flagrante incompétence de la classe politique chargée de gouverner le petit pays depuis la fin de sa guerre civile de 15 ans en 1990.

M. Hariri a appelé le prochain gouvernement du président américain élu Joe Biden à faire pression pour la mise en œuvre de l’accord de Taëf de 1989 qui a mis fin à la guerre civile dans le pays et, entre autres, a demandé la dissolution et le désarmement de toutes les milices du pays, y compris le Hezbollah.

En début de semaine, l’ancien ministre des Affaires étrangères du Liban, Gebran Bassil, a déclaré que les Etats-Unis l’avaient exhorté à rompre les liens avec le Hezbollah avant de lui imposer des sanctions pour corruption présumée. Les mesures punitives annoncées par Washington vendredi étaient les premières contre un allié chrétien de haut rang du Hezbollah, longtemps visé par les sanctions américaines et inscrit sur la liste noire des organisations terroristes. Bassil a dit qu’il « ne poignardera pas » le Hezbollah.

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