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L’Iran, la Russie, la Turquie et l’Espagne fustigent les sanctions américaines

Moscou continue de soutenir l'accord sur le nucléaire, à l'instar des cinq autres pays signataires

Les sanctions et les conditions américaines imposées à Téhéran pour leur levée sont « absurdes, illégales et fondamentalement biaisées », a fustigé mardi le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, dans une vidéo postée sur YouTube.

« L’administration américaine semble penser qu’imposer des sanctions draconiennes à l’Iran causera tant de douleur à notre nation que cela nous forcera à nous soumettre à sa volonté », a-t-il déclaré dans la vidéo, postée en ligne en anglais et en persan.

Mais ces décisions « renforcent l’isolement international » des Etats-Unis, selon M. Zarif.

Après une première série de sanctions en août, Washington a rétabli lundi de nouvelles mesures contre les secteurs pétrolier et financier iraniens.

Ces sanctions avaient été levées après la signature de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015, dont le président américain Donald Trump s’est retiré unilatéralement en mai.

« Nous avons survécu à des temps difficiles en 40 ans d’hostilité américaine, nous appuyant uniquement sur nos propres ressources, et aujourd’hui nous et nos partenaires à travers la planète allons veiller à ce que notre peuple soit affecté le moins possible par cette agression aveugle », a ajouté le chef de la diplomatie iranien.

Les Etats-Unis « regretteront cette décision imprudente », a encore estimé M. Zarif, affirmant que les sanctions étaient destinées à « diviser le peuple et le séparer des dirigeants ».

Ils feraient mieux de repenser leur « soutien inconditionnel » à l’Arabie saoudite et à Israël, qui les a « rendus aveugles » aux « atrocités épouvantables » commises par ces deux pays, a-t-il poursuivi.

« Les prédécesseurs du président Trump ont également commencé à élaborer leur politique iranienne avec une bravade semblable mais ils se sont ravisés et ont accepté et respecté la réalité de l’Iran à mesure qu’ils ont acquis plus d’expérience », a déclaré M. Zarif.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov assiste à une conférence de presse le 29 mars 2018. (AFP PHOTO / Yuri KADOBNOV)

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a de son côté déclaré mardi que les nouvelles sanctions contre l’Iran à la suite du retrait de l’accord sur le nucléaire sont « absolument illégitimes », selon les médias du Kremlin.

M. Lavrov, qui a rencontré son homologue espagnol à Madrid, a déclaré qu’il était « inacceptable » que les États-Unis ou d’autres pays négocient en utilisant des ultimatums.

« Je suis d’accord avec le ministre Lavrov pour rejeter tout type de position qui ressemble à un ultimatum, de la part de qui que ce soit et aussi de la part des États-Unis », a de son côté déclaré Josep Borrell.

« Cette idée de ‘Vous êtes avec moi ou vous êtes contre moi’ appartient à une autre époque », a-t-il ajouté.

Malgré le départ des Etats-Unis, les autres signataires de l’accord de 2015 se sont engagés à tout faire pour le préserver et pour que l’Iran ne le quitte pas à son tour. Les inspecteurs internationaux ont affirmé à moult reprises que Téhéran respectait ses engagements en la matière.

La Turquie a vivement critiqué mardi les sanctions américaines à l’égard de l’Iran, estimant que ces mesures qualifiées de « dangereuses » menaçaient l' »équilibre » du monde.

« Nous ne trouvons pas que ces sanctions soient bonnes. Pour nous, ces sanctions sont des sanctions qui visent à bouleverser l’équilibre du monde », a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan.

« Elles sont contraires au droit et à la diplomatie. Nous ne voulons pas vivre dans un monde impérial », a ajouté M. Erdogan qui s’exprimait devant les députés de son parti à Ankara.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu (g) à l’écoute de la question d’un journaliste à côté de son homologue saoudien Adel al-Jubeir lors d’une conférence de presse conjointe le 31 janvier 2016 à la salle de presse du ministère des affaires étrangères à Ryad. (Crédit : AFP / FAYEZ NURELDINE)

Avant M. Erdogan, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu avait, lui aussi, tiré à boulets rouges sur les sanctions américaines, lors d’un déplacement mardi à Tokyo.

« Tout en demandant aux Etats-Unis une dérogation, nous avons été très francs avec eux sur le fait qu’il n’est pas judicieux d’acculer l’Iran. Isoler l’Iran est dangereux et punir le peuple iranien est injuste », a déclaré M. Cavusoglu.

« La Turquie est contre les sanctions, nous ne pensons pas qu’un résultat peut être obtenu par des sanctions », a-t-il ajouté. « Je pense qu’au lieu de sanctionner l’Iran, il est beaucoup plus utile de dialoguer sérieusement avec lui et de l’impliquer ».

L’accord sur le nucléaire iranien avait été conclu à Vienne le 14 juillet 2015 entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), plus l’Allemagne.

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