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L’unité au centre du discours de Bennett devant les leaders juifs américains

S'exprimant devant les responsables des Fédérations juives, le Premier ministre a affirmé que "l'esprit nouveau" de sa vaste coalition guidera les liens entre Israël et la diaspora

Le Premier ministre Naftali Bennett s'adresse aux dirigeants des JFNA (Jewish Federations of North America) à New York City, le 27 septembre 2021. (Capture d'écran Facebook)
Le Premier ministre Naftali Bennett s'adresse aux dirigeants des JFNA (Jewish Federations of North America) à New York City, le 27 septembre 2021. (Capture d'écran Facebook)

NEW YORK — Quelques heures après son discours prononcé à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, lundi, le Premier ministre israélien s’est exprimé devant les responsables des Fédérations et des communautés juives américaines à New York, mettant au cœur de son allocution l’unité juive et l’unité nationale.

« J’amène avec moi un esprit nouveau », a démarré Bennett, évoquant une thématique qu’il avait déjà abordée avant son voyage à Washington, au mois d’août, lorsqu’il avait rencontré le président américain Joe Biden.

« Je n’aurais jamais pensé que cela pourrait marcher », a-t-il dit de sa coalition, l’alliance la plus diversifiée de toute l’histoire d’Israël, ajoutant qu’il n’aurait jamais seulement pu imaginer dans ses songes siéger au sein d’un gouvernement avec ses partenaires actuels – sans même évoquer l’idée de devenir leur Premier ministre.

Le gouvernement dirigé par Bennett aux côté du Premier ministre d’alternance Yair Lapid comprend des formations de droite, du centre et de la gauche sioniste, avec le ralliement du parti islamiste Raam.

« Il y avait un sentiment d’impuissance et de désespoir qui régnait dans l’atmosphère », a expliqué Bennett dans son discours prononcé au centre Moise Safra, se référant aux quatre scrutins non-concluants qui ont eu lieu au sein de l’État juif en l’espace de deux ans. Il a précisé avoir pris la décision difficile de former un gouvernement avec des partis de gauche afin de permettre au pays d’enfin sortir de l’impasse politique dans laquelle il se trouvait.

Et les leçons tirées de cet assemblage de la coalition peuvent aussi servir à la relation entretenue entre Israël et la communauté juive américaine, a affirmé Bennett.

Le Premier ministre Naftali Bennett s’adresse aux leaders de la communauté juive américaine, un événement organisé par les JFNA (Jewish Federations of North America) à New York, le 27 septembre 2021. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

« Si nous ne nous rencontrons pas, nous finirons par nous diviser », a-t-il poursuivi.

« Et nous vivons cette problématique, nous avons cette empreinte de la division dans notre peuple », a-t-il déploré avant de dépeindre la perte des temples juifs de Jérusalem.

Selon la tradition juive, le Second Temple aurait été détruit en raison d’une « haine sans fondement » – une lutte interne entre des factions juives variées.

« Mais cette fois-ci, nous n’allons pas permettre cette démolition du temple », a promis Bennett sous les applaudissements, reconnaissant qu’il avait diabolisé, par le passé, certains partenaires de sa coalition qui n’avaient pas non plus hésité à le critiquer avec véhémence. Il a souligné que la gauche n’était pas moins patriote que la droite et que, concernant la mission difficile consistant à gouverner Israël, l’alliance fonctionnait.

Il a qualifié son gouvernement idéologiquement divers – qui, a-t-il rappelé, s’est rassemblé par « accident » – de « beau ».

De gauche à droite : Avigdor Liberman, président d’Yisrael Beytenu, Yair Lapid, président de Yesh Atid, Naftali Bennett, président de Yamina, Gideon Saar, président de Tikva Hadasha, Mansour Abbas, président de Raam, Merav Michaeli, présidente de Avoda, Benny Gantz, président de Kakhol Lavan, et Nitzan Horowitz, président du Meretz, lors d’une réunion des dirigeants de la coalition à venir à Tel Aviv, le 6 juin 2021. (Crédit : Ra’anan Cohen)

Soulignant l’unité entre l’État juif et la diaspora, Bennett a poursuivi : « Quand un Juif est blessé en Pennsylvanie, je suis moi-même blessé. Quand un Juif est blessé en France, nous en ressentons la douleur dans notre chair parce que nous ne faisons qu’un. »

« S’il y a une chose que je veux importer en Israël et emprunter à la communauté juive américaine, c’est cette capacité à écouter, cette capacité à ne pas mettre les gens dans une case », a-t-il poursuivi. « Ici, vous êtes Juif et c’est une donnée suffisante pour être bien accueilli. »

Plus tard dans la soirée, Bennett est allé prier à la synagogue Kehillat Jeshuron qu’il fréquentait lorsqu’il vivait dans la ville, partageant ses réflexions sur la communauté juive locale dans un sermon de 15 minutes.

« Il a raconté que c’est là que son épouse s’était attachée au judaïsme alors que cela n’avait pas été le cas en Israël », a dit un fidèle. « Ses propos ont été très chaleureux, intimes, joyeux, mais ils sont restés légers », a renchéri un autre.

La région la plus dure

Bennett a ensuite expliqué qu’Israël se trouvait « dans la région la plus dure ».

« C’est la raison pour laquelle il est absolument nécessaire que nous restions forts », a-t-il indiqué, évoquant une hausse à venir dans le budget de la Défense.

Il a aussi promis qu’Israël allait empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire – même si le pays devait être seul dans cette lutte.

Bennett a souligné qu’il était heureux du vote du Congrès, la semaine dernière, qui a donné le feu vert au financement du Dôme de Fer par une majorité écrasante malgré l’opposition du groupe progressiste démocrate connu aux États-Unis sous le nom de « The Squad« , qui avait bloqué temporairement la délivrance de ces fonds.

Abordant une autre thématique récurrente, Bennett a affirmé que l’État juif était un acteur déterminant dans la lutte contre le terrorisme. « Il y a neuf millions de bottes sur le terrain », a-t-il noté, faisant remarquer de manière répétée que le pays ne demanderait jamais aux États-Unis un renfort de troupes pour assurer sa défense.

Avant l’allocution de Bennett devant les chefs des Fédérations juives, l’envoyé israélien aux États-Unis et à l’ONU, Gilad Erdan, a noté que le Parti démocrate et les Américains en général étaient pro-Israël dans leur écrasante majorité.

L’ambassadeur aux États-Unis et à l’ONU Gilad Erdan prononce un discours devant les Jewish Federations of North America à New York, le 27 septembre 2021. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

Il a déclaré que le « Squad élargi » qui a voté contre le financement du système de défense antimissile antiaérien du Dôme de Fer était « soit ignorant, soit antisémite ».

Quelle rupture ?

Tandis que certains membres de la nouvelle coalition, comme le ministre des Affaires de la diaspora, Nachman Shai, ont évoqué des « ruptures » crées par les précédents gouvernements du Premier ministre Benjamin Netanyahu entre Israël et la diaspora juive, le directeur-général des Jewish Federations of North America (JFNA) a pour sa part minimisé, dimanche, l’idée que les deux parties vivraient aujourd’hui une crise.

« Nous apprécions, c’est certain, les contacts que nous entretenons avec le Premier ministre Bennett et avec son gouvernement », a-t-il dit au Times of Israel avant le discours de Bennett devant les leaders juifs. « Y a-t-il eu des désaccords ? Bien sûr, et je pense qu’il y en aura également avec ce gouvernement. »

« Nous avons fait du bon travail avec tous les gouvernements en Israël et cela sera toujours le cas à l’avenir », a-t-il souligné. « C’est notre mission et nous la menons en permanence. C’est pour cela que les Premiers ministres veulent venir s’exprimer devant les fédérations et devant la communauté juive, parce que nous prêtons allégeance à l’État d’Israël et à tous ceux qui sont amenés à le gouverner ».

Interrogé sur l’accord prévoyant l’agrandissement du pavillon de prière pluraliste au mur Occidental qui a été gelé par le précédent gouvernement, Fingerhut a reconnu que ce dossier était un point de friction.

« Les fédérations juives ont été impliquées dans les négociations qui ont débouché sur l’accord du Kotel et nous sommes très déçus qu’il n’ait pas été mis en œuvre », a-t-il indiqué. « Le nouveau gouvernement a promis qu’il avait l’intention de travailler là-dessus et nous lui en sommes reconnaissants. »

Le sujet n’a pas été abordé dans le discours du Premier ministre devant les JFNA.

Eric Fingerhut, président des Fédérations juives d’Amérique du nord. (Hillel)

Fingerhut a déclaré qu’après avoir discuté avec le Premier ministre, il savait que Bennett était conscient des défis que la communauté juive américaine devait relever et notamment un antisémitisme croissant qui a connu un nouveau pic après la guerre à Gaza, au mois de mai.

Fingerhut a néanmoins souligné que l’événement organisé lundi par les JFNA n’avait pas pour objectif de mettre en exergue les éventuels désaccords.

« Cet événement dépassera les questions sur lesquelles nous sommes en désaccord. Quand un Premier ministre israélien s’exprime devant l’Assemblée générale des Nations unies, c’est une fierté énorme pour nous. Et oui, c’est particulièrement le cas cette année dans la mesure où c’est le tout premier discours de ce type du Premier ministre Bennett. Je pense que c’est suffisamment significatif pour que nous nous concentrions avant tout là-dessus. »

« À chaque fois qu’un Premier ministre israélien vient aux États-Unis, c’est un moment privilégié pour nous et nous devons pouvoir bien l’accueillir, lui montrer notre amour et notre soutien à Israël, notre soutien au rôle tenu par Israël dans le monde. Sans épidémie de COVID et sans cette période de fête, je pense qu’il y aurait eu des milliers de personnes présentes », a poursuivi Fingerhut.

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