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Khashoggi : Washington et Londres révoquent les visas des Saoudiens impliqués

"Ces sanctions ne seront pas le dernier mot des Etats-Unis sur ce dossier", a averti le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo

Illustration : passeport saoudien. (Crédit ; iStock)
Illustration : passeport saoudien. (Crédit ; iStock)

Les Etats-Unis ont engagé mardi la révocation des visas des Saoudiens impliqués dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, dont la dissimulation a été qualifiée de « fiasco total » par le président américain Donald Trump.

Londres a ensuite annoncé l’annulation des visas britanniques éventuellement détenus par les suspects du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

« Le ministre de l’Intérieur prend les mesures nécessaires pour empêcher les suspects d’entrer au Royaume-Uni », a affirmé la Première ministre britannique Theresa May devant le Parlement. « Si ces individus disposent de visas, ces visas seront révoqués aujourd’hui », a-t-elle ajouté, précisant qu’elle parlerait « dans la journée » avec le roi Salman.

Trois semaines après le meurtre, la pression internationale sur Ryad ne cesse de s’accroître : le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé à punir « toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires », sans cependant citer nommément le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit « MBS ».

Mardi soir, Donald Trump a affirmé que le prince héritier, avec qui il a dit avoir échangé lundi, lui avait assuré ne pas être impliqué dans le meurtre du journaliste. « Il a fermement dit qu’il n’avait rien à voir avec cela, c’était à un niveau inférieur », a déclaré le président américain lors d’une réunion avec des chefs militaires.

L’annulation des visas, première décision concrète annoncée par Washington à l’encontre de son allié de longue date, vise 21 personnes, qui se voient révoquer leur visa ou deviennent inéligibles à de futurs visas, a précisé Heather Nauert, la porte-parole du département d’Etat.

« Ces sanctions ne seront pas le dernier mot des Etats-Unis sur ce dossier », a averti le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi au formum économique mondial de Davos, en janvier 2011. (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo)

Agé de 59 ans, Jamal Khashoggi, un éditorialiste qui collaborait avec le Washington Post, a été tué le 2 octobre dans le consulat de son pays à Istanbul où il s’était rendu pour obtenir des documents administratifs en vue de son mariage.

Après avoir nié la mort du journaliste, le gouvernement saoudien a avancé plusieurs versions contradictoires, évoquant notamment une « rixe » ayant mal tourné. Ryad soutient désormais que le journaliste a été tué au cours d’une opération « non autorisée » dont MBS n’était pas informé.

Donald Trump croit-il à la version donnée par les Saoudiens ?

« Je veux d’abord connaître les faits », a-t-il répondu, avant de critiquer l’opération elle-même mais aussi, de façon plus surprenante, la manière dont elle a ensuite été dissimulée.

« Ils avaient un très mauvais projet à l’origine, il a été très mal exécuté et l’opération de dissimulation a été l’une des pires de l’histoire des opérations de dissimulation », a-t-il déclaré depuis le Bureau ovale.

Le meurtre et sa dissimulation sont « un fiasco total », a-t-il ajouté mardi soir.

Le président américain Donald Trump sur la pelouse de la Maison Blanche à Washington, le 27 septembre 2018 (Crédit : AFP / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS)

Restant évasif sur d’éventuelles décisions à venir, le locataire de la Maison Blanche a pris soin de souligner combien Ryad était un « excellent allié » de Washington depuis des décennies, et a rappelé que le royaume sunnite était « l’un des principaux investisseurs aux Etats-Unis ».

Donald Trump a précisé devoir rencontrer mercredi des responsables s’étant rendus sur place.

« Nombreuses questions sans réponse »

La présentation des événements faite par Ryad a été accueillie avec un immense scepticisme à travers le monde.

« Les explications fournies laissent de nombreuses questions sans réponse », ont ainsi jugé les ministres des Affaires étrangères du G7.

Dans un discours mardi, M. Erdogan s’est efforcé de donner des détails sur les préparatifs des tueurs afin d’accréditer la thèse d’une opération soigneusement préparée.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, alors qu’il serre la main à l’émir du Qatar, le sheikh Tamim bin Hamad Al Thani, avant les discussions au palais présidentiel d’Ankara, en Turquie, le 15 août 2018 (Crédit : Service de presse présidentiel via l’AP , Pool)

Il a ainsi dit que les agents saoudiens avaient effectué des repérages dans une forêt près d’Istanbul et dans une ville du nord-ouest de la Turquie avant le meurtre, suggérant qu’ils cherchaient un lieu où cacher le corps.

En outre, le circuit de vidéosurveillance du consulat avait été « désactivé » le matin du meurtre, a poursuivi le président turc, confirmant des informations publiées ces derniers jours par les médias turcs.

M. Erdogan n’a cependant mentionné à aucun moment les éventuels enregistrements audio ou vidéo dont la presse turque et certains responsables turcs font état depuis le début de l’enquête.

Le président turc, dont le pays entretient des relations complexes avec l’Arabie saoudite, un rival diplomatique mais aussi un important partenaire économique, a paru soucieux d’épargner le roi Salmane, se disant « confiant » dans le fait que ce dernier coopérerait avec la Turquie dans l’enquête.

Pour Soner Cagaptay, chercheur au Washington Institute of Near East Policy, M. Erdogan « ne veut pas d’une rupture avec le roi saoudien » et entend « donner une chance supplémentaire aux efforts » de médiation de Washington.

L’intervention de M. Erdogan a eu lieu quelques heures après l’ouverture à Ryad d’un forum international sur l’investissement, marqué par des désistements en cascade de dirigeants étrangers et chefs d’entreprise, dans la tourmente de l’affaire Khashoggi.

A la veille de ce forum, le prince ben Salmane a reçu à Ryad le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, en tournée dans la région mais qui a renoncé à participer à la conférence après le meurtre du journaliste.

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