Mariage sans attache : l’Arabie saoudite face à la montée du « misyar »
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Mariage sans attache : l’Arabie saoudite face à la montée du « misyar »

Ces mariages sont souvent de courte durée, la plupart se soldant par un divorce entre 14 et 60 jours, selon les données transmises par le ministère de la Justice

Une femme avec un smartphone à la main montrant une application de mariage "Misyar" en Arabie saoudite, le 29 octobre 2020. (Crédit :  FAYEZ NURELDINE / AFP)
Une femme avec un smartphone à la main montrant une application de mariage "Misyar" en Arabie saoudite, le 29 octobre 2020. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)

Se marier sans trop s’engager : en Arabie saoudite, le « misyar », une union sans contrainte souvent passée sous secret, connaît un grand succès auprès d’hommes à court d’argent. Mais les critiques dénoncent une pratique qui facilite les relations intimes dans ce pays ultraconservateur.

Autorisée depuis des décennies dans le royaume musulman, cette forme d’alliance temporaire prive la femme de certains droits propres au mariage, tels que la cohabitation et le soutien financier.

Pourtant, le misyar séduit aussi certaines femmes ainsi que des couples non mariés cherchant une couverture religieuse à des relations sexuelles, interdites par l’islam en dehors du mariage.

« Le misyar offre un confort, une liberté et une compagnie halal » (autorisée par l’islam), confie à l’AFP un fonctionnaire quarantenaire, qui entretient une telle relation avec une veuve d’une trentaine d’années depuis plus de deux ans.

Père de trois enfants dans le cadre d’un mariage conventionnel, il dit rendre visite à sa compagne de misyar à Ryad « quand il le veut ».

« Mon ami a eu 11 épouses secrètes via le misyar. Il divorce et en épouse une autre, divorce et en épouse une autre… », ajoute-t-il.

Les Saoudiens comme les expatriés n’hésitent pas à chercher des partenaires de misyar sur les applications de rencontre et les sites matrimoniaux.

Des Saoudiens assis près d’une fontaine, à l’extérieur d’un centre commercial, à Ryad, en Arabie saoudite, le 31 octobre 2020. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)

« Pas de dot »

« Le misyar est moins cher. Il n’y a pas de dot, pas d’obligation », explique à l’AFP un pharmacien égyptien de 40 ans à Ryad.

Il a commencé à chercher ce type d’union après avoir renvoyé sa femme et son fils de cinq ans au Caire au début de la pandémie de coronavirus, en raison de la hausse du coût de la vie en Arabie saoudite. Il a ainsi fait appel à des entremetteurs sur Instagram pouvant facturer leurs services jusqu’à 5 000 riyals (plus de 1 000 euros).

« Je leur ai dit mes préférences : poids, taille, couleur de peau. Mais personne ne correspond jusqu’à présent », raconte le pharmacien égyptien.

Ces mariages sont souvent de courte durée, la plupart se terminant par un divorce entre 14 et 60 jours, selon le journal local Al-Watan, citant en 2018 des sources du ministère de la Justice.

Le misyar est perçu par certaines femmes comme une échappatoire éphémère à la vie de célibataire ou une chance de nouveau départ pour les divorcées et les veuves, qui peinent souvent à se remarier.

Un proche d’une femme syrienne divorcée à Ryad a affirmé à l’AFP que cette dernière entretenait une relation misyar secrète de peur que son ex-mari saoudien ne l’apprenne et demande la garde de leurs deux enfants.

Il est impossible d’estimer le nombre de ces unions, souvent réalisées sans trace écrite. Les religieux saoudiens affirment que cette pratique a proliféré depuis 1996, lorsque le grand mufti de l’époque, la plus haute autorité religieuse du royaume, l’a légitimée par un édit islamique.

Mais beaucoup s’interrogent sur la validité d’une pratique éphémère et peu encadrée, en contradiction avec le mariage islamique qui impose notamment la publicité de l’union.

Une femme marche aux abords d’un centre commercial, à Ryad, en Arabie saoudite, le 31 octobre 2020. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)

« Allez en justice »

Un homme religieux de Ryad attribue le succès du misyar aux hommes qui ne veulent pas assumer toutes les responsabilités du mariage polygame, autorisé par l’islam seulement si toutes les épouses sont traitées de manière égale.

Certaines femmes sont par ailleurs obligées de poursuivre en justice les hommes qui refusent d’accepter les enfants nés de relations misyar.

« Une femme m’a contacté et m’a dit: ‘je suis une femme misyar et mon mari ne reconnaît pas mon enfant. Il dit que l’enfant n’est pas son problème' », raconte le religieux à l’AFP.

« Je lui ai conseillé de le poursuivre en justice et de se battre pour ses droits », assure-t-il.

Certaines femmes sont encouragées socialement à fermer les yeux sur les misyar de leur mari. Fahad Almouais, un entremetteur, a raconté au média en ligne Thmanyah que la femme de l’un de ses clients avait soupçonné son mari d’avoir noué une union misyar.

Sa voisine lui a conseillé de ne pas réagir, a-t-il rapporté. « Il a recouru au misyar pour ne pas faire de votre vie un enfer. Sois patiente et laisse-le partir pour le week-end. Le reste de la semaine, il est à toi », lui a-t-elle alors dit, selon lui.

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