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Netanyahu reconnaît pour la première fois le génocide arménien

Longtemps adepte de la non-reconnaissance officielle du massacre des chrétiens par les Ottomans, Israël, en la personne de son Premier ministre, a infléchi sa position, sur fond de détérioration de ses relations avec la Turquie

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) s'exprime au micro du podcasteur Patrick Bet-David à propos du génocide arménien, le 27 août 2025 (Capture d'écran/X)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) s'exprime au micro du podcasteur Patrick Bet-David à propos du génocide arménien, le 27 août 2025 (Capture d'écran/X)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré mardi, pour la toute première fois, qu’il reconnaissait le génocide perpétré par l’Empire ottoman contre les Arméniens, les Assyriens et les Grecs au début du XXe siècle.

Interrogé par Patrick Bet-David, dans le cadre de son podcast, sur les raisons pour lesquelles Israël ne reconnaissait pas le génocide arménien, Netanyahu a répondu : « Je pense que nous l’avons fait. Je crois que la Knesset a adopté une résolution à cet effet », bien qu’aucune loi de ce type n’ait été adoptée.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles aucun Premier ministre israélien n’avait jusqu’à présent reconnu le génocide, Netanyahu a répondu : « Eh bien voilà, je viens de le faire. »

Bet-David est issu d’une famille chrétienne assyrienne d’Iran.

Les Arméniens tentent depuis longtemps d’obtenir la reconnaissance du caractère génocidaire des massacres perpétrés par l’Empire ottoman, qui auraient fait près d’1,5 million de morts.

La Turquie – qui a succédé à l’Empire ottoman – rejette catégoriquement le fait que les massacres, emprisonnements et déportations forcées des Arméniens soient des éléments constitutifs d’un génocide.

Le 20 avril 1965, l’Uruguay a, le premier, recconnu le génocide arménien.

Mais la grande majorité de la communauté internationale refuse de qualifier officiellement de génocide les événements survenus entre 1915 et 1923, au cours desquels les forces ottomanes ont massacré des citoyens arméniens dans un acte de nettoyage ethnique systématique et dûment planifié, de peur de froisser la Turquie, qui dispose de la deuxième plus importante armée permanente de l’OTAN et qui est une puissance musulmane puissante et relativement pro-occidentale en Méditerranée et au Moyen-Orient.

À ce jour, 34 pays seulement ont reconnu le génocide.

Israël, qui voyait en Ankara un partenaire clé en matière de commerce et parfois de sécurité, ne s’était pas démarqué de la majorité. Mais la guerre en cours à Gaza a, de nouveau, considérablement détérioré les relations diplomatiques entre Israël et la Turquie.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan soutient ouvertement le Hamas, en plus d’être l’un des principaux critiques d’Israël au sein de la communauté internationale. Son pays s’est par ailleurs, et à plusieurs reprises, réjoui du pogrom commis le 7 octobre 2023 par cette organisation terroriste palestinienne soutenue par l’Iran, lorsque des milliers de terroristes venus de la bande de Gaza se sont introduits dans le sud d’Israël pour y tuer 1 200 personnes et faire 251 otages, ce qui a déclenché le conflit actuel.

Des soldats russes photographiés dans le village arménien de Sheykhalan (également orthographié Sheyxalan) lors du génocide arménien de 1915. Cette photographie est l’une des 62 clichés découverts dans un album intitulé « Album des réfugiés » publié à Tbilissi en 1917. (Domaine public/Gouvernement des États-Unis)

D’aucuns estiment que c’est l’unicité de la Shoah qui empêche Israël de reconnaître le génocide arménien, de crainte que le massacre industriel d’un tiers des Juifs du monde ne soit relégué dans la longue liste des génocides commis tout au long de l’histoire.

Mais la plupart pointent du doigt la relation tissée entre Israël et Ankara, puissance régionale, ainsi que l’impératif moral surgi des camps de la mort – le « Plus jamais ça » – en vertu duquel les Juifs et l’État juif sont supposés s’assurer de ne plus jamais être victimes de massacre, quitte à nouer des alliances pragmatiques avec des partenaires peu recommandables.

Mais d’autre part, nombre d’Israéliens estiment que la Shoah impose à Israël l’obligation de montrer l’exemple et de reconnaitre des événements similaires : c’est une acception du « Plus jamais ça » radicalement opposée. D’ailleurs, de nombreuses organisations juives de tout premier plan, à commencer par l’Anti-Defamation League et l’Union pour le judaïsme réformé, reconnaissent le génocide arménien.

Mais jusque là, les dirigeants israéliens campaient résolument sur leurs positions.

En 2001, alors que les relations avec la Turquie étaient au beau fixe, le ministre des Affaires étrangères d’alors, Shimon Peres, avait catégoriquement nié les « allégations arméniennes », présentées comme une tentative d’établir un parallèle avec la Shoah.

« Il n’y a rien eu de semblable à la Shoah. Ce que les Arméniens ont vécu est une tragédie, mais ce n’est pas un génocide », avait-il déclaré.

Pourtant, d’éminents politiciens ont tenté d’infléchir la politique israélienne.

Des membres de la communauté arménienne défilent avec des drapeaux et des torches le 23 avril 2015, dans la Vieille Ville de Jérusalem, à la veille du 100e anniversaire des massacres de masse des Arméniens sous l’Empire ottoman en 1915. (AFP/Gali Tibbon)

En 2000, le ministre de l’Éducation de l’époque, Yossi Sarid, membre du parti de gauche Meretz, avait annoncé son intention d’inscrire le génocide arménien au programme des cours d’histoire israéliens.

« Le génocide est un crime contre l’humanité et il n’y a rien de plus horrible et de plus odieux que le génocide. L’un des objectifs de l’enseignement que nous donnons – en fait notre objectif premier – est de sensibiliser au mal infligé à des innocents sur la seule base de la nationalité », avait-il déclaré à l’occasion du 85e anniversaire du massacre. « Nous, Juifs, principales victimes de la haine meurtrière, sommes doublement obligés d’être sensibles et de nous identifier aux autres victimes. »

Une dizaine d’années plus tard, en juin 2011, c’est le député Arye Eldad, membre du parti d’extrême droite Union nationale, qui déposait une proposition de loi visant à faire du 24 avril la Journée de commémoration du génocide arménien. Quelques semaines plus tôt, la Knesset avait tenu sa première discussion sur la reconnaissance du génocide. Une majorité semblait soutenir la reconnaissance, mais la question n’avait jamais été soumise aux voix.

L’ancien président d’Israël, Reuven Rivlin, a lui aussi été un ardent défenseur de la reconnaissance du génocide arménien. « Il est impensable pour la Knesset d’ignorer cette tragédie », avait déclaré Rivlin, alors chef du parti du Likud à la Knesset, quelque temps avant d’accéder à la magistrature suprême.

« Nous exigeons que les gens ne nient pas la Shoah ; nous ne pouvons pas ignorer la tragédie vécue par une autre nation. »

Le président Reuven Rivlin s’adresse à un groupe d’ambassadeurs de l’ONU à New York, le 29 juin 2021. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Mais une fois président, ses priorités avaient radicalement changé.

Lors d’un discours à l’ONU, en 2015, Rivlin avait longuement parlé du massacre des Arméniens perpétré un siècle auparavant. Avant de prudemment faire en sorte de ne pas prononcer le mot reconnaissance. En hébreu, Rivlin avait évoqué la retzah bnei ha’am ha’armeni, ce qui signifie « le meurtre des membres de la nation arménienne », une allusion au mot hébreu pour parler de génocide, retzah am, mais sans utiliser le terme.

À la présidence, il avait par ailleurs décidé de ne pas apposer sa signature sur la pétition demandant à Israël, comme chaque année, de reconnaître le génocide.

Et en 2018, un vote de la Knesset sur la reconnaissance du génocide avait été annulé, faute de soutien de la coalition.

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