Mohamed et Abdelkader Merah : l’assassin et son exemple
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'Tout musulman aimerait se faire tuer par son ennemi'

Mohamed et Abdelkader Merah : l’assassin et son exemple

Dans l'ombre de Mohamed Merah qui a assassiné 7 personnes en mars 2012 à Montauban et Toulouse, il y a son frère aîné Abdelkader, qui comparaît devant la cour d'assises spéciale de Paris du 2 octobre au 3 novembre

Abdelkader Merah (Crédit : Capture d’écran YouTube)
Abdelkader Merah (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Mohamed Merah, le terroriste

Entre le 11 et 19 mars 2012, Mohamed Merah a abattu 3 soldats – Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, Mohamed Legouad – à Montauban et Toulouse ainsi qu’un professeur Jonathan Sandler et trois enfants – Aryeh Sandler, Myriam Monsonégo et Gabriel Sandler à l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse.

Il a été abattu par le RAID le 22 mars. Il avait 23 ans.

« Ses actes sont le résultat d’un processus qui lui est propre », estime Me Christian Etelin, son avocat toulousain à l’époque où il était primo délinquant.

Dernier d’une fratrie de cinq enfants, élevé en foyer, Merah a souffert de la violence de ses frères. Et sûrement eu des problèmes psychologiques : à 6 ans, il aurait dit à sa mère : « J’ai un monsieur qui parle dans ma tête ».

Merah, jeune, c’était un garçon quelconque : « cheveux longs », « courtois, policé », « pas intéressé » par la religion, selon Me Etelin qui percevait ce jeune comme un garçon pouvant basculer du mauvais côté « pour quelques sous ».

Il jouait au foot dans son quartier, les Izards. « Rien ne laissait entendre qu’il pouvait faire des choses abominables », assure son entraîneur Frédéric Mercadal.

Me Éric Lebahr, spécialiste du droit du travail et dont l’un des enfants était à l’école Ozar Hatorah, l’a reçu deux fois dans son cabinet en 2010. Il sortait de prison et accusait son employeur « de l’exploiter ». « On a discuté comme avec mon fils » de l’Algérie, leur point commun, se souvient ce juif originaire de Blida.

Mais ensuite, ça s’est gâté.  » ‘Vous ne savez pas ce dont je suis capable’ « , a-t-il menacé quand l’avocat a voulu lui envoyer sa facture. « J’ai eu peur », poursuit l’avocat, qui n’a jamais réclamé son dû. C’était avant les voyages en Irak, Turquie, Syrie, Egypte, Afghanistan, Pakistan, et bien sûr les attentats.

Abdelkader Merah, fier de son frère

Le frère aîné du « tueur au scooteur », salafiste radical, avait été repéré dès 2007 et était parti en Egypte en 2009. Pour les services de renseignements, son profil était plus inquiétant que celui de Mohamed. Après les meurtres, il dira : « Je suis fier de mon frère (…). Tout musulman aimerait se faire tuer par son ennemi ».

Dans le dossier, il reconnaît sa participation au vol du scooter de grosse cylindrée utilisée par le cadet pour se déplacer sur les scènes de crimes. Mais il assure que Mohamed a agi à son insu.

Abdelkader, c’est « le mauvais génie » du jihadiste, estime Me Etelin. Il se décrit comme son modèle mais leurs rapports « sont ambigus, complexes ».

Sur les cinq condamnations à son casier judiciaire pour violence, entre 2003 et 2009, l’une concerne Mohamed : Abdelkader avait imposé à la maison un chien dangereux, lequel a mordu son jeune frère.

C’est Abdelkader qui a amené son cadet vers la religion laquelle ne l’intéressait pas. Il a aussi joué un rôle dans la formation salafiste de ce frère qu’il qualifiait pourtant d' »ingérable », selon Me Etelin.

Renvoyé pour complicité d’assassinats terroristes, à 35 ans, il encourt la perpétuité.

Fettah Malki, le receleur :

Fettah Malki, qui comparaît aux côtés d’Abdelkader Merah, est accusé d’avoir fourni des armes, notamment le mini Uzi utilisé lors de l’attaque de l’école juive Ozar Hatorah à Toulouse, ainsi que des munitions, des fonds et un gilet pare-balles estampillé « police » à Merah.

Pour les juges, il ne pouvait ignorer la capacité de Merah à commettre des actes « en lien avec son idéologie radicale jihadiste ». Malki réfute avoir eu connaissance des projets d’assassinats. Selon son avocat, Me Etelin, il connaissait les Merah « comme tous les habitants » des Izards, qui le considéraient comme un « receleur ».

Né en Algérie, Malki est arrivé en France en 1993. Élevé par sa mère et sa tante, il ne se souvient pas de son père.

Pour raisons de santé, il a été recalé des entraînements pour intégrer la Légion étrangère. Condamné à huit reprises, notamment pour des violences conjugales sur sa compagne de 10 ans son aînée, il est père de deux enfants jamais reconnus.

Ce pizzaiolo de 35 ans encourt 20 ans de réclusion devant la cour spéciale de Paris.

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