Menaces antisémites aux Etats-Unis : un suspect arrêté par le FBI
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Menaces antisémites aux Etats-Unis : un suspect arrêté par le FBI

Juan Thompson, 31 ans, serait un imitateur, qui a dénoncé les menaces à la bombe ; l’enquête se poursuit sur les dizaines de menaces qui ont touché la communauté juive depuis janvier

Juan Thompson, 31 ans, de St. Louis, soupçonné d'avoir menacé au moins huit institutions juives américaines début 2017. (Crédit : capture d'écran BricTV)
Juan Thompson, 31 ans, de St. Louis, soupçonné d'avoir menacé au moins huit institutions juives américaines début 2017. (Crédit : capture d'écran BricTV)

Un homme suspecté d’avoir lancé de fausses alertes à la bombe contre des établissements juifs aux Etats-Unis a été interpellé vendredi à Saint Louis, dans le Missouri. Les premiers éléments de l’enquête indiquent qu’il souhaitait ainsi compromettre une ancienne petite amie.

Juan Thompson, 31 ans, aurait contacté plusieurs centres juifs et écoles juives ainsi que les bureaux new-yorkais de l’association juive Anti-Defamation League (ADL) pour prévenir de la présence d’explosifs, selon un communiqué du procureur fédéral du district sud de l’Etat de New York, Preet Bharara.

Certaines alertes ont été faites au nom de l’ancienne petite amie du suspect, qui a rompu avec lui en juillet 2016, semble-t-il pour tenter de la compromettre par rancœur.

Les recherches effectuées sur la foi de ces huit alertes distinctes n’ont permis de découvrir aucun engin explosif.

Le centre communautaire juif d'Albany temporairement évacué suite à une alerte à la bombe, le 18 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran Twitter via JTA)
Le centre communautaire juif d’Albany temporairement évacué suite à une alerte à la bombe, le 18 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran Twitter via JTA)

Le suspect a ensuite posté plusieurs messages sur son compte Twitter pour dénoncer les prétendus agissements de son ancienne petite amie, qu’il a qualifiée d’ « antisémite ».

Ces alertes étaient le point d’orgue, selon les enquêteurs, d’une campagne de harcèlement au cours de laquelle Juan Thompson avait notamment contacté l’employeur de la jeune femme pour l’accuser de divers maux.

Le suspect a été présenté vendredi à un juge en vue de son inculpation. A ce stade, le procureur n’a retenu contre lui que le chef d’accusation de cyber-harcèlement, mais il a précisé que l’enquête se poursuivait.

Thompson a poliment répondu aux questions, et a indiqué au juge qu’il avait assez d’argent pour embaucher un avocat. Des soutiens, présents dans la salle, ont déclaré qu’il n’avait pas de casier judiciaire. Son avocat n’a pas fait de remarque.

Lundi, alors que la cinquième vague de menaces à la bombe frappait des institutions juives de tous les Etats-Unis, Thompson avait déclaré sur Twitter « une semaine de plus, une série de menaces de plus contre les Juifs. En pleine journée, vous savez qui est dans un centre communautaire juif. Des enfants. DES ENFANTS. »

Ce même jour, il avait publié un tweet de l’association de gauche Jewish Voice for Peace : « Indications de menaces à la bombe dans des centres communautaires et des écoles juives, et un autre cimetière juif profané, à Philadelphie. Pensées à notre communauté. »

La veille, Thompson avait parlé sur Twitter de la profanation du cimetière juif du mont Carmel à Philadelphie, déclarant : « et certains affirment que les Juifs ne font pas face à du sectarisme et de la violence. Que ressentiriez-vous si de sales Blancs détruisaient la tombe de MLK [Martin Luther King] ? »

Juan Thompson est un ancien journaliste, qui a travaillé pour le site d’information The Intercept de novembre 2014 à janvier 2016, avant d’être remercié pour avoir utilisé des sources fictives et inventé des citations.

Le jeune homme, qui couvrait notamment la justice américaine, avait été jusqu’à créer des comptes de messagerie électronique sous de fausses identités pour laisser croire qu’il s’agissait de sources.

Il semble avoir parlé pour la première fois de sa possible implication dans une enquête du FBI le 10 février, disant à ses abonnés sur Twitter que le « FBI vient pour m’interroger pour certains tweets », puis « je ne peux pas m’en remettre : une blanche que je fréquentais et aimais a dit au FBI que je détestais les blancs et que je voulais les faire exploser. Wow. »

Deux semaines plus tard, il avait écrit : « vous connaissez de bons avocats ? Je dois faire cesser cette sale blanche raciste que j’ai fréquentée qui a proféré une menace à la bombe en mon nom et veut que je me fasse violer en prison. »

Il avait ensuite adressé un tweet aux services secrets, disant à l’agence qu’il ne « sera pas réduit au silence » et affirmant que son ancienne petite amie, qu’il appelle Francesca, était « instable et violente ».

Il tweetait quotidiennement, critiquant souvent les « blancs » et « l’élite médiatique libérale blanche de New York et [Washington] D.C. », affrontant des partisans du président américain Donald Trump et lui adressant régulièrement des tweets.

Selon l’ADL, il avait publié des tweets incendiaires sur les policiers blancs et les « médias libéraux blancs new-yorkais ».

Dans un communiqué publié vendredi sur le site, The Intercept, où il a travaillé de novembre 2014 à janvier 2016, s’est dit « horrifié » d’apprendre l’interpellation de Juan Thompson et les accusations qui pesaient contre lui.

Vendredi, les dirigeants juifs américains ont rencontré James Comey, le directeur du FBI, pour discuter de la vague de menaces dirigées contre la communauté juive et de cette première arrestation.

Les dirigeants de la communauté juive américaine et le directeur du FBI, James Comey, le 3 mars 2017. (Crédit : Association des centres communautaires juifs d'Amérique du Nord)
Les dirigeants de la communauté juive américaine et le directeur du FBI, James Comey, le 3 mars 2017. (Crédit : Association des centres communautaires juifs d’Amérique du Nord)

« Ce matin [vendredi], les dirigeants de la communauté juive ont rencontré le directeur du FBI et les responsables de l’équipe du FBI pour discuter de la portée des menaces qui ont été proférées contre des institutions juives ces deux derniers mois », a déclaré dans un communiqué l’Association des centres communautaires juifs d’Amérique du Nord.

« La conversation a porté sur la situation actuelle et de potentielles stratégies pour de futures collaborations », pouvait-on lire dans le communiqué.

« Toutes les organisations présentes ont exprimé la profonde gratitude de toute la communauté pour l’effort extraordinaire que le FBI fournit dans l’enquête en cours », a ajouté l’association.

Le président de l’Association, Doron Krakowa, a également remercié le FBI pour l’arrestation de Thompson, mais a demandé des efforts supplémentaires pour identifier les responsables de toutes les autres menaces.

Une centaine de centres communautaires et d’établissements scolaires juifs dans 33 états ont subi des alertes à la bombe et des menaces depuis le début de l’année. Thompson est soupçonné d’être le responsable de huit de ces alertes.

Le siège de l'Anti-Defamation League (ADL) à New York. (Crédit : capture d'écran Google maps)
Le siège de l’Anti-Defamation League (ADL) à New York. (Crédit : capture d’écran Google maps)

La police a indiqué à CNN qu’aucune arrestation n’avait eu lieu pour la série d’appels automatiques adressés aux dizaines d’autres centres communautaires, et que l’enquête était toujours en cours.

« Nous pensons que les auteurs responsables de toutes les menaces seront rapidement identifiés et présentés à la justice », a déclaré Krakowa.

L’ADL, qui a été ciblée par Thompson, a elle aussi salué son arrestation.

L’organisation est « soulagée et heureuse que le FBI ait pu arrêter un suspect dans cette affaire. Nous applaudissons les efforts inébranlables des forces de l’ordre pour résoudre ce dossier », a déclaré Jonathan Greenblatt, le directeur exécutif de l’ADL. Il a ajouté que l’association « attend avec impatience la résolution rapide des affaires non résolues. »

« Les forces de l’ordre, à tous les niveaux, sont un ami proche du peuple juif aux Etats-Unis », a déclaré vendredi Evan Bernstein, le directeur régional de l’ADL à New York, pendant une conférence de presse organisée après l’annonce de l’arrestation de Thompson. Il a cependant ajouté que « ce n’est pas parce qu’il y a eu une arrestation aujourd’hui dans l’affaire des menaces à la bombe que les menaces ont disparu ou vont s’arrêter. »

Vendredi, des sources avaient indiqué aux médias que Thompson était un « imitateur », et que l’enquête continuait pour identifier les responsables des dizaines d’autres menaces signalées depuis janvier.

Selon les données récoltées par le département de police de New York, les actes antisémites ont presque doublé depuis le début de l’année 2017 par rapport à la même période de 2016. L’ADL a déclaré qu’en raison de la portée d’internet et de la quantité des récentes menaces à la bombe, les suprématistes blancs étaient plus enhardis que jamais.

« Nous vivons une époque sans précédent », a déclaré Oren Segal, qui dirige le centre sur l’extrémisme de l’ADL. « Nous n’avons jamais vu, jamais, le nombre d’alertes à la bombe que nous avons vu. Les suprématistes blancs de ce pays se sentent plus enhardis que jamais auparavant, en raison du discours public et de la rhétorique clivante. »

Juan Thompson (Crédit : Twitter)
Juan Thompson (Crédit : Twitter)

Segal a également indiqué que l’ADL suivait Thompson depuis qu’il avait inventé l’identité d’un cousin de Dylann Roof, l’homme armé qui avait tué neuf personnes dans une église de Charleston, en Caroline du Sud, en 2015.

Les Etats-Unis sont le pays qui compte le plus grand nombre de Juifs au monde, derrière Israël, avec 4,5 à 5,5 millions d’Américains juifs selon diverses estimations.

Une dizaine de pierres tombales renversées ont été découvertes jeudi dans un cimetière juif de Rochester, dans l’état de New York.

Fin février, des vandales avaient brisé et retourné plus de 500 pierres tombales dans un autre cimetière juif, à Philadelphie, une semaine après un acte similaire à Saint Louis.

Un homme regarde les pierres tombales renversées dans le cimetière juif du mout Carmel à Philadelphie, le 26 février 2017. (Crédit : Dominick Reuter/AFP)
Un homme regarde les pierres tombales renversées dans le cimetière juif du mout Carmel à Philadelphie, le 26 février 2017. (Crédit : Dominick Reuter/AFP)

Mardi, en ouverture de son premier discours devant le Congrès, le président Donald Trump avait dénoncé solennellement une série d’actes antisémites et racistes commis dans tout le pays ces derniers jours, promettant que l’Amérique resterait « unie » contre la « haine ».

Les associations juives, dont l’ADL, ont cependant appelé à Trump à prendre des mesures contre l’antisémitisme, notamment en ordonnant au département de la Justice de lancer une enquête sur les menaces, et en créant une équipe de travail réunissant plusieurs agences fédérales pour combattre les crimes de haine, qui soit dirigée par le ministre de la Justice.

« Il faut des actes pour faire cesser ces menaces, a déclaré Bernstein, de l’ADL. L’histoire montre que quand l’antisémitisme prend la main, des dirigeants courageux doivent s’exprimer et prendre des mesures avant qu’il ne soit trop tard. »

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