Mais à quoi ressemble un intellectuel juif ?
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Mais à quoi ressemble un intellectuel juif ?

Né en France et en Russie, s'expatriant aux Etats-Unis, 'retournant' en Israël, est-il donné à l'intellectuel juif de connaître la tranquillité, on est-il né pour le tourment ? Nurit Lévy tente d'y voir plus clair

La chercheuse Nurit Lévy, lors de la conférence " littérature et haine de soi" organisée par l'INALCO et retransmise sur Akadem (Crédit: capture d'écran Akadem)
La chercheuse Nurit Lévy, lors de la conférence " littérature et haine de soi" organisée par l'INALCO et retransmise sur Akadem (Crédit: capture d'écran Akadem)

Nurit Lévy revient d’une longue exploration : à travers l’histoire, l’engagement politique, la littérature, la philosophie, et toutes les matières auxquelles un cerveau humain peut prétendre participer, elle a tenté de dessiner les contours de ce trouble objet qu’est l’intellectuel juif.

D’abord, l’acte de naissance : l’affaire Dreyfus, dont la publication d’une correspondance inédite éclaire sur l’engagement des intellectuels dans la vie publique, est considérée à l’unanimité comme le moment où est né « l’intellectuel », homme de culture prenant part, par journaux, études, et livres interposés, au débat public.

Cette nouvelle catégorie, contiendra ses membres juifs, dont précurseur est ce jeune avocat juif et dreyfusard, Bernard Lazare, qui « contribue à la redéfinition de l’intellectuel juif précurseur qui sera désormais associé à la volonté de transgression » explique Michèle Tauber, dans Fabula, qui consacre un article au livre de Nurit levy, L’Intellectuel juif entre histoire et fiction. S. Doubrovsky, Ph. Roth, A. B. Yehoshua.

L’intellectuel juif serait donc un rebelle par essence ?

De l’autre côté de l’Atlantique, « l’intellectuel public » de la fin du XIXe siècle à d’autres mœurs : il « va à la rencontre de son public dans les coffee houses de Greenwich Village ». Ce, avant de finir par intégrer l’université qui deviendra le lieu de débat par excellence. Philip Roth illustre fort bien la figure de l’intellectuel juif américain.

De l’autre côté de la Méditerranée, en Israël, l’intellectuel juif arrive sur la Terre promise, dans le dernier-tiers du 19e siècle. Il vient de Russie, le cerveau rempli d’idées révolutionnaires. Son terreau est riche. La Russie d’alors bouillonnait des cogitations « [des] écrivains, mais aussi [des] biblistes, [des] scientifiques, [des] philosophes et [des] artistes, [qui] contribuaient activement à la création d’une nouvelle culture hébraïque ». A. B. Yeoshua est l’archétype de cette tendance selon Nurit Lévy.

Dans tous les cas, explique l’auteure l’identité de l’intellectuel juif est clivée : culture universitaire avec/contre culture traditionnelle et biblique, attachement national à Israël et universalisme philosophique, il tente parfois simplement de recoller les morceaux.

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