L’offensive sur Mossoul gagne du terrain, la coalition examine ses options
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L’offensive sur Mossoul gagne du terrain, la coalition examine ses options

Les ministres de la Défense de la coalition internationale se réunissent à Paris mardi pour faire le point sur l'offensive de Mossoul

Un M109 des forces irakiennes tirant vers le village de Tall al-Tibah, à environ 30 kilomètres au sud de Mossoul, le 19 octobre 2016, lors d'une opération contre les djihadistes du groupe Etat islamique pour reprendre la ville. (Crédit : AFP/Ahmad al-Rubaye)
Un M109 des forces irakiennes tirant vers le village de Tall al-Tibah, à environ 30 kilomètres au sud de Mossoul, le 19 octobre 2016, lors d'une opération contre les djihadistes du groupe Etat islamique pour reprendre la ville. (Crédit : AFP/Ahmad al-Rubaye)

Les forces d’élite irakiennes continuaient mardi leur progression à l’est de Mossoul avec le soutien de la coalition internationale, dont les responsables se réunissent à Paris pour accentuer la lutte contre le groupe Etat islamique (EI).

La Turquie, de plus en plus impliquée dans le conflit irakien, a par ailleurs averti qu’elle pourrait lancer une opération terrestre dans le nord de l’Irak pour éliminer toute « menace » contre ses intérêts.

Huit jours après le début de l’offensive sur Mossoul, les unités d’élite du contre-terrorisme (CTS) irakien continuaient à progresser dans la banlieue est du dernier bastion de l’EI dans le pays.

« Sur notre front, nous sommes désormais à cinq ou six kilomètres de Mossoul », a affirmé le général Abdelghani al-Assadi, le commandant du CTS, à l’AFP. « Nous devons maintenant nous coordonner avec les forces des autres fronts pour lancer » un assaut « coordonné » sur Mossoul, a-t-il ajouté depuis la ville de Bartala.

Au nord-est, les peshmergas kurdes sont également proches de la ville mais sur le front sud les forces fédérales ont encore du chemin à parcourir avant d’atteindre sa banlieue.

Parallèlement, la situation devrait évoluer à l’ouest de Mossoul, un front jusqu’à présent calme. Les unités paramilitaires chiites de la mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) ont en effet reçu l’ordre de couper l’accès entre Mossoul et la Syrie.

« Notre mission est d’empêcher la fuite (de l’EI) vers la Syrie et d’isoler totalement Mossoul de la Syrie », a expliqué Jawad al-Tulaibawi, porte-parole de Asaib Ahl al-Haq, une puissante milice chiite, à l’AFP. « Nous nous attendons à une bataille violente et difficile ».

Ces milices, qui ont joué un rôle clé dans les précédentes batailles contre l’EI, veulent également libérer la ville de Tal Afar, à l’ouest de Mossoul, qui était majoritairement peuplée de chiites avant sa conquête par l’organisation extrémiste sunnite en 2014.

La participation du Hachd al-Chaabi à l’offensive de Mossoul est source de tensions. Les dirigeants irakiens kurdes et arabes sunnites s’y opposent, tout comme Ankara, qui a déployé des soldats à l’est de Mossoul malgré les demandes répétées de Bagdad pour le retrait des troupes turques.

Des responsables irakiens et américains ont rapporté que des chefs de l’EI avaient déjà cherché à quitter Mossoul pour la Syrie. Mais des sources françaises ont au contraire fait état d’un mouvement inverse avec l’arrivée de « quelques centaines » de jihadistes en renfort dans la ville irakienne.

Les responsables américains considèrent que l’offensive pour reprendre Mossoul au groupe Etat islamique se déroule bien, mais préviennent que la résistance des djihadistes va s’accroître à mesure que les forces irakiennes s’approcheront de la ville.

« Tous les objectifs ont été atteints jusqu’à présent », a déclaré sur Twitter Brett McGurk, l’émissaire du président américain Barack Obama auprès de la coalition internationale antijihadistes qui intervient en soutien aux forces irakiennes.

Alors que la vaste et complexe opération lancée pour reprendre Mossoul est entrée dans sa deuxième semaine, les ministres de la Défense de la coalition internationale se réunissent à Paris mardi pour faire le point sur cette offensive et examiner les divers scénarios envisageables pendant et après la reprise de la ville.

L’après-Mossoul en débat

Les progrès de l’offensive sur Mossoul doivent être analysés à la loupe par les ministres de la Défense de 13 pays participant à la coalition, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Canada et l’Australie, rassemblés à Paris pour une cinquième réunion depuis le début de l’opération antijihadiste.

Faisant écho à de hauts gradés américains, les ministres devraient convenir que l’opération suit « le calendrier prévu, peut-être même en avance », selon un responsable.

Mais « on ne sait pas comment Daech va réagir » lorsque les forces irakiennes approcheront de la ville, a indiqué lundi l’entourage du ministre français de la Défense. « Il y a différentes hypothèses, qui vont d’une tentative de fuite généralisée pour se disperser vers de nouveaux théâtres, à une lutte à mort dans Mossoul pour infliger le maximum de pertes aux Irakiens et aux peshmergas kurdes ».

Les estimations occidentales font état de 5 000 à 6 000 combattants de l’EI dans Mossoul.

Les pays de la coalition veulent aussi préparer les étapes ultérieures de la lutte pour éliminer définitivement l’EI, notamment en Syrie, où les jihadistes contrôlent encore notamment la ville de Raqa, dans le nord-est.

« Il faut limiter le risque de fuite massive depuis Mossoul vers Raqa », a insisté l’entourage du ministre français Jean-Yves Le Drian.

Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter avait plaidé dimanche pour qu’une opération soit menée pour isoler Raqa simultanément à l’offensive en cours contre Mossoul. Il y aurait 3 000 à 4 000 combattants de l’EI à Raqa, selon des estimations.

Mais la situation militaire est encore plus complexe en Syrie qu’en Irak avec un territoire extrêmement morcelé et l’implication de multiples acteurs syriens et internationaux, dont la Russie et l’Iran, alliés du régime de Damas.

Dans les deux pays, la Turquie affirme de plus en plus son intention de jouer un rôle clé dans la résolution des crises. Son chef de la diplomatie, Mevlüt Cavusoglu, a ainsi affirmé mardi qu’elle pourrait lancer une opération terrestre dans le nord de l’Irak pour éliminer toute « menace » contre ses intérêts. Plusieurs centaines de soldats turcs sont déployés sur la base de Bachiqa.

Le représentant en France des Kurdes de Syrie, Khaled Issa, a accusé mardi le régime turc d' »attaquer massivement » les combattants kurdes pour les empêcher de reprendre Raqa, accusant Ankara de « complicité » avec les jihadistes.

Jean-Yves Le Drian (Crédit : Pymouss/Wikimedia commons/CC BY SA 3.0)
Jean-Yves Le Drian (Crédit : Pymouss/Wikimedia commons/CC BY SA 3.0)

Sur le terrain, les dizaines de milliers d’hommes mobilisés convergent à partir de différents fronts vers le fief de l’EI, où son chef Abou Bakr al-Baghdadi avait proclamé l’instauration d’un « califat » en juin 2014.

En soutien à ces forces, la coalition internationale a mené « plus de frappes » aériennes depuis le lancement de l’opération sur Mossoul « que durant n’importe quelle semaine depuis le début de la guerre contre l’EI » en 2014, a déclaré M. McGurk.

En première ligne sur le front, les combattants kurdes (peshmergas) étaient positionnés dans la ville de Bachiqa, à environ 25 km de Mossoul.

Au sud-est de Mossoul, des forces d’élite fédérales se battaient pour reconquérir la ville chrétienne de Qaraqosh. Dans la cité, elles ont essuyé des tirs de jihadistes pour le troisième jour consécutif, selon un correspondant de l’AFP.

Echec de l’attaque sur Kirkouk

« Nous nous attendons à ce que la résistance augmente au fur et à mesure que l’on s’approche » de Mossoul, a prévenu un officier de l’état-major américain à Bagdad.

Les stratèges américains estiment toutefois que pour l’instant, l’EI n’essaie pas de bloquer l’avancée des troupes irakiennes et des peshmergas et cherche juste à « infliger des pertes ».

L’EI tente parallèlement de détourner les forces irakiennes de Mossoul.

Son attaque surprise lancée vendredi à Kirkouk, à 170 kilomètres au sud-est de Mossoul, a été mise en échec et « la vie est retournée à la normale », a indiqué lundi le gouverneur de la province, Najmeddin Karin. Selon lui, 74 jihadistes ont été tués ainsi que 46 personnes, principalement des forces de sécurité.

Talus, tranchées et tunnels

La progression de ces derniers jours a donné un avant-goût des défenses préparées par l’EI: talus, tranchées remplies de pétrole, véhicules bourrés d’explosifs ou tunnels permettant aux djihadistes de revenir dans des positions que les forces irakiennes croyaient abandonnées pour prendre ces dernières à revers.

Les djihadistes ont également percé les murs mitoyens des maisons pour pouvoir passer d’immeuble en immeuble sans avoir à sortir dans la rue. « Ils ont très bien préparé leurs défenses », résume un officier américain.

Celui-ci estime qu’il y a « 3 000 à 5 000 combattants » qui attendent les forces irakiennes dans Mossoul même, auxquels il faut ajouter « 1 000 à 1 500/2 000 combattants » qui sont chargés de mener des actions dans les alentours de la ville.

Par ailleurs, selon l’entourage du ministre français de la Défense, « quelques centaines » de djihadistes sont arrivés de Syrie ces derniers jours pour renforcer les combattants de l’EI à Mossoul.

Illustration d'un combattant kurde - 9 septembre 2014 (Crédit : AFP/JM Lopez)
Illustration d’un combattant kurde – 9 septembre 2014 (Crédit : AFP/JM Lopez)

Pour les militaires américains, il ne fait pas de doute qu’une partie des djihadistes de Mossoul se battra jusqu’à la mort. Mais ils s’attendent à ce que d’autres tentent de fuir ou de se fondre dans la population.

L’une des questions liées à l’offensive est le rôle joué par la Turquie. Celle-ci a affirmé dimanche avoir fourni un soutien militaire aux peshmergas à Bachiqa. Mais Bagdad a démenti lundi « que la Turquie participe sous quelle forme que ce soit aux opérations ».

Par ailleurs, Human Rights Watch a appelé à l’ouverture d’une enquête sur les circonstances d’une frappe aérienne ayant provoqué vendredi la mort de 15 femmes dans une mosquée à Dakouk (nord). La Russie a désigné la coalition internationale, qui a démenti avoir mené ce raid.

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