Netanyahu prend ses distances avec une vidéo « stupide » du Likud
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Netanyahu prend ses distances avec une vidéo « stupide » du Likud

Le Premier ministre a dit qu'il n'était pas au courant de la vidéo se moquant de l'apparence du journaliste et vétéran de guerre blessé Amnon Abramovitch

Amnon Abramovitch lors d'un meeting de l'organisation Peace now le 24 juillet 2015.  (Tomer Neuberg/Flash90)
Amnon Abramovitch lors d'un meeting de l'organisation Peace now le 24 juillet 2015. (Tomer Neuberg/Flash90)

Samedi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a pris ses distances avec une vidéo diffusée sur Internet par la chaîne Facebook de son parti, qui se moquait de l’apparence physique d’un important journaliste blessé pendant la guerre de Yom Kippour.

Dans la vidéo diffusée jeudi, Eliraz Sadeh, présentateur de Likud TV, interviewait un acteur dont le visage était grimé pour ressembler à Amnon Abramovitch.

Abramovitch, une cible fréquente des critiques de Netanyahu et de certains soutiens du Likud pour ses reportages sur plusieurs soupçons de corruption entourant le Premier ministre, avait été gravement brûlé lorsque son tank avait été touché dans la guerre de 1973 autour du Canal de Suez.

Interrogé par l’acteur lui demandant à quoi il ressemblait, Sadeh a répondu, « vous avez l’air d’un missile, comme toujours », utilisant un mot d’argot hébreu pour désigner quelqu’un de beau.

La vidéo a ensuite été retirée de la page Facebook de Netanyahu, mais elle était encore disponible sur celle du Likud samedi soir.

Le programme de la chaîne Likud TV se moque de l’apparence physique du journaliste Amnon Abramovitch qui a été blessé pendant la guerre de Yom Kippour en 1973, le 22 mars 2019. A gauche, un acteur déguisé en Abramovitch, à droite, le présentateur de Likud Tv Elizar Sadeh (Copie d’écran)

Dans un – très rare – entretien accordé à la Douzième chaîne, Netanyahu a dit qu’il n’avait pas connaissance de la vidéo au départ et a ordonné qu’elle soit immédiatement retirée en apprenant son existence, mais il ne s’est pas directement excusé.

« Parfois, [les gens] font des choses stupides dans les campagnes. [Ils] ont fait une chose stupide et en sont désolés », a-t-il déclaré.

Interrogé pour savoir pourquoi la vidéo était restée sur sa page Facebook, Netanyahu a dit qu’il « était occupé par son travail » et qu’il l’avait faite retirer dès qu’il en avait entendu parler.

Avec cette vidéo, il s’agissait de la deuxième affaire embarrassante pour le Premier ministre concernant les programmes internet de Likud TV, lancée le mois dernier et qui semble s’inspirer de la chaîne Real News Update du président américain Donald Trump.

Fin février, Likud TV a, par exemple, diffusé un programme où le présentateur se tenait devant la photo d’un cimetière militaire et affirmait qu’une victoire du rival Benny Gantz entraînerait des centaines de morts.

Après un tollé général, Netanyahu avait donné l’ordre de retirer le programme, et les personnes responsables avaient été suspendues de leurs fonctions.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est interviewé par la Douzième chaîne d’information israélienne dans son studio le 23 mars 2019 (Capture d’écran : Douzième chaîne).

Samedi soir, le Premier ministre a accusé les médias « d’hypocrisie à sens unique », évoquant un programme satirique sur la mort de son frère, décédé lors du raid d’Entebbe en 1976, et d’autres programmes se moquant de l’apparence de sa femme, dont un programme où elle est comparée à une cochonne.

« Une cochonne, une cochonne, une cochonne », a répété Netanyahu.

« Ce que vous faites chaque soir ici, c’est de la satire », a-t-il ajouté, accusant la chaîne d’information de faire « couler mon sang ».

Accuser les médias d’être partisan à son égard constitue l’une des stratégies principales de la campagne de ré-élection de Netanyahu. Le Premier ministre accuse les journalistes d’en faire trop sur les affaires de corruption pour le forcer à quitter son poste.

Abramovitch, un journaliste et commentateur important de la vie politique, a réalisé plusieurs enquêtes sur les affaires qui touchent Netanyahu.

Autrefois conducteur de tank dans l’armée, il a reçu une décoration militaire pour bravoure lors de la guerre de Yom Kippour. Le bataillon d’Abramovitch était l’un des premiers à arriver dans la région de Suez peu après le début de la guerre. Il a été touché lors du quatrième jour des hostilités.

Selon des interviews accordées par des camarades soldats au site d’information Ynet en 2016, Abramovitch avait conduit son tank en flammes vers une zone protégée alors qu’il cherchait à sauver la vie de ses camarades, sans s’être rendu compte que le commandant du tank avec deux autres soldats avaient été éjectés du véhicule par la force de l’explosion. Il a subi de nombreuses opérations pour soigner les blessures infligées par l’incident. Son visa porte encore des cicatrices de la bataille.

L’année dernière, des fuites de conversations entre Netanyahu et Arnon Mozes, le propriétaire d’Yedioth Ahronoth, ont révélé que le Premier ministre s’était plaint qu’Abramovitch « me tue chaque jour » avec ses articles critiques.

Les conversations enregistrées sont des éléments de base de l’Affaire
2 000, dans laquelle Netanyahu aurait conspiré avec Mozes pour entraver financièrement (y compris avec une loi à la Knesset) le quotidien Israel Hayom, financé par Sheldon Adelson – le journal le plus lu en Israël – en échange d’une couverture favorable par Yedioth et son site internet Ynet.

En janvier, le Likud avait revendiqué une campagne restée auparavant anonyme contre un certain nombre de journalistes auteur d’articles sur les enquêtes criminelles impliquant Netananyahu, dont Abramovitch. La pancarte, qui avait été affichée au carrefour Glilot sur la Route 5 non loin de Tel Aviv, présentait les visages des journalistes Abramovitch et Guy Peleg de la Douzième chaîne, Raviv Drucker de le Treizième chaîne et Ben Caspit du quotidien Maariv. Au-dessus de leur photo on pouvait lire : « Il ne décideront pas » – une référence aux résultats des élections du 9 avril.

Capture d’écran d’une vidéo sur le compte Facebook « Il ne décideront pas » montrant les journalistes Raviv Drucker, Guy Peleg, Amnon Abramovitch et Ben Caspit . (Capture d’écran Facebook)

En octobre dernier, Yair, le fils de Netanyahu avait traité Abramovitch de « poubelle » et « d’agent de la propagande soviétique ».

Samedi, Netanyahu a dit que son fils « était une personne, et je suis ma propre personne ».

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