Manifestation de masse contre l’enrôlement des haredim à l’entrée de Jérusalem jeudi
Ce rassemblement de prière "d'un million d'hommes" vise à unir les factions ultra-orthodoxes pour protester contre les arrestations des réfractaires à la conscription

La communauté ultra-orthodoxe tiendra jeudi après-midi un grand rassemblement de prière « d’un million d’hommes » contre la conscription à l’entrée de Jérusalem, ont annoncé dimanche soir les principaux dirigeants spirituels et politiques haredim. Cette annonce intervient alors que l’armée israélienne intensifierait ses efforts pour lutter contre le refus de servir dans cette communauté.
La police a indiqué qu’elle se préparait à d’importantes perturbations de la circulation.
Initialement prévue dimanche, la manifestation a été reportée, vraisemblablement en raison de désaccords entre les différentes factions ultra-orthodoxes impliquées. Le rassemblement réunira des représentants des factions Degel HaTorah et Agudat Israel du parti Yahadout HaTorah, ainsi que du parti séfarade Shas et d’autres groupes.
Ce rassemblement est une initiative, entre autres, du rabbin Dov Lando, chef spirituel de Degel HaTorah et l’un des principaux dirigeants de la branche « lituanienne » non hassidique du judaïsme haredi en Israël.
Dans une déclaration, le porte-parole du parti Shas, Asher Medina, a annoncé dimanche soir qu’à la suite d’une réunion du comité organisateur de l’événement, composé « d’éminents sages de la Torah et de dirigeants hassidiques », il avait été décidé que la manifestation aurait lieu jeudi à 14 h 30. Il a ensuite déclaré à la radio Kol Barama que la manifestation serait un rassemblement de prière.
La semaine dernière, Shas a renoncé à ses présidences de commissions parlementaires pour protester contre l’absence d’une loi réglementant la conscription des étudiants en yeshiva.
La commission de la Défense et des Affaires étrangères de la Knesset devait se voir présenter jeudi un projet de loi actualisé réglementant l’enrôlement des ultra-orthodoxes, mais des médias israéliens ont indiqué que cela pourrait être reporté à la semaine prochaine. Le président de la commission, Boaz Bismuth (Likud), a déclaré que son objectif était de faire adopter ce projet de loi controversé en décembre.
Lundi matin, le quotidien ultra-orthodoxe HaMevaser, affilié à la sous-faction Shlomei Emunim d’Agudat Israel, a publié en première page un article appelant « l’ensemble des Juifs pratiquants, qui se comptent par dizaines de milliers », à protester contre les efforts visant à « localiser et arrêter les étudiants en yeshiva soumis à la conscription militaire ».
« Vague d’arrestations »
Cette manifestation est organisée alors que des militants et des députés ultra-orthodoxes s’insurgent contre ce qu’ils qualifient de « vague d’arrestations » d’étudiants en yeshiva qui ont ignoré les ordres d’enrôlement et se soustraient au service militaire.
Le président du parti Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, a vivement critiqué ces arrestations, affirmant que les étudiants en yeshiva « ont été transformés en criminels, uniquement parce qu’ils étudient la Torah, sous l’égide du gouvernement israélien ».
Les efforts récents visant à faire respecter la conscription par des arrestations se sont révélés inefficaces. Le chef du Directorat des Ressources humaines de Tsahal a récemment déclaré aux parlementaires qu’il fallait disposer d’un ensemble complet d’outils, y compris des sanctions contre les réfractaires à la conscription.
La procureure générale, Gali Baharav-Miara, semble partager cet avis, affirmant dans une lettre adressée cette semaine au Premier ministre Benjamin Netanyahu que « le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires pour renforcer l’application de la conscription obligatoire » et qu’il est nécessaire d’imposer des sanctions administratives supplémentaires.
On estime actuellement à environ 80 000 le nombre d’hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans qui sont aptes au service militaire mais ne se sont pas enrôlés. L’armée a déclaré avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, en raison de la pression exercée sur les forces permanentes et de réserve dans le contexte de la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et d’autres défis militaires.
Les dirigeants haredim affirment que le service militaire menace leur mode de vie et empêcherait les hommes ultra-orthodoxes d’étudier la Torah, tout en les exposant à la sécularisation.
Au cours de l’année écoulée, ils ont fait pression pour faire adopter une loi excluant leurs électeurs de Tsahal, après que la Cour suprême a jugé illégales les exemptions générales du service militaire accordées depuis des décennies aux haredim étudiant à plein temps dans une yeshiva.
Aucune nouvelle loi d’exemption n’ayant été votée, l’armée et le bureau de la procureure générale ont annoncé, cet été, un nouveau plan visant à renforcer les mesures contre les réfractaires au service militaire. Ce plan a entraîné une augmentation du nombre d’arrestations et une vague de protestations contre la conscription de la part des membres de la communauté ultra-orthodoxe.
Ces derniers mois, les haredim ont manifesté devant la prison militaire de Beit Lid, bloqué des routes et organisé des rassemblements de prière contre la conscription.
Lors des manifestations à l’échelle nationale la semaine dernière, des groupes de protestataires ont distribué des tracts reprenant les affiches et le discours des familles d’otages, comparant les réfractaires à la conscription détenus à ceux capturés par le Hamas le 7 octobre.
L’une de ces affiches condamnant l’arrestation de l’étudiant en yeshiva Ariel Shamaï était ornée d’un ruban jaune – le symbole des otages – et portait l’inscription « Renvoyez-le immédiatement à la yeshiva », accompagnée d’un texte en plus petits caractères : « Jusqu’au dernier otage ».
Approches divergentes au sein du Likud
Au moins deux membres du Likud se sont dits favorables à cette manifestation et désireux d’y participer.
« Cela pourrait être une bonne idée d’y aller ; mais même si je n’y vais pas, mon cœur est avec tous ceux en Israël qui veulent mettre fin aux persécutions », a déclaré le ministre des Communications, Shlomo Karhi, sur l’antenne de Kol Haï lundi matin.
Le député du Likud, Avichaï Boaron, a tenu des propos similaires en déclarant à l’antenne Kol Barama « envisager de se rendre à cette manifestation ».
« Il y a une alliance entre le Likud et les ultra-orthodoxes. La Torah est l’élixir de nos vies, et l’étude de la Torah est une valeur suprême », a-t-il déclaré.
Un autre élu du Likud, le député Dan Illouz a réagit par des messages sur le réseau social X, en affirmant notamment que les électeurs du parti étaient « l’épine dorsale de ceux qui servent – ceux qui envoient leurs enfants au combat et portent la sécurité de l’État sur leurs épaules ».
« Ce sont eux que nous représentons à la Knesset. Nous ne devons nous prosterner devant personne, que ce soit les pressions internationales, les médias hostiles, les conseillers juridiques, les partenaires de la coalition. Il nous faut tenir notre voie sioniste nationale et libérale, et ne pas chercher à soutenir celle des autres », a expliqué Illouz.
Plusieurs élus de la coalition, dont la députée Tally Gotliv du Likud, ont signé la semaine dernière une lettre commune protestant contre l’arrestation de deux réfractaires à la conscription, dont l’un a été arrêté pendant la période de deuil juif de sept jours pour son défunt père, connue sous le nom de shiva. L’autre a été arrêté le mois dernier alors qu’il célébrait ses sheva brachot, la période de célébration de sept jours qui suit un mariage.
Dans un communiqué, HaMilouimnikim, le parti de Yoaz Hendel a annoncé qu’il organiserait jeudi midi une contre-manifestation en faveur de la conscription, avec des drapeaux d’Israël.







