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Malgré l’opposition, Washington va rétrograder le rang de l’USCC à Jérusalem

Le poste de coordinateur sécuritaire entre Israël et l’AP sera confié à un colonel plutôt qu'à un général 3 étoiles, comme le demande une loi américaine votée en 2017

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des policiers palestiniens participent à une formation à leur siège de Hébron, en Cisjordanie, le 30 janvier 2019. (Crédit :  HAZEM BADER/AFP)
Des policiers palestiniens participent à une formation à leur siège de Hébron, en Cisjordanie, le 30 janvier 2019. (Crédit : HAZEM BADER/AFP)

Le ministère américain de la Défense compte aller de l’avant et rétrograder le rang du poste du responsable militaire chargé de la coordination sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne, a déclaré lundi un porte-parole du Pentagone au Times of Israel, allant ainsi à l’encontre des appels des parlementaires des deux bords à reconsidérer cette décision.

Le Pentagone se prépare à réviser à la baisse le grade nécessaire pour accéder au poste de Coordinateur sécuritaire des États-Unis (USCC) à Jérusalem, qui ne serait ainsi plus occupé par un général trois étoiles mais par un colonel. Cette décision résulte de la loi NDAA (National Defense Authorization Act) qui a été adoptée par le congrès en 2017 et qui comprend une disposition prévoyant de réduire le nombre de généraux et d’officiers supérieurs de 111, dans le but de diminuer les dépenses.

Le porte-parole du Pentagone, Rob Lodewick, a déclaré au Times of Israel que selon la loi américaine, les réductions devront entrer en vigueur d’ici la fin de l’année. Il a insisté sur le fait que le département de la défense « reste engagé à soutenir l’USSC, sa mission essentielle et sa progression vers les objectifs de la politique étrangère et de défense des Etats-Unis pour promouvoir la stabilité et la sécurité en Israël, en Cisjordanie et dans toute la région ».

Le mois dernier, un groupe de 32 sénateurs américains des deux partis a écrit une lettre au Secrétaire à la Défense Lloyd Austin voté, faisant valoir qu’inclure le poste de l’USCC à Jérusalem dans la liste des rétrogradations « saperait la crédibilité et la responsabilité américaines dans une région où il est déterminant que nous puissions nous prévaloir de la présence d’un officier de haut-rang qui s’engagera avec les responsables militaires des autres nations ».

« La rétrogradation à ce poste nuirait à des programmes sécuritaires de premier plan et dégraderait la communication entre les Israéliens et les Palestiniens, une communication facilitée par l’USCC », ont écrit les sénateurs dans cette lettre qui a été initiée par le démocrate Jon Ossoff et par le républicain Lindsey Graham.

Ironiquement, une majorité de ces sénateurs ont voté pour la loi NDAA en 2017, qui a mandaté la réduction du nombre d’officiers.

Le Coordinateur sécuritaire des États-Unis à Jérusalem, le général de division Michael R. Fenzel, se présente pour un portrait officiel le 22 janvier 2020 à Washington. (Crédit : Département de la défense des États-Unis)

Ils ont néanmoins été rejoints par près de 60 collègues des deux partis de la Chambre qui ont rédigé une lettre ultérieure à Austin dans laquelle la même demande a été formulée.

Le secrétaire d’État Antony Blinken et l’ambassadeur Tom Nides ont, eux aussi, fait part de leur préoccupation à ce sujet, a déclaré un responsable au Times of Israel le mois dernier, ajoutant que le ministère de la Défense israélien avait exprimé des inquiétudes similaires.

Le bureau de l’USCC à Jérusalem avait été établi en 2005 dans le cadre de « La Feuille de route pour la paix » qui avait été mise en place par l’administration Bush. L’équipe internationale comprend des représentants du Royaume-Uni, du Canada, des Pays-Bas, de l’Italie, de la Turquie, de la Pologne et de la Bulgarie mais elle est chapeautée par les États-Unis, dont le représentant est également le plus haut-gradé du groupe. Le poste de l’USCC est actuellement occupé par le Lieutenant Général Michael Fenzel.

Depuis sa création, le bureau de l’USCC s’est concentré sur la réforme et sur le renforcement des forces de sécurité de l’AP ainsi que sur la collaboration entre les forces palestiniennes et israéliennes – une coordination qui, selon Tsahal, est déterminante pour la stabilité de la région.

Les partisans de la nomination d’un militaire présentant un grade trois étoiles expliquent que cela a permis au coordinateur d’accéder à des responsables de haut-rang à Washington, à Jérusalem et à Ramallah – des officiels qui ne prendraient pas le poste autant au sérieux si un simple colonel devait l’occuper.

Le Coordinateur spécial s’est avéré particulièrement essentiel pendant les périodes de crise survenues dans les liens unissant les Israéliens et les Palestiniens. Quand l’AP avait annoncé la rupture de la collaboration sécuritaire avec Israël en 2017, dans le contexte de fortes tensions entourant la question du mont du Temple, l’USCC avait été le seul canal de communication entre les deux parties. Le bureau du Coordinateur facilite aussi le transfert des armes dont les forces de sécurité palestiniennes ont désespérément besoin, ce qui rassure les personnalités les plus sceptiques, en Israël, mais dont l’approbation tacite est nécessaire pour que de tels transferts puissent se faire.

L’USSC a également été étroitement impliquée dans les efforts déployés pour encourager Israël et l’AP à coopérer pour l’enquête sur le meurtre de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh en mai dernier. L’AP avait accepté, au début du mois dernier, de remettre la balle à l’USSC afin de procéder à une analyse balistique. L’examen a révélé que la balle était trop endommagée pour déterminer avec certitude qui a tiré sur Abu Akleh. L’USSC avait pourtant affirmé que c’était probablement Israël qui l’avait tué, même si ce n’était pas de façon intentionnelle. Les conclusions rendues publiques ont provoqué la colère de la famille d’Abu Akleh ainsi que de l’Autorité palestinienne qui souhaitait obtenir une confirmation plus précise. Israel a également été contrarié d’avoir été accusé de l’assassinat.

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