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Marvel : Enthousiasme et polémiques après l’annonce de l’arrivée de Sabra

Dans le film, qui devrait sortir en 2024, l’Israélienne Shira Haas incarnera la super-héroïne apparue dans une aventure de l’ « Incroyable Hulk », en 1980

Le personnage de Marvel, Sabra, est apparu pour la première fois dans une bande dessinée en 1980. (Crédit : Wikimedia Commons/Design de Mollie Suss via la JTA)
Le personnage de Marvel, Sabra, est apparu pour la première fois dans une bande dessinée en 1980. (Crédit : Wikimedia Commons/Design de Mollie Suss via la JTA)

JTA – Les Studios Marvel ont annoncé qu’une héroïne de bande-dessinée israélienne ferait son apparition dans le prochain volet de sa franchise “Captain America”, et le moins que l’on puisse dire est que la nouvelle suscite autant la passion – de certains Juifs – que la controverse parmi des fans et les milieux militants internationaux.

« Captain America: New World Order », dont la sortie est prévue en 2024, mettra à l’honneur l’actrice israélienne Shira Haas, dans le rôle de Sabra, héroïne apparue la première fois dans une aventure de l’« Incroyable Hulk », en 1980, et devenue un personnage à part entière des 1981 dans une aventure en Israël intitulée « Incredible Hulk: Power in the Promised Land! »

Marvel garde jalousement le secret sur ses films jusqu’au moment de leur sortie, aussi ignore-t-on l’importance de Sabra, premier personnage israélien de l’univers cinématographique Marvel, dans cet opus. Entre 1980 et 2019, Sabra serait apparue dans 50 numéros, selon une page de fandom Marvel.

Sabra (qui, en hébreu, désigne à la fois la figue de barbarie, hérissée d’épines à l’extérieur mais tendre à l’intérieur et plus largement un Israélien) est agent du Mossad et officier de police, dotée d’une vitesse et d’une force surhumaines. La bande dessinée de 1981 qui la met pour la première fois en vedette s’articule autour de propos et d’intrigues qui seraient aujourd’hui considérés comme inappropriés pour un blockbuster hollywoodien.

Dans l’aventure en question, l’Incroyable Hulk se retrouve par erreur à Tel Aviv, où il se lie d’amitié avec un garçon arabe, tué dans un attentat par des terroristes arabes. Sabra – de son vrai nom Ruth Bat-Seraph – est témoin de l’attaque et pense que Hulk est de mèche avec les terroristes. Elle attaque Hulk avec des « piquants d’énergie », qui l’affaiblissent, jusqu’à ce que Hulk lui explique que le garçon était son ami, référence claire au conflit israélo-palestinien.

« Ce garçon est mort parce que le peuple auquel il appartenait et le vôtre revendiquent la même terre ! » crie Hulk à Sabra. « Ce garçon est mort parce que vous refusez de partager. Ce garçon est mort à cause de deux vieux livres qui disent que son peuple et le vôtre doivent se battre et s’entretuer pour posséder cette terre! »

La présentation du personnage, faite la semaine passée lors de l’exposition Disney D23, à Anaheim, a déjà fait l’objet de commentaires négatifs en ligne. Sur les réseaux sociaux, d’aucuns ont fait valoir que le personnage était soit un instrument de propagande militaire israélienne soit une critique du traitement des Palestiniens par le gouvernement israélien.

D’autres contestent purement et simplement le nom de “Sabra”, qui, selon eux, est de douloureuse mémoire pour les Palestiniens, qui associent le mot « sabra » aux camps de réfugiés de Sabra et Chatila, situés à l’ouest de Beyrouth.

Pendant la guerre civile libanaise de 1982, les forces libanaises de droite ont assassiné des milliers de Palestiniens et de musulmans libanais dans ces camps, tandis que les militaires israéliens encerclaient la zone. Une enquête israélienne a révélé qu’Ariel Sharon, alors ministre israélien de la Défense, était “personnellement responsable” de n’avoir rien fait pour empêcher le massacre.

D’autres contestent cette critique, rappelant que le personnage a fait son apparition deux ans avant les événements tragiques de Sabra et Chatila.

Un dessinateur israélien qui, quelques années avant Marvel, avait créé un personnage appelé Sabraman, et qui, a l’instar de Sabra, arbore une tenue bleue et blanche inspirée du drapeau israélien, a attaqué le géant de la bande dessinée pour plagiat.

Le caricaturiste Uri Fink a lancé un avertissement à Haas lors d’une récente interview avec le site israélien Ynet.

« Je ne pense pas que sa représentation dans l’univers Marvel soit une bonne chose, dans le contexte actuel », aurait-il déclaré, selon le Times of Israel. « Ceux qui travaillent chez Marvel aujourd’hui sont progressistes. Je n’ai rien contre eux, mais il est peu probable que la description qui sera faite du conflit israélo-palestinien soit pertinente au final. »

« Je suggère à Shira de lire attentivement [le script] et de s’assurer que le personnage ne soit pas trop problématique », a-t-il ajouté.

Le producteur israélien Avi Arad, cofondateur et ex-directeur de Marvel Studios, branche cinématographique de la société de bandes dessinées qui a rapporté plus de 25 milliards de dollars de recettes au box-office, déclarait en 2012 ne pas s’attendre à ce que Sabra soit porté a l’écran avant longtemps.

« Nous vivons à une époque où le nom de ‘Sabra’… n’est pas du tout vendeur pour un film destiné au marché international », déclarait-il au Times of Israel.

Haas est la première Israélienne nominée pour un Emmy, pour son rôle dans « Unorthodox », mini-série Netflix basée sur l’autobiographie de Deborah Feldman et sa fuite de la communauté orthodoxe Haredi de Satmar, à Brooklyn. La petite Haas – qui mesure moins d’1m60, séquelle d’un cancer précoce qui a retardé sa croissance – est connue pour avoir joué dans la série « Shtisel ». Elle a récemment été choisie pour jouer le rôle d’un détective dans une nouvelle série policière Netflix.

Ce ne sera pas la première fois qu’un personnage juif apparaît dans une production Marvel pour le grand écran. Dans « Moon Knight », la mini-série de Disney + créée en mars, Oscar Isaac prête ses traits au héros, qui est juif.

Au final, nombre de fans se disent surpris et heureux qu’une héroïne israélienne fasse l’objet d’un film grand public.

 

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