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Des centaines de haredim exigent la libération des « otages » déserteurs emprisonnés

Les extrémistes ultra-orthodoxes ont incendié des ordres de conscription de Tsahal et tenté brièvement de pénétrer dans la prison militaire

Des manifestants ultra-orthodoxes brûlant des ordres d'enrôlement lors d'une manifestation devant la prison militaire de Beit Lid, le 14 août 2025. (Crédit : Tal Gal/Flash90)
Des manifestants ultra-orthodoxes brûlant des ordres d'enrôlement lors d'une manifestation devant la prison militaire de Beit Lid, le 14 août 2025. (Crédit : Tal Gal/Flash90)

Des centaines d’Israéliens ultra-orthodoxes ont affronté la police jeudi soir devant la prison militaire de Beit Lid, lors d’un rassemblement contre la détention d’étudiants de yeshivot emprisonnés pour avoir refusé de s’enrôler dans l’armée.

Les manifestants, issus du groupe extrémiste, de la Faction de Jérusalem, de la mouvance hassidique Slonim et d’autres groupes ultra-orthodoxes, ont chargé les barricades dressées par la police avant d’être repoussés. Après avoir tenté de franchir le cordon, ils ont brûlé et déchiré des ordres de conscription, puis dansé en cercle en scandant des slogans contre le service militaire.

« Nous n’abandonnerons pas un seul haredi [au service militaire] », ont crié les manifestants devant la prison, avant de lancer en yiddish un cri d’alarme traditionnel : « Gevalt ! », qui peut être traduit par « Quelle horreur ! ».

Selon la chaîne N12, neuf haredim ayant refusé de répondre à leur ordre de conscription ont été arrêtés la semaine dernière dans le cadre d’une campagne de l’armée visant à renforcer la répression contre les réfractaires.

Deux ont depuis été relâchés, laissant sept autres aux mains de la police militaire.

La manifestation de jeudi soir, qui a clôturé une semaine de manifestations contre la conscription, avait été convoquée par le rabbin Dov Lando, le chef spirituel de la faction Degel HaTorah du parti Yahadout HaTorah.

Degel HaTorah, avec la faction hassidique Agoudat Yisrael, forme le parti Yahadout HaTorah. Ce parti, avec le Shas ultra-orthodoxe, tente de faire adopter une loi exemptant la majorité des hommes ultra-orthodoxes de la conscription militaire ou de tout autre service national.

Un membre de la faction extrémiste ultra-orthodoxe de Jérusalem brandit une pancarte appelant le président américain Trump à « nous sauver », lors d’un rassemblement contre l’arrestation d’étudiants de yeshivot qui ont échappé à la conscription, devant la prison militaire de Beit Lid, le 14 août 2025. (Crédit : Sam Sokol/Times of Israel)

Lando, qui exhorte régulièrement les étudiants de yeshivot à ignorer les ordres de conscription, a rendu visite la semaine dernière à deux détenus à Beit Lid, leur assurant que « toute la communauté haredi » les soutenait et les appelant à « être forts et à tenir bon », selon son porte-parole.

Tsahal a précisé que cette visite avait été effectuée sans autorisation.

Assis derrière une pancarte proclamant « Tous les Juifs ultra-orthodoxes vous soutiennent », Lando et d’autres rabbins éminents ont lu des psaumes et prié pour les prisonniers, suscitant le mépris du député Elazar Stern (Yesh Atid), venu « voir par [lui] – même les gens qui disent que s’ils vont à l’armée, ils iront en enfer ».

« Ce sont des parasites », a déclaré au Times of Israel l’ancien chef de la Direction du personnel de Tsahal. « Ils récitent des psaumes que nous lisons contre nos ennemis, et les adressent à l’armée. »

Les dirigeants haredim estiment que le service militaire menace leur mode de vie en empêchant les hommes d’étudier la Torah. Il y aurait aujourd’hui près de 80 000 hommes ultra-orthodoxes, âgés de 18 à 24 ans, éligibles au service militaire, mais non enrôlés. Tsahal a indiqué avoir un besoin urgent de 12 000 nouvelles recrues, la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et d’autres défis militaires exerçant une forte pression sur les troupes actives et les réservistes.

L’été dernier, la Haute Cour de justice a jugé illégales les exemptions massives accordées de longue date aux étudiants de yeshivot. Depuis, Tsahal a considérablement intensifié ses efforts pour recruter les haredim éligibles, envoyant 54 000 ordres de conscription au cours du seul mois de juillet. La communauté a réagi en déclarant la « guerre » à l’armée et au pays.

Pendant que les rabbins priaient lors de la manifestation de jeudi, plusieurs participants ont agressé des journalistes et les ont repoussés lorsqu’ils tentaient de les filmer.

« Si vous ne reculez pas, nous vous mettrons en pièces », a crié l’un d’eux à un photographe après l’avoir repoussé, exigeant que la presse respecte leurs chefs spirituels.

Bien qu’elle n’ait pas été officiellement organisée par eux, un important contingent de la Faction de Jérusalem a participé à la manifestation, scandant des slogans tels que « libérez les otages », en référence aux déserteurs emprisonnés, et non pas aux 50 Israéliens qui sont depuis bientôt deux ans aux mains de terroristes dans la bande de Gaza.

Un jeune homme a crié que Moshe Gafni (Yahadout HaTorah) était un traître, vraisemblablement pour sa position jugée trop modérée sur cette question.

Un autre manifestant brandissait une pancarte appelant le président américain Trump à « nous sauver » de l’État d’Israël, qui « nous oblige à nous rebeller contre Dieu ».

Les membres de la faction de Jérusalem se sont massés autour de la voiture de Lando alors qu’elle quittait le rassemblement, criant « non aux quotas et non aux sanctions » et d’autres slogans exprimant leur opposition à tout compromis sur la question de l’enrôlement.

Les habitants de Beit Lid, à environ huit kilomètres à l’est de la ville côtière de Netanya, se sont plaints du bruit et des nuisances causés par les manifestants haredim toute la semaine, jusque tard dans la nuit.

« Ils marchent dans nos rues après les manifestations, crachent, crient et soufflent dans des shofars », raconte Roni, un habitant, venu observer la manifestation. « Il y a des enfants en bas âge ici. »

Vers 22 h 30, la fin de la première manifestation a vu arriver d’autres groupes, dont des membres de Slonim, pour un nouveau rassemblement marqué par des heurts avec la police.

Des rabbins ultra-orthodoxes, dont le rabbin Dov Lando, chef spirituel du parti Degel HaTorah, assistent à un rassemblement contre l’arrestation d’étudiants de yeshivot qui ont refusé de s’enrôler, devant la prison militaire de Beit Lid, le 14 août 2025. (Crédit : Sam Sokol/The Times of Israel)

Les Haredim mènent « la guerre principale », a affirmé Shraga, un jeune étudiant de yeshiva. « La guerre principale est celle contre la mauvaise inclination, c’est tout. C’est la raison pour laquelle nous vivons. Et si nous n’avons pas cela, nous n’avons rien. »

Son discours faisait écho à celui de Gafni, qui avait déclaré plus tôt dans la journée lors d’une conférence de la commission des étudiants de yeshivot que « le peuple juif ne peut exister sans les étudiants de la Torah ».

Pour lui, « la guerre actuelle du gouvernement contre le monde de la Torah rappelle celle des Romains », qui « combattaient le peuple juif pour l’empêcher d’étudier la Torah », et les Haredim « se battront de toutes leurs forces ».

Le président de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a critiqué le politicien haredi pour ses propos, publiant sur X que « Gafni fait de Tsahal un ennemi, [le député Meir] Porush menace d’une guerre civile et [le chef de Yahadout HaTorah, Yitzhak] Goldknopf rejette les souffrances du sionisme religieux. Les réfractaires à la conscription se battent contre tout le monde : l’État, l’armée, le sionisme. Contre tous sauf le véritable ennemi : le Hamas. »

Le député Moshe Gafni, du parti Yahadout HaTorah, présidant une réunion de la commission des Finances de la Knesset, le 14 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

S’adressant au site d’information haredi Kikar HaShabbat en début de semaine, Porush a averti que le conflit sur la conscription des ultra-orthodoxes pourrait dégénérer en « guerre civile » si la législation réglementant les exemptions de service militaire pour les étudiants des yeshivot n’était pas adoptée.

Le mois dernier, Goldknopf a déclenché un tollé en affirmant que la communauté haredi n’avait pas à se soucier du fait que d’autres Israéliens meurent au combat alors qu’elle refuse de servir.

Jeudi matin, des membres du mouvement Brothers and Sisters in Arms [Frères et Sœurs d’armes] ont manifesté à Tel Aviv, devant le domicile de Boaz Bismuth, du président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, affirmant qu’ils ne le laisseraient pas faire adopter une « loi sur la désertion » exemptant les Juifs ultra-orthodoxes du service militaire.

Dans un message publié sur X, le groupe a accusé le député du Likud d’être « une marionnette » nommée à ce poste pour faire avancer la législation, précédemment bloquée par Yuli Edelstein sur fond de tensions avec les responsables haredim et d’une pénurie urgente de main-d’œuvre, selon l’armée.

« Que ce soit clair : une personne qui refuse de rencontrer des réservistes mobilisés contre l’évasion du service militaire, mais qui rencontre les représentants de 80 000 jeunes ultra-orthodoxes se soustrayant à la conscription, envoie le message que les réservistes et leurs familles ne l’intéressent pas », a déclaré le groupe.

Bismuth a bien rencontré certaines organisations représentant les réservistes, mais a refusé de recevoir Brothers and Sisters in Arms, exigeant qu’ils renoncent d’abord à leurs précédents appels à ne pas se porter volontaires pour le service militaire.

Avant le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, le groupe, qui s’était fait connaître dans le cadre du vaste mouvement de protestation contre la refonte judiciaire proposée par le gouvernement, avait déclaré que les réservistes ne devraient pas se porter volontaires si la loi controversée limitant l’autorité des tribunaux était adoptée.

En réponse aux conditions posées par Bismuth, Brothers and Sisters in Arms a formulé en début de semaine ses propres exigences. Selon le quotidien Israel Hayom, celles-ci prévoyaient que Bismuth affirme explicitement son opposition à l’exemption de dizaines de milliers d’étudiants des yeshivot et qu’il s’engage à ne pas rencontrer les représentants des partis haredim ni les rabbins ayant appelé leurs fidèles à ignorer les ordres de mobilisation.

S’adressant mardi après-midi aux membres de sa commission, Bismuth a assuré avoir tenu « des dizaines de réunions » depuis sa nomination la semaine précédente, « afin d’entendre toutes les voix de la société israélienne et de mener les discussions dans un esprit de coopération et d’unité ».

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