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L’UNESCO publie son premier guide sur l’enseignement de la Shoah

La directrice Irina Bokova a rappelé au Congrès juif mondial que l'organe onusien a été créé au lendemain des crimes nazis de la Seconde Guerre mondiale

Irina Bokova, directrice générale de l'UNESCO au Congrès juif mondial à New York le 24 avril 2017. (Crédit : Shahar Azran)
Irina Bokova, directrice générale de l'UNESCO au Congrès juif mondial à New York le 24 avril 2017. (Crédit : Shahar Azran)

La directrice générale de l’UNESCO a salué l’élaboration du premier guide sur l’enseignement de la Shoah, qu’il considère comme un document qui place « l’enseignement à propos de l’Holocauste et de la prévention du génocide au cœur de nos actions pour la paix ».

Le guide a été lancé lundi, durant la 15e assemblée plénière du Congrès juif mondial à New York. Irina Bokova a déclaré : Je suis convaincue que l’éducation, la culture et la connaissance sont désormais des questions clé pour la sécurité dans le monde, pour combattre l’extrémisme violent qui prospère sur une déformation des croyances ou de l’histoire ».

Le guide de 72 pages (en anglais uniquement) est le premier d’une série de projets menés en collaboration avec le musée de la Shoah des États-Unis.

Il souligne que l’UNESCO, la branche des Nations unies pour l’éducation et la culture, a été créé au lendemain des crimes commis par les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale. De fait, l’enseignement de la Shoah, des génocides et des atrocités de masse sont « au cœur des préoccupations de l’UNESCO pour promouvoir la paix et le vivre-ensemble. »

Destiné aux décideurs politiques, à ceux qui élaborent les programmes et les manuels scolaires, le guide suggère de relier la Shoah à d’autres exemples de génocides, en évitant de généraliser les évènements.

« Il est important d’incorporer une perspective locale ou régionale dans l’étude d’un génocide, ou plus généralement, des atrocités de masse. »

« De nombreux pays européens enseignent l’Holocauste et d’autres crimes perpétrés par l’Allemagne nazie et ses collaborateurs. »

Les pays d’Afrique sub-saharienne manifestent régulièrement un intérêt à étudier le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, ou le massacre des Héréros et des Namas en 1904 en Afrique du sud-ouest (l’actuelle Namibie) par les Allemands, selon le guide.

D’autres régions pourraient explorer les génocides et les atrocités du Cambodge, du Darfour ou de la Bosnie.

« Ceux qui étudient peuvent ressentir qu’étudier des évènements qui ont eu lieu dans leur région géographique leur permet de se sentir connecté et d’observer des similarités avec leur réalité et leur histoire, davantage qu’avec des évènements qui se sont produit ailleurs.

Réciproquement, le guide met en garde au sujet de certaines histoires qui pourraient être trop sensibles dans des pays où des génocides ou autres atrocités ont eu lieu.

« Introduire le sujet au moyen d’un autre évènement historique peut offrir une ouverture sur l’étude de sa propre histoire. »

« On peut intégrer à l’ensemble des connaissances des expériences, mais également une compréhension conceptuelle qui ont émergé des études des génocides. L’étude de l’Holocauste, par exemple, peut servir de point de départ, en raison de la richesse des ressources éducatives de qualité, ainsi que les connaissances pédagogiques sur l’étendue des connaissances au sujet des résultats d’apprentissage. »

Le guide souligne que chaque évènement présente des caractéristiques et des différences « qui font de chaque contexte historique une spécificité » et que « la comparaison ne doit pas conduire à la minimisation de l’importance d’un évènement ou d’un autre ; ils doivent être compris et reconnus pour leur complexité propre ».

Dans son discours au Congrès juif mondial, Bokova a également évoqué le tollé déclenché suite aux déclarations de l’UNESCO sur le mont du Temple. Elle a défendu les liens qui unissent le peuple juif et les lieux saints à Jérusalem, et a dénoncé son propre organe, qui a adopté des résolutions qui amoindrissent ou nient ces liens.
Bokova a décrit le mont du Temple comme « le lieu le plus saint du judaïsme ».

« La mosquée Al Aqsa/Al-Haram al-Sharif, ce sanctuaire des musulmans est également le Har HaBayit, le mont du Temple, le lieu le plus saint du judaïsme, dont le mur Occidental est pèleriné par des millions de personnes du monde entier, à quelques pas du [Saint] Sépulcre et du mont des Oliviers, saint pour les Chrétiens », a-t-elle dit.

Elle a défendu les liens des trois religions monothéistes à Jérusalem et a déclaré aux délégations présentes que « nier, dissimuler ou effacer toutes traces de traditions juives, chrétiennes ou musulmanes est opposé aux raisons qui ont justifié que [la Vieille Ville] figure sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. »

La mosquée Al-Aqsa et le Dôme du Rocher sur le mont du Temple, à Jérusalem. (Crédit : Qanta Ahmed)
La mosquée Al-Aqsa et le Dôme du Rocher sur le mont du Temple, à Jérusalem. (Crédit : Qanta Ahmed)

Bokova a ensuite critiqué l’agence onusienne en disant que « le patrimoine de Jérusalem est indivisible et chacune de ses communautés a un droit à la reconnaissance ouverte de son histoire et de sa relation avec la ville. »

Israël et les États-Unis ont suspendu le financement de la Commission en 2011, après que des Palestiniens ont été admis comme membres. Les deux pays ont donc perdu le droit de vote, ce qui facilite l’adoption de résolutions anti-Israël.

Le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, qui a également pris part à cette assemblée plénière du Congrès, a déclaré que l’antisémitisme s’est aggravé ces dernières années, selon l’UN News Center.

Il a indiqué que le refus de reconnaître à Israël son droit d’exister était une forme d’antisémitisme moderne, et qu’Israël avait également le droit de vivre en paix et en sécurité avec ses voisins.

Guterres a déclaré qu’il serait au premier rang de la lutte contre l’antisémitisme pour s’assurer qu’il soit dénoncé et éradiqué.

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