Mur Occidental : des chercheurs affirment qu’il n’est pas près de s’effondrer
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Mur Occidental : des chercheurs affirment qu’il n’est pas près de s’effondrer

Alors qu’une surveillance constante et un système d’alarme préventif sont nécessaires, le site monumental de l’époque d’Hérode devrait rester ouvert au public

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Daniella Goldberg se tient à côté de la grosse pierre qui a chuté sdu mur Occidental, dans la Vieille ville de Jérusalem, dans la section de prière mixte, le 23 juillet 2018 (Crédit  : Yonatan Sindel/Flash90)
Daniella Goldberg se tient à côté de la grosse pierre qui a chuté sdu mur Occidental, dans la Vieille ville de Jérusalem, dans la section de prière mixte, le 23 juillet 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lundi, un bloc de pierre vieux de 2 000 ans s’est détaché du mur Occidental ; pourtant, à en croire des experts de l’université Hébraïque, le ciel ne devrait pas nous tomber sur la tête.

Lundi matin, au Parc Archéologique de Davidson, un bloc de pierre de 100 kg s’est détaché du mur Occidental et s’est effondré sur la zone de prière pluraliste à proximité de l’Arche de Robinson. Comme en attestent des images de vidéo surveillance, Daniella Goldberg, âgée de 79 ans, était la seule personne présente sur place à ce moment-là. Indemne, elle a ensuite déclaré à la chaîne Hadashot TV qu’elle « a essayé de ne pas se laisser distraire de ses prières ».

La pierre, qui est tombée à proximité de Goldberg et qui a provoqué des dégâts sur la zone, est tombée de la partie du mur Occidental construite à l’époque d’Hérode. Cette partie se compose de blocs massifs de roche calcaire extraits d’une carrière il y a 2 000 ans, dans ce qui est maintenant le quartier Ramat Shlomo de la ville.

Mardi, lors d’un entretien avec le Times of Israël, le professeur Simon Emmanuel, spécialiste des sciences de la Terre, et le Dr Eilat Mazar, archéologue, ont tous les deux souligné que la chute d’une pierre du mur Occidental constitue un phénomène « très rare ».

Il faut toutefois procéder à des contrôles sérieux et constants autour du périmètre du mur.

Les professionnels de l’Autorité israélienne des antiquités évaluent les dégâts à l’arche de Robinson au mur Occidental après la chute d’une pierre, ler 23 juillet 2018 (Crédit : Hannah Estrin)

Tandis que l’Arche de Robinson, la zone de prière pluraliste, reste fermée au public depuis l’incident, aucun chercheur ne considère, à l’heure actuelle, qu’il faudrait fermer la totalité du site archéologique ou de l’espace du mur Occidental.

Leur point de vue vient contredire l’avis formulé par un archéologue qui a visité le site lundi après-midi : selon lui, l’ensemble du mur Occidental représente une « zone de danger ».

Après avoir constaté la présence de nombreuses fissures des deux côtés du mur Occidental – à la fois dans l’espace de prière traditionnel et dans la zone de prière pluraliste – Zachi Dvira, le chef du Projet du mont du Temple, a déclaré que le public devrait en être tenu à l’écart. Ces pierres « pourraient tomber sur des gens d’un instant à l’autre », a déclaré Dvira, qui consacre son doctorat à l’archéologie du mont du Temple.

L’archéologue et activiste Zachi Dvira examine un monticule de terre endommagé au sommet du mont du Temple, le 18 juin 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Pourtant, Emmanuel affirme qu’il est peu probable qu’une autre pierre tombe immédiatement. En juillet 2014, il avait déjà publié un article intitulé « Le rythme d’erosion de la roche calcaire accélère par le détachement de grain à l’échelle du micron » dans la revue Geology. Sa recherche se basait sur les données collectées grâce à des techniques de mesure au laser réalisée sur le mur Occidental.

« L’érosion correspond à un processus lent. D’habitude, cela ne se produit pas de manière rapide », a noté Emmanuel. Il faut remonter à 2004 pour trouver le dernier exemple en date de la chute d’une pierre du mur Occidental. « De temps en temps, une pierre tombe du mur, c’est tout simplement dû au phénomène naturel d’érosion qui affecte un édifice », a-t-il expliqué.

Daniella Goldberg (gauche) et la ministre de la Culture Miri Regev inspectent les dégâts causés par la chute d’une grosse pierre au mur Occidental de la Vieille ville de Jérusalem, le 23 juillet 2013, à la plateforme de prière mixte (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans l’étude de 2014, le chercheur a scanné 20 mètres de la partie du mur Occidental réservée aux hommes, et cela grâce à un laser lidar non invasif. Cette étude avait été effectuée à la demande de l’Autorité des Antiquités d’Israël (IAA). Selon les conclusions d’Emmanuel, certaines pierres de l’édifice sont moins fortes et moins résistantes au phénomène d’érosion que d’autres, et cela en fonction de leur composition en micro-cristaux.

Pour mener son étude, Emmanuel, qui ne pouvait pas prélever de vrais échantillons du mur Occidental, a dû examiner des roches de grandes carrières datant de la période du Second Temple à Ramat Shlomo, un quartier du nord de Jérusalem. En effet, la majorité des blocs de pierre utilisés pour construire l’édifice proviennent de cette carrière.

Le professeur de sciences de la terre de l’université hébraïque Simon Emmanuel. (Autorisation)

Après avoir conduit une étude des roches calcaires à l’aide d’un microscope atomique, il a découvert qu’il y avait deux types de roches calcaires dans la carrière, en fonction de l’endroit où la roche avait été extraite.

Au cours des recherches et des expériences qu’il a réalisées avec le co-auteur de l’article, Yael Levenson, Emmanuel en est arrivé à la conclusion que la pierre composée de cristaux plus grands se révèle plus solide et résiste mieux aux effets négatifs du climat et de l’eau.

« Nous constatons que la vitesse d’érosion dans des blocs de calcaire micritique à grains fins est deux fois plus importante que la vitesse moyenne d’érosion de blocs de calcaire à gros grains sur le même site », notent les auteurs, dans le résumé de l’article.

On peut clairement voir des fissures dans la pierre tout le long du mur Occidental, a déclaré Emmanuel, cela partant de la zone principale pour aller jusqu’à l’Arche de Robinson. Pour le chercheur, ce qui est tout particulièrement intéressant dans le cas de la pierre tombée lundi, c’est qu’elle semble appartenir à une forme de roche calcaire à grands cristaux.

« J’ai regardé les images de la pierre qui est tombée l’autre jour, et, assez ironiquement, elle semble appartenir au type de pierres [plus larges] – les roches qui sembleraient a priori être plus résistantes », a déclaré Emmanuel. Il a ajouté qu’il « ne s’agissait pas d’un phénomène dû à un facteur unique », mais qu’une grande variété d’éléments avait un rôle dans l’érosion de la pierre.

Une image au microscope du calcaire de Jérusalem constitué de cristaux minuscules (Crédit : Dr. Simon Emmanuel/Université hébraïque)

Plusieurs explications possibles pourraient alors justifier la chute de cette pierre en particulier. On peut, tout d’abord, invoquer l’eau qui filtre à travers le sol derrière le mur. Une deuxième explication serait peut-être à chercher dans le développement de la végétation et de racines à l’intérieur même du mur. « Cela complique vraiment toute tentative visant à fournir des explications simples », a déclaré Emmanuel.

Emmanuel et l’archéologue Mazar avancent tous les deux une troisième explication : il y a des centaines d’années, pendant la période byzantine, une ligne horizontale d’environ 30 centimètres de profondeur a été creusée dans le mur. « La ligne aurait fragilisé la stabilité du mur en rendant la roche plus propice aux chutes », a déclaré Emmanuel.

Le bloc de pierre qui s’est détaché du mur d’Hérode était profond d’environ 30 centimètres, a remarqué Mazar.

« Cela a surement participé de la chute de la pierre », a expliqué Mazar, qui a édité et compilé les travaux archéologiques des premières fouilles effectuées au mur Occidental, dans le sillage de la Guerre des Six Jours. Ces premières fouilles archéologiques avaient été dirigées par son grand-père, le Professeur Benjamin Mazar. « Toute cette rangée du mur devrait être surveillée très attentivement », a-t-elle déclaré.

L’archéologue Eilat Mazar lors d’une réception à l’hôtel King David de Jérusalem le 10 juin 2018 (Autorisation)

Mazar a proposé une quatrième explication : les rénovations et les projets de fouilles sur le mont du Temple pourraient avoir eu un effet sur le mur.

« Nous devons comprendre ce qui se passe de l’autre côté » du mur, a-t-elle déclaré. Si l’utilisation de tracteurs, de camions et des machines lourdes y est interdite, « chaque fois qu’ils utilisent un outil industriel – même pour percer un trou – cela a un impact sur le mur en dessous », a déclaré Mazar.

Dans l’ensemble, l’édifice d’Hérode est massif et relativement stable, a-t-elle poursuivi. Pourtant, certaines sections doivent être contrôlées et protégées encore plus attentivement, comme par dans le coin Sud-Est du mur, situé dans le Parc Archéologique de Davidson.

« Tout doit continuer comme à la normale », a expliqué Mazar. Il faut cependant une surveillance continue pour tous les endroits le long du mur où se trouve le public – pas seulement les lieux réservés à la prière.

Une partie du mur Occidental montre des pierres hautement érodées aux côtés d’autres bien préservées (Crédit : Dr. Simon Emmanuel/Université hébraïque)

Pour Emmanuel, il est aussi nécessaire de mettre en place de nouveaux systèmes de surveillance et de procéder à une étude de l’état de la pierre elle-même. Ses données proviennent des scans lidar, très précis selon lui, mais qui coûtent très chers et demandent beaucoup de temps.

Selon Emmanuel, l’IAA avait prévu de scanner les parties Sud et Est des murs du mont du Temple, mais elle n’a pas été réalisée cette opération. Dans la même manière, la zone du mur Occidental où la pierre est tombée n’a pas été scannée.

« C’est une véritable perte du point de vue scientifique, a déclaré Emmanuel. Si j’avais pu choisir quelle partie du mur scanner, j’aurais scanné là-bas. [Le site de l’Arche de Robinson] est moins affecté par le public et il y a moins d’effets négatifs dus à l’homme. Les roches sont mieux préservées », a-t-il déclaré.

La scientifique a proposé d’utiliser des caméras à haute résolution, non intrusives et relativement peu coûteuses, et des algorithmes pour analyser, en temps réel, les données virtuelles et pour percevoir le moindre mouvement.

« Si vous regardez les images, il y a un petit mouvement avant la chute. S’il y avait eu un système d’alarme adapté, il aurait pu détecter le mouvement à temps », a-t-il dit.

Le laboratoire d’Emmanuel cherche à mettre au point des méthodes et des technologies pour conserver ces vieux blocs de pierre. Les technologies sont encore en phase de développment – et les autorités israéliennes apparaissent réticentes à les tester sur un site aussi sensible – ce qui explique pourquoi cette piste n’a toujours pas été explorée au mur Occidental.

« Les responsables du mur Occidental ont peur de changer les choses – à raison. Cela pourrait bien créer plus de dégâts que d’en empêcher », a-t-il expliqué. On peut dire pareil en ce qui concerne l’idée d’arracher la végétation – en particulier, les câpriers – qui pousse librement sur le mur.

« Personne ne sait vraiment comment aborder le problème. Arracher les câpriers pourrait améliorer la situation, mais cela pourrait tout aussi bien causer encore plus de dégâts », a-t-il dit. Pour Emmanuel, on n’a pas fait assez de recherche sur l’impact que pourrait avoir l’arrachage de la végétation dans ce genre de situation. Sans étude plus approfondie du mur de manière globale, il n’a pas de recommendations particulières à donner actuellement.

Daniella Goldberg à côté de l’endroit où une grosse pierre s’est détachée au mur Occidental, dans la Vieille ville de Jérusalem, dans la section de prière mixte, le 23 juillet 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

De son côté, l’IAA a déclaré mardi au Times of Israël qu’il n’était pas urgent de vouloir trouver des solutions miracles.

« L’étude va prendre du temps, a déclaré le porte-parole de l’IAA. Ce n’est pas le genre de choses que l’on fait sans réfléchir ».

Pas d’urgence avec ce mur monumental, ont souligné Emmanuel et Mazar.

« Le mur a tenu pendant 2 000 ans. Pour un ingénieur, c’est ce que l’on peut qualifier de projet plutôt réussi », a conclu Emmanuel.

Une vue de l’endroit d’où un gros bloc de pierre s’est détaché du mur Occidental dans la section de prière mixte, à Jérusalem, le 23 juillet 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’équipe du Times of Israël a contribué à l’article.

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