L’Iran se montre plus téméraire dans sa lutte contre Israël au large des côtes
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Analyse

L’Iran se montre plus téméraire dans sa lutte contre Israël au large des côtes

En Irak et au Yémen, sur son programme nucléaire et encore davantage, Téhéran a, à l'évidence, pris la décision de montrer ses muscles

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Illustration : Le porte-conteneurs de 207 mètres de long 'IRAN PIROOZI' jette l'ancre sur le quai du chantier naval Aker MTW à Wismar, dans le nord de l'Allemagne, après la cérémonie de remise du nom le vendredi 24 octobre 2003. C'est le premier des six navires de ce type, MTW 2500, à avoir été commandés par la compagnie Shipping Lines de la République islamique d'Iran (IRISL). (Crédit : AP / Thomas Haentzschel)
Illustration : Le porte-conteneurs de 207 mètres de long 'IRAN PIROOZI' jette l'ancre sur le quai du chantier naval Aker MTW à Wismar, dans le nord de l'Allemagne, après la cérémonie de remise du nom le vendredi 24 octobre 2003. C'est le premier des six navires de ce type, MTW 2500, à avoir été commandés par la compagnie Shipping Lines de la République islamique d'Iran (IRISL). (Crédit : AP / Thomas Haentzschel)

Alors que des informations ont fait savoir, jeudi, qu’une nouvelle frappe iranienne avait pris pour cible un bateau civil israélien, il semble que la confrontation entre l’Iran et l’État juif soit en train de connaître une escalade dangereuse au large des côtes.

Ce qui correspond bien à un modèle qui s’est implanté au cours de ces derniers mois. La République islamique a opté pour une posture plus agressive sur plusieurs fronts – que ce soit dans sa rhétorique ou dans ses opérations – dans un contexte de hausse des tensions avec la nouvelle administration américaine et avec les adversaires de l’Iran dans la région.

L’attaque présumée de jeudi ne serait pas la première de l’Iran contre un cargo israélien. Le 26 février, une explosion a eu lieu sur le MV Helios Ray, un navire appartenant à un Israélien et battant pavillon des Bahamas, dans le Golfe d’Oman. Netanyahu avait attribué la responsabilité de cette explosion à une frappe de Téhéran – ce que l’Iran a rapidement démenti – mais les experts ont retrouvé, dans cette attaque, les mêmes caractéristiques qui avaient distingué des agressions similaires qui avaient été attribuées à la République islamique.

L’opération semblait avoir été minutieusement planifiée et ressemblait fortement à une série d’attaques commises contre des pétroliers en 2019 et à une campagne iranienne lancée contre des cargos, il y a quatre décennies.

La frappe qui aurait eu lieu jeudi matin – contre un vaisseau appartenant à un Israélien, qui aurait essuyé des tirs de missiles dans le Golfe d’Oman – ne serait pas venue de nulle part. Ainsi, selon le Wall Street Journal, des opérations secrètes auraient été menées par Israël contre des navires iraniens ou contre des bateaux transportant des cargaisons iraniennes. Et si cette information s’avère vraie, cette dernière frappe pourrait bien entrer dans le cadre d’une réponse iranienne plus affirmée face à ces attaques israéliennes.

Selon le reportage, Israël a pris pour cible au moins douze navires en direction de la Syrie, la plus grande partie d’entre eux transportant du pétrole iranien en violation des sanctions internationales, mais aussi des mines et d’autres armements. Certaines de ces frappes israéliennes présumées, qui auraient eu lieu dans la mer Rouge et ailleurs, auraient visé des livraisons d’armes liées à l’Iran, a poursuivi le journal. Les attaques n’ont pas coulé les pétroliers mais ont obligé au moins deux vaisseaux à retourner au port, au sein de la République islamique.

Israël a cherché à mettre un terme à ce commerce de pétrole parce que le pays a la certitude que les profits aident à financer les extrémistes de la région, a poursuivi le Wall Street Journal.

Mais s’il est vrai que cela fait plus d’un an que l’État juif s’en prend aux livraisons maritimes iraniennes, pourquoi la République islamique prend-elle seulement maintenant la décision de riposter ?

D’abord, il est évident que l’Iran est un pays prêt à tout pour répondre à une série de revers militaires. L’éminent scientifique nucléaire Mohsen Fakhrizadeh circulait dans une voiture, aux abords de la capitale, lorsqu’il a été tué par ce qui aurait été, selon les autorités iraniennes, une mitrailleuse contrôlée à distance. Téhéran avait attribué à Israël la responsabilité de l’assassinat.

Il y a eu également, pendant plusieurs mois, des explosions mystérieuses au sein de la République islamique – notamment une explosion suivie d’un incendie qui ont eu lieu dans une usine d’assemblage de centrifugeuses avancées au sein de la structure d’enrichissement de l’uranium de Natanz. L’incident, selon Téhéran, aurait résulté d’un acte de sabotage commis par Israël.

De surcroît, l’Iran reste soumis à des sanctions américaines écrasantes dont le pays est impatient de pouvoir sortir.

Avec une Syrie en proie à la guerre civile depuis une décennie, la République islamique tente d’ouvrir un nouveau front sur la frontière israélienne. Le pays a envoyé des forces alliées sur le plateau syrien du Golan pour qu’elles y établissent des infrastructures permettent de lancer des attaques contre des cibles israéliennes. Il œuvre également à armer le Hezbollah, l’un de ses groupes terroristes mandataires, à l’aide de roquettes de précision, transportant des armes à travers la Syrie en direction du Liban.

Israël, de son côté, a montré que l’État juif était capable de suivre les actions militaires entreprises par l’Iran et a affiché sa volonté ferme de les déjouer en utilisant la force de son armée, lançant des centaines – voire des milliers – de frappes contre l’Iran et contre ses groupes mandataires en Syrie et en Irak depuis 2011.

Des milliers de partisans du Hezbollah participent aux funérailles de l’un des six combattants du groupe terroriste chiite libanais tués dans un raid aérien israélien, le 19 janvier 2015. (Crédit : AFP)

« Cela s’inscrit dans un contexte d’un Iran frustré dans ses efforts d’atteindre Israël depuis la Syrie, où Israël domine, ce qui décide Téhéran à agir dans sa propre arrière-cour contre Israël parce qu’avant tout, c’est un modus operandi qui a déjà fait ses preuves », a commenté Michael Eisenstadt, directeur du programme militaire et d’études sécuritaires à l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient.

Au même moment, l’Iran semble avoir retrouvé une confiance qui avait disparu. Donald Trump – l’imprévisible et pugnace président américain qui a sorti les États-Unis de l’accord sur le nucléaire et qui a ordonné l’assassinat du commandant Qassem Suleimani, responsable des forces al-Quds iraniennes dans leurs opérations à l’étranger – a été mis hors jeu par les élections américaines. Son successeur, Joe Biden, a l’air déterminé à ne pas se laisser piéger au Moyen-Orient et a fait part de son désir de revenir dans le pacte sur le nucléaire qui a été signé en 2015.

Biden a aussi signalé qu’il se montrerait moins inconditionnellement généreux envers les pays du bloc arabe et israélien anti-iranien : il a attendu des semaines avant d’appeler au téléphone le Premier ministre Benjamin Netanyahu après son élection ; il a commencé à mettre en cause l’Arabie saoudite pour ses antécédents en termes de droit de l’Homme et, au mois de février, son secrétaire d’État, Anthony Blinken, a exprimé son inquiétude face à l’Égypte, se disant préoccupé par ses politiques en termes de droits de l’Homme et son projet d’acquérir des avions-chasseurs russes.

Le secrétaire d’État Antony Blinken s’exprime sur la politique étrangère au département d’Etat à Washington, le 3 mars 2021. (Crédit : Andrew Caballero-Reynolds/Pool via AP)

Et l’existence même de l’article du WSJ, écrit sur la base de conversations avec les responsables israéliens, pourrait être une indication du mécontentement de l’administration Biden à l’égard d’Israël.

« À mon avis, les Américains ont laissé fuiter les informations », explique Raz Zimmt, spécialiste de l’Iran au sein de l’Institut d’études de sécurité nationale. « Apparemment, ils ne sont pas satisfaits de ce qu’Israël fait – et cela pourrait bien être l’aspect le plus intéressant de toute cette histoire. »

L’Iran, remarquant cette distanciation émerger entre les États-Unis et les alliés, a commencé à prendre des initiatives à travers toute la région.

Le docteur Raz Zimmt. (Capture d’écran : YouTube)

En Irak, une série d’attaques à la roquette est survenue au mois de février aux abords de l’ambassade des États-Unis et de bases militaires américaines. Au début du mois, les rebelles Houthis soutenus par l’Iran au Yémen ont fait savoir qu’ils avaient attaqué une structure pétrolière saoudienne dans la ville portuaire de Jeddah.

L’Iran a montré également de la confiance concernant son programme nucléaire. Le Guide suprême iranien a répété dimanche la « politique définie » de la République islamique, qui est que Washington doit lever toutes les sanctions avant que Téhéran ne se reconforme aux engagements pris dans le cadre du pacte sur le nucléaire. Téhéran a violé constamment les restrictions mentionnées dans l’accord, dont la quantité d’uranium enrichi que le pays est en droit d’entreposer et le niveau de pureté de son enrichissement.

« Cela peut être lié à la nouvelle administration », explique Zimmt. « Et au fait que les Iraniens estiment que le danger qui existait, ces derniers mois, avec Trump n’existe plus et qu’ils peuvent repousser les limites. »

« Ils peuvent aussi estimer qu’Israël est limité, même si je ne sais pas s’il s’agit d’une allégation correcte – mais ils peuvent penser que la liberté d’action de l’État juif est limitée à cause de la nouvelle administration et à cause de la crise politique. Et c’est pour ça qu’ils osent faire des choses qu’ils n’osaient pas faire par le passé », ajoute-t-il.

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