Netanyahu accuse Mandelblit d’ignorer les menaces à son encontre
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Netanyahu accuse Mandelblit d’ignorer les menaces à son encontre

Pour le Premier ministre, Mandelblit ignore les menaces faites contre lui et sa famille ; le procureur-général répond que 29 enquêtes ont été ouvertes dans ce contexte

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, (à gauche), s'entretient avec le secrétaire du cabinet de l'époque, Avichai Mandelblit, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 21 septembre 2014. (AP Photo/Menahem Kahana, Pool)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, (à gauche), s'entretient avec le secrétaire du cabinet de l'époque, Avichai Mandelblit, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 21 septembre 2014. (AP Photo/Menahem Kahana, Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a accusé mardi le procureur-général Avichai Mandelblit d’ignorer « de manière scandaleuse » les menaces proférées à son encontre et à l’encontre de sa famille, affirmant que lui et ses proches se trouvaient en danger en résultat de cette inaction.

Dans un courrier envoyé à Mandelblit et rendu public par la chaîne Telegram du chef du gouvernement, Netanyahu a écrit : « Zéro action de votre part face aux appels à m’assassiner et à assassiner ma famille, face aux menaces de viol à l’encontre de mon épouse, voilà qui équivaut de manière scandaleuse à autoriser à ce que notre sang coule. »

Dans un contexte de mouvements de protestation croissants contre sa présence à la tête du gouvernement, le Premier ministre a affirmé de manière répétée que le procureur-général n’en faisait pas suffisamment pour s’attaquer aux menaces proférées contre lui.

En réponse, Mandelblit a déclaré au Premier ministre que « votre affirmation selon laquelle nous ignorerions les plaintes concernant votre situation ou celle des membres de votre famille est infondée ».

Mandelblit a noté que ces derniers mois, 29 enquêtes avaient été ouvertes suite à ces menaces et que dix plaintes supplémentaires pour de potentielles incitations à la violence étaient en cours d’examen. Il a ajouté qu’il avait récemment discuté de la sécurité du Premier ministre avec les chefs de la police et du service de sécurité du Shin Bet, pour garantir que les menaces seraient traitées de manière appropriée, et qu’il avait eu la satisfaction de constater que cela était effectivement le cas.

Il a ajouté que les deux parties devaient « adoucir leurs propos et les discours de haine », déclarant que « les dirigeants publics ont un rôle central et une responsabilité à assumer dans l’apaisement des esprits ». Le cas échéant, a-t-il poursuivi, les conséquences pourraient être « graves » et « impardonnables ».

Netanyahu a fustigé une récente augmentation du nombre de menaces proférées à son encontre sur les réseaux sociaux – il s’est avéré que certaines parmi elles avaient été postées par de faux comptes sur Facebook. Ses plaintes ont coïncidé avec des manifestations lors desquelles les participants ont dénoncé l’inculpation du Premier ministre pour des faits de corruption et sa gestion de la pandémie de coronavirus. Des menaces et des violences qui ont pris pour cible des protestataires anti-Netanyahu ont également été constatées. Le Premier ministre n’en a condamné que certaines d’entre elles.

Netanyahu et ses alliés ont aussi fréquemment mis en cause Mandelblit – désigné procureur-général par le Premier ministre – en raison des mises en examen du chef de gouvernement dans une série de dossiers de corruption. La Treizième chaîne a annoncé mardi que, dans ce contexte d’amertume croissante, les deux hommes ne s’étaient pas rencontrés depuis le mois de mars.

Dans son courrier de mardi, le Premier ministre a dénoncé des propos obscènes et des messages sexuellement explicites s’adressant à son fils Yair et à son épouse Sara. Netanyahu a aussi mis en avant un tweet dans lequel un utilisateur non-identifié menaçait son épouse de viol. Netanyahu a affirmé que, dans les deux cas, Mandelblit avait refusé d’ouvrir immédiatement une enquête.

L’auteur du tweet a été interrogé mardi par la police, ont fait savoir les responsables, après que la police a été informée de la publication ces derniers jours. Cette dernière datait du mois de mars 2019.

Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de la résidence officielle du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 8 août 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le Premier ministre a écrit que « toute femme, indépendamment de son statut et de son rôle, doit être protégée. Elle est en droit de voir les instances judiciaires qui sont placées sous votre autorité poursuivre ceux qui se sont prêtés à une violence marquée d’une telle haine ».

Le chef de l’opposition à la Knesset, Yair Lapid, a critiqué la missive de Netanyahu, évoquant une « attaque préméditée » contre Mandelblit dont l’objectif est de « détourner le débat public du fait que Netanyahu a misérablement échoué à gérer l’économie au beau milieu de la pandémie ».

Lapid a salué les participants aux rassemblements qui sont régulièrement organisés aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, mais aussi dans tout le pays, et affirmé que ceux qui proféraient des menaces à son encontre étaient « des marginaux » qui avaient « tort ».

Moshe Yaalon, qui appartient à la faction du numéro un de l’opposition, a accusé Netanyahu de se livrer à des « incitations à la violence » contre Mandelblit.

« Votre stratagème est transparent : vous savez que c’est le Shin Bet qui est responsable de votre sécurité et que s’il y a le soupçon, même le plus léger, que vous puissiez être menacé, toutes les mesures nécessaires seront prises. Personne n’est plus protégé que vous en Israël », a tweeté Yaalon.

Yaalon, ancien ministre de la Défense du Likud, a demandé à Netanyahu de « laisser en paix le procureur-général et d’arrêter la victimisation », tout en l’appelant à démissionner en raison de son procès pour corruption.

La lettre de Netanyahu a fait écho à des propos tenus par le président de la Knesset, Yair Levin – un proche allié du Premier ministre – qui avait déclaré, la semaine dernière, qu’il y avait une « absence de réponse » de la part du procureur-général face aux menaces de mort présumées contre le Premier ministre.

Le procureur général Avichai Mandelblit s’exprime lors d’une manifestation à l’université Bar-Ilan, le 4 mars 2020. (FLASH90)

« Nous avons constaté la manière dont les manifestations sont exploitées pour exprimer le mépris des symboles de l’Etat, et elles sont aussi le théâtre de graves menaces d’assassinat, avec des incitations à la violence sans précédent à l’encontre du Premier ministre et de sa famille. Toutefois, nous constatons aussi l’absence de réponse réelle de la part du système judiciaire et de la part également du procureur-général », avait écrit Levin dans un post publié sur Facebook. « Les autorités à la tête du système judiciaire israélien auraient dû réagir de la même manière qu’a pu le faire la police sur le terrain, ces policiers qui sont les seuls à assurer une défense face à de violents mouvements de protestation. »

Le ministre de la Sécurité intérieure, Amir Ohana, avait également dit à plusieurs occasions que les rassemblements organisés dans tout le pays pour dénoncer la corruption et la prise en charge gouvernementale de la pandémie de coronavirus entraient dans le cadre d’une campagne « d’incitations à la violence » contre Netanyahu – une campagne qui, selon lui, était pire que celle qui avait mené à l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995.

Ohana, membre du Likud et allié de Netanyahu qui s’est lui-même opposé de manière répétée à Mandelblit lorsqu’il occupait le siège de ministre de la Justice, avait également envoyé une lettre au procureur-général en l’accusant de détourner le regard face aux menaces pesant sur le Premier ministre.

Dans une réponse cinglante, Mandelblit avait déclaré que la missive d’Ohana était « bourrée d’affirmations infondées et mensongères prenant pour cible le système judiciaire ».

Mandelblit avait précisé qu’il n’y avait pas, à ses yeux, de menaces spécifiques et crédibles justifiant l’ouverture d’une enquête. Il avait ajouté que, lorsque des menaces avaient paru être plausibles, des investigations avaient eu lieu, et il avait affirmé « ne pas prendre à la légère la gravité des menaces d’incitation à la violence ».

Il avait expliqué que les décisions prises par son bureau l’étaient « exclusivement sur une base professionnelle et pragmatique, jamais à partir de considérations inopportunes ou personnelles ». Il avait fait remarquer que des enquêtes criminelles avaient été menées dans trois plaintes de menaces proférées à l’encontre de Netanyahu, et qu’une inculpation avait eu lieu dans le cadre de l’une d’elles.

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