Netanyahu serait prêt à dessiner les limites des implantations
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Netanyahu serait prêt à dessiner les limites des implantations

Federica Mogherini se dit « très satisfaite » de la volonté du Premier ministre d’aborder les limites territoriales

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la chef de la politique étrangère de l'Union européenne, Federica Mogherini, à Jérusalem, le 20 mai 2015 (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la chef de la politique étrangère de l'Union européenne, Federica Mogherini, à Jérusalem, le 20 mai 2015 (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré la semaine dernière au chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, qu’Israël est prêt à reprendre les négociations avec les Palestiniens et à définir des limites des grands blocs d’implantations en Cisjordanie, a révélé le journal Haaretz mardi, citant une source qui souhaite rester anonyme.

S’écartant de sa position de longue date, Netanyahu a montré sa volonté de parvenir à un accord avec les Palestiniens qui impliqueraient des concessions territoriales israéliennes en Cisjordanie, affirme l’article.

Cette entente inclurait l’annexion de grands blocs d’implantations de Cisjordanie à Israël.

La source a souligné que Netanyahu cherchait des limites claires pour permettre à Israël de poursuivre la construction dans les grands blocs d’implantations sans encourir la colère de la communauté internationale.

Cependant, une deuxième source citée par Haaretz a estimé que ce qui semblait être une volte-face de Netanyahu – le premier ministre a déjà hésité à discuter des contours d’un futur Etat palestinien – ne constituait qu’une tentative de se montrer favorable au processus de paix afin de faire baisser la pression internationale.

La réunion entre Netanyahu et Mogherini s’est déroulée à huis clos. Le conseiller en Sécurité nationale, Yossi Cohen, et le conseiller de Netanyahu, Yitzhak Molcho, ont participé à la réunion tandis que l’envoyé auprès de l’UE d’Israël, David Waltzer, et d’autres représentants du ministère des Affaires étrangères ont été laissés de côté.

Mogherini était en Israël la semaine dernière pour une visite de deux jours visant à relancer les pourparlers de paix – comportant des réunions avec Netanyahu, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et d’autres hauts responsables en Israël et en Cisjordanie.

Mogherini s’est déclaré « très satisfaite » de sa rencontre avec Netanyahu et l’a définie comme un succès, indique Haaretz, citant des sources anonymes liées aux pourparlers. Pourtant, Mogherini aurait trouvé difficile de décider si les propos de Netanyahu étaient sincères ou ont été tout simplement conçus pour apaiser les responsables de l’UE.

« Je suis aussi intéressée de voir des mesures sur le terrain qui prouveront vos déclarations et montreront votre engagement à une solution à deux Etats pour les deux peuples », aurait déclaré la responsable de l’UE, selon la source dont les propos ont été repris par l’article.

En réponse, Netanyahu aurait dit : « Il est clair qu’il y a des zones qui resteront sous contrôle israélien en vertu de tout accord, tout comme il est clair qu’il y a des zones qui resteront sous contrôle palestinien en vertu d’un accord. »

Le Premier ministre aurait poursuivi en affirmant qu’il devrait y avoir des ententes qui permettront à Israël de construire dans les zones qui resteront sous son contrôle en vertu d’un accord futur avec les Palestiniens.

Dans un contexte où la pression internationale augmente et les mesures économiques européennes visant les implantations de Cisjordanie représentent un risque réel, l’objectif principal de Netanyahu, lors de la réunion, a été de montrer la volonté, le désir et l’enthousiasme pour le processus de paix, a affirmé un autre haut responsable israélien.

Le responsable a indiqué qu’étant donné l’impasse dans lequel se trouve le processus de paix, Netanyahu est préoccupé par un projet de loi qui verrait Bruxelles imposer des sanctions sur les implantations, ainsi que par une initiative française pour imposer une résolution au conflit par le biais d’une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies.

Ces remarques sont clairement une rupture avec les propos pré-électoraux de Netanyahu désavouant la possibilité d’établir un Etat palestinien pendant son mandat. Cette déclaration a été considérée comme une tentative de rallier les électeurs de droite de sa base électorale.

Ces observations ont été fortement dénoncées par les fonctionnaires de l’UE ainsi que par le président américain Barack Obama – et ses adversaires politiques nationaux – et étayent le scepticisme de Netanyahu de s’engager dans une solution à deux Etats. Plus tard, il est revenu sur cette déclaration, en affirmant, deux jours après l’élection, qu’il soutenait une solution pacifique durable, à deux Etats.

Après Israël, Mogherini a poursuivi son voyage et s’est rendue au Qatar pour avoir le soutien de l’Etat du golfe dans un processus de paix régional avec Israël – qui devrait être mis en place parallèlement au processus avec les Palestiniens.

« Je crois, nous croyons qu’un engagement du CCG [Conseil de coopération du Golfe], en particulier dans la révision de l’Initiative de paix arabe, pourrait être cruciale pour offrir un nouveau cadre régional, un nouveau cadre international, et relancer le processus de paix et l’espoir de l’amener vers un résultat concret. Inshallah », a-t-elle déclaré dimanche à Doha.

En réponse à la volonté déclarée de Netanyahu de délimiter les frontières des blocs d’implantations en Cisjordanie, le ministre de l’Agriculture Uri Ariel, du parti Habayit HaYehudi, a déclaré que cette proposition, si elle a été réellement faite, définit un « dangereux précédent » qui va à l’encontre de son objectif et la direction qu’il a indiqué.

« Je m’attends à ce que tous les membres de la coalition dirigés par le Premier ministre s’en tiennent ces lignes fondamentales », a expliqué Ariel, un partisan de l’annexion de la Cisjordanie, mardi.

Mais le ministre de la Sécurité publique nouvellement intronisé, Gilad Erdan, a soutenu la position de Netanyahu, en précisant que ces négociations seraient conditionnées par l’action diplomatique unilatérale palestinienne contre Israël.

« Si il n’y aura jamais un véritable partenaire pour la paix du côté palestinien qui sera prêt à mettre fin au conflit, alors il y aura des concessions territoriales [de notre part] – que nous allons essayer de rendre aussi petite que possible », a déclaré Erdan sur les ondes d’Israel Radio mardi.

« Le Premier ministre dit que nous sommes prêts à nous asseoir à la table [des négociations]. Les Palestiniens proposent leurs revendications territoriales. Nous avons aussi nos demandes, nos revendications et nos droits relatifs à la terre d’Israël », a-t-il poursuivi.

« Mais d’abord, attendons de les voir à la table [des négociations]. Voyons Mogherini tenter d’empêcher Abbas de poursuivre une action unilatérale contre l’Etat d’Israël ; attendons [de la voir] l’amener à la table des négociations », conclut-il.

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