Mike Pompeo, le nouveau chouchou de Jérusalem ?
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Mike Pompeo, le nouveau chouchou de Jérusalem ?

Le nouveau secrétaire d'État américain a depuis longtemps exprimé son soutien aux positions de l'État juif, et ce, sur diverses questions

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Sur cette photo prise le 13 février 2018, Mike Pompeo, directeur de la CIA, témoigne des menaces qui pèsent sur le monde entier lors d'une audience de la commission sénatoriale du renseignement au Capitole à Washington, DC. (AFP PHOTO / SAUL LOEB)
Sur cette photo prise le 13 février 2018, Mike Pompeo, directeur de la CIA, témoigne des menaces qui pèsent sur le monde entier lors d'une audience de la commission sénatoriale du renseignement au Capitole à Washington, DC. (AFP PHOTO / SAUL LOEB)

Préoccupés par la crise politique qui menaçait de renverser la coalition au pouvoir, les politiciens de Jérusalem ont ignoré mardi à une écrasante majorité l’annonce selon laquelle les États-Unis se dotaient d’un nouveau secrétaire d’État.

Il ne fait cependant aucun doute que le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la plupart des membres de son gouvernement étaient ravis d’apprendre que le président américain Donald Trump avait congédié Rex Tillerson et qu’il avait plutôt fait appel à Mike Pompeo, le directeur actuel de la CIA.

La nouvelle de la nomination de Pompeo est tombée alors que la classe politique israélienne était encore en train de résoudre la ‘crise’, et des heures après qu’elle eut été résolue, ni le bureau de Netanyahu, ni le ministère des Affaires étrangères, ni aucun autre haut fonctionnaire n’ont fait de déclarations ou adressé des félicitations au nouveau diplomate américain.

Seul le ministre du Renseignement Yisrael Katz, qui avait rencontré Pompeo à plusieurs reprises au cours de ses 14 mois de mandat à la tête de l’agence d’espionnage la plus connue au monde, est allé féliciter Pompeo sur Twitter et « le remercier pour son soutien à Israël ».

Tillerson, qui a appris son licenciement sans ménagement par un tweet de Trump, a été considéré par Jérusalem comme un secrétaire d’État amical. Ancien magnat du pétrole, il n’avait aucun lien antérieur avec l’État juif, mais semblait être d’accord avec les positions générales pro-israéliennes de l’administration. Ce n’était certainement pas un John Kerry, qui a fait pression et critiqué Israël concernant le processus de paix et qui a promu un accord nucléaire avec l’Iran qui, selon Israël, menace la paix dans le monde entier.

M. Tillerson n’était toutefois pas d’accord avec M. Trump sur plusieurs questions clés de politique étrangère. Plus particulièrement, le secrétaire d’État sortant ne partageait pas la haine profonde du président à l’égard de l’accord sur le nucléaire iranien.

« Quand on examine l’accord avec l’Iran, je pense que c’est terrifiant », a déclaré Trump mardi. Tillerson, par contre, était « OK », a-t-il expliqué. « Je voulais soit le rompre, soit faire quelque chose, et il ressentait les choses un peu différemment. Donc nous ne pensions pas vraiment la même chose. »

Le président américain Donald Trump (à gauche) et le secrétaire d’État américain Rex Tillerson attendent une rencontre avec l’émir Tamim bin Hamad al-Thani du Qatar au Palace Hotel le 19 septembre 2017 à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. (AFP/ Brendan Smialowski)

En revanche, Pompeo est un « faucon » connu en Iran. Ses vues sur l’accord avec l’Iran de 2015 correspondent parfaitement à celles de Trump – et à celles de Netanyahu. Ils pensent tous que l’accord a été une catastrophe et qu’il faut l’améliorer considérablement ou le rejeter complètement.

M. Pompeo a indiqué à la fin de 2014, avant la signature de l’accord, qu’il croyait que les frappes militaires contre les installations nucléaires iraniennes contrecarreraient plus efficacement la quête de bombes atomiques de Téhéran que la diplomatie.

« L’Iran, le plus grand pays au monde qui parraine la terreur, est devenu un acteur encore plus audacieux et déstabilisateur au Moyen Orient », a-t-il déclaré lors de l’audience de confirmation au Sénat en janvier 2017.

Comme on pouvait s’y attendre, les amis de la République islamique ont tiré la sonnette d’alarme mardi.

Pompeo aux Affaires étrangères augmenterait les risques d’une « nouvelle guerre au Moyen Orient », a averti le National Iranian American Council, le qualifiant d' »un des opposants les plus farouches à la diplomatie avec l’Iran ».

D’autres groupes pro-iraniens ont émis des avertissements similaires, tandis que des groupes pro-israéliens « faucons » ont salué la position hostile de Pompeo envers la République islamique.

« Tout au long de son séjour à la Chambre des représentants et en tant que directeur de la CIA, il s’est avéré être un rempart contre les agressions de l’Iran, et un grand ami d’Israël », a déclaré Matt Brooks, chef de la coalition juive républicaine.

Lorsque Trump a constitué son gouvernement à la fin de l’année 2016, Pompeo a été salué par des sources officielles à Jérusalem, qui ont souligné son excellent bilan concernant l’Iran.

En décembre, lorsque des rumeurs selon lesquelles Pompeo pourrait remplacer Tillerson ont commencé à faire surface, Tom Gross, un éminent analyste du Moyen Orient, a déclaré qu’il serait « le premier secrétaire d’État américain pro-israélien depuis des décennies ».

Contrairement à Tillerson, qui n’a pas joué un rôle important dans l’approche de l’administration face au conflit israélo-palestinien et qui s’est volontiers concentré sur d’autres parties du globe, Pompeo voudra peut-être s’impliquer au Moyen Orient, d’autant plus que Trump et son équipe se préparent à dévoiler leur proposition de paix.

Pompeo entretient un lien avec l’État juif. Il est venu en Israël en 2015, alors qu’il était encore membre du Congrès du 4e district du Kansas, pour obtenir des informations en matière de sécurité de la police israélienne et visiter le mur Occidental.

« Les efforts de Netanyahu pour empêcher l’Iran d’obtenir des armes nucléaires sont particulièrement remarquables et très appréciables », a-t-il déclaré après avoir rencontré le Premier ministre de l’époque.

Il a également salué la « retenue admirable des Israéliens face à des attaques d’une cruauté indescriptible », évoquant une série d’attentats terroristes palestiniens, dont beaucoup ont été perpétrés avec des couteaux, qui étaient à leur apogée à l’époque. Les États-Unis doivent « se tenir aux côtés de notre allié Israël et mettre un terme au terrorisme », a-t-il déclaré. « Les attaques constantes des Palestiniens ne servent qu’à éloigner les perspectives de paix. »

Tout comme les Iraniens, les Palestiniens ne sont pas des fans de cet homme. L’année dernière, la campagne américaine pour les droits des Palestiniens a donné une note négative à Pompeo sur le site votesmart.org.

Mike Pompeo, alors représentant républicain du Kansas, pendant le témoignage de l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton devant la commission de la Chambre sur Bengazi, à Washington, D.C., le 22 octobre 2015. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Depuis qu’il siège à la Chambre des représentants, Pompeo, qui, en 2013, a déclaré de façon controversée que les dirigeants musulmans américains qui ne dénoncent pas les actes de terrorisme sont « potentiellement complices », s’est penché à maintes reprises sur des positions qui concordent étroitement avec celles des dirigeants israéliens.

En tant que chef de la CIA, il a naturellement dû faire profil bas – il n’y a pas de photos ou de communiqués de presse sur sa visite de l’année dernière – mais au département d’État, Pompeo est susceptible de montrer clairement et peut-être même faire briller sa bonne foi pro-israélienne.

S’il s’implique dans les affaires du Moyen Orient, et surtout si Trump le laisse jouer un rôle important dans la tentative de l’administration de négocier un accord de paix israélo-palestinien, Pompeo semble prêt à devenir le nouveau chouchou de Jérusalem, aux côtés de l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Nikki Haley.

Les politiciens israéliens étaient peut-être trop occupés avec eux-mêmes cette semaine pour remarquer sa nomination, mais le nouveau secrétaire d’État est en mesure de changer le visage de la diplomatie américaine vis-à-vis du Moyen Orient.

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