Michael Oren veut combattre le boycott avec des poètes et des écrivains
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Entretien

Michael Oren veut combattre le boycott avec des poètes et des écrivains

En termes de diplomatie publique, pour le nouvel envoyé spécial de Netanyahu, souvent, “nous avons travaillé à l’envers : nous demandons aux gens de défendre Israël sans leur dire en fait ce qu’ils devraient défendre”

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Michael Oren, député de Koulanou et ancien ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis. (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)
Michael Oren, député de Koulanou et ancien ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis. (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Israël devrait examiner comment il alloue ses budgets de politique étrangère, a déclaré le nouveau vice-ministre Michael Oren, suggérant que la concentration traditionnelle de Jérusalem sur l’Europe occidentale se faisait aux dépens des relations en développement avec les pays d’Afrique et d’Amérique latine.

« Seulement 4 %, 4 %, de budget de notre ministère des Affaires étrangères vont à l’Afrique. Seulement 14 % vont à l’Amérique latine. J’aimerais examiner attentivement nos priorités mondiales », a déclaré Oren cette semaine au Times of Israel.

D’autre part, un énorme 33 % du budget du ministère est dépensé en Europe occidentale, a ajouté Oren. « Si nous doublions cette somme, combien de changements de la politique européenne pouvons-nous attendre en retour ? Et la réponse à cela serait : pas beaucoup. Peut-être rien du tout. Mais si nous doublions les 4 % que nous investissons en Afrique pour passer à 8 %, je pense que nous y verrions en fait un mouvement très important. »

Il y a 54 pays en Afrique et 19 en Amérique latine, a ajouté Oren, qui, à son nouveau poste, aidera le Premier ministre Benjamin Netanyahu à développer davantage les relations avec ces continents. L’objectif de Jérusalem n’est pas seulement que plus de pays soutiennent Israël sur la scène internationale, comme aux Nations unies, mais aussi de renforcer le commerce et la coopération dans les domaines de la sécurité, du tourisme, des technologies de l’eau, etc.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry (à droite) et Michael Oren, à l'époque ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, à l'aéroport Ben Gurion, en mars 2013. (Crédit : département d'Etat américain)
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry (à droite) et Michael Oren, à l’époque ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, à l’aéroport Ben Gurion, en mars 2013. (Crédit : département d’Etat américain)

Le mois dernier, le politicien/diplomate/historien né aux Etats-Unis a été nommé vice-ministre au bureau du Premier ministre chargé de la politique étrangère et de la diplomatie publique, un poste qu’Oren a appelé son « travail idéal ». Officiellement, le nouveau député du parti centriste Koulanou a été nommé « envoyé spécial pour le Premier ministre », même si la description précise de son poste reste quelque peu floue.

« En tant que membre de Koulanou, qui est un parti socioéconomique, je tiens beaucoup à étudier le nœud entre relations étrangères et commerce. Et pas seulement depuis les aspects du BDS », a-t-il déclaré, en parlant du mouvement anti-Israël de Boycott, Désinvestissements et Sanctions. « Le BDS est important, vous ne pouvez pas le négliger. Mais il y a un nombre important d’opportunités à l’extérieur. »

‘C’est le meilleur des moments et le pire des moments pour Israël’

Il y a seulement quelques décennies, la paix avec la Jordanie et l’Egypte était impensable ; Israël n’avait pas de relations diplomatiques avec la Chine, le bloc soviétique et la plupart des pays africains, et une relation « toxique » avec l’Inde, a rappelé Oren. « Aujourd’hui, nous avons d’excellentes relations avec l’Inde et avec la Chine. Il y a plus de la moitié de l’humanité là-bas. »

Les relations d’Israël avec le monde arabe n’ont jamais été meilleures, a déclaré Oren, qui a été ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis entre 2009 et 2013. Et bien que ces relations restent majoritairement clandestines, Jérusalem peut attendre du monde arabe un soutien implicite, pour exemple pour son droit à l’auto-défense. « Et nous avons eu ce droit, a-t-il déclaré. Les Saoudiens ont été très peu coopératifs pendant nos récents conflits contre le Hezbollah et le Hamas. »

D’autre part, Israël doit affronter plusieurs défis très sérieux, a affirmé Oren. « C’est le meilleur des moments et le pire des moments pour Israël. »

D’abord, l’Iran et le groupe terroriste Etat islamique posent des menaces sécuritaires réelles à Israël. Et il a aussi des pays et des organisations dans le monde qui cherchent à délégitimer Israël et à lui nier le droit de se défendre et d’exister en temps qu’Etat juif souverain, a ajouté Oren.

« Il y a des groupes terroristes comme le Hamas et le Hezbollah qui savent qu’ils ne peuvent pas nous détruire par des moyens militaires, mais qu’ils peuvent créer une situation où nos mains seront légalement liées pendant qu’ils tirent des roquettes sur nous. C’est le but de leurs campagnes : pas de nous détruire, mais que nous répondions d’une façon telle que le monde nous condamnera. C’est une tactique militaire très intelligente au service d’une stratégie légale et diplomatique. »

Autocollant pour le boycott d'Israël accusant  le pays d'apartheid (Crédit : Tapash Abu Shaim/Palestine Solidarity Campaign UK/Facebook)
Autocollant pour le boycott d’Israël accusant le pays d’apartheid (Crédit : Tapash Abu Shaim/Palestine Solidarity Campaign UK/Facebook)

Le BDS et l’Etat islamique ont en fait quelque chose en commun, a-t-il affirmé. Tous deux sont des organisations physiques qui peuvent être combattues de manière directe. Mais derrière ces groupes, il existe une idée puissante qui est bien plus difficile à combattre. « Toute idée que vous avez peut être battue par une meilleure idée », a-t-il déclaré, et Israël doit encore trouver la bonne recette pour cette bataille.

« Non seulement nous n’avons pas combattu les idées. Nous ne sommes même pas encore en guerre », a-t-il déclaré.

Israël a amélioré sa présence sur les campus occidentaux ; le ministère des Affaires stratégiques, chargé de combattre le BDS, a un merveilleux budget de 120 millions de shekels, et une équipe talentueuse, a déclaré le nouveau vice-ministre. « Mais ils se concentrent sur le BDS, l’organisation. Mon problème est : qu’est-ce que l’Etat d’Israël fait pour le BDS, l’idée ? Et ici, nous avons un vrai problème. »

Les ennemis d’Israël ont quelques mots-clés avec lesquels ils agissent : Israël est un état d’apartheid, c’est un régime colonial qui oppresse les Palestiniens sans défense, etc.

‘L’un de nos grands échecs dans le domaine de la hasbara, c’est que nous avons combattu des sentiments avec des faits. Et quand un fait est contre un sentiment, le sentiment gagne presque toujours’

Israël a perdu du terrain dans la bataille pour les cœurs et les esprits du public parce qu’il n’a pas réussi à créer un narratif positif, a affirmé Oren. « A bien des égards, nous avons travaillé à l’envers. Nous avons ces organisations merveilleuses comme StandWithUs, Israel Project, évidemment l’AIPAC. Elles font un travail remarquable. Et nous avons l’équipe de Gilad Erdan [ministre des Affaires stratégiques]. Mais nous disons aux gens de défendre Israël sans en fait leur dire ce qu’ils devraient défendre. »

La façon dont Israël devrait être présenté dans le monde aujourd’hui est la question qu’Oren dit examiner depuis plusieurs mois maintenant.

Au début, il a approché des experts en relations publiques, puis il a réalisé que c’était la mauvaise approche pour la hasbara, la défense des intérêts d’Israël.

« Les personnes que je devrais aller voir sont des poètes et des écrivains. L’un de nos grands échecs dans le domaine de la hasbara, c’est que nous avons combattu des sentiments avec des faits. Et quand un fait est contre un sentiment, le sentiment gagne presque toujours. »

Israël, l’une des histoires les plus émouvantes de l’Histoire, devrait évoquer des sentiments, a conclu Oren. « La bonne hasbara prend l’histoire de l’Etat juif, et émeut les gens avec. »

Comment cela peut-il être fait ? « C’est précisément ce sur quoi je travaille », a-t-il répondu.

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