Netanyahu: Un confinement inévitable, pas mis en place contre les manifestations
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Netanyahu: Un confinement inévitable, pas mis en place contre les manifestations

Le Premier ministre a fustigé les critiques "populistes" concernant l'épidémie : "Cela suffit. Nous sommes dans une autre réalité"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un discours télévisé dans sa résidence officielle de Jérusalem, le 17 septembre 2020. (Capture d'écran :YouTube)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un discours télévisé dans sa résidence officielle de Jérusalem, le 17 septembre 2020. (Capture d'écran :YouTube)

Fermeture de synagogues, restrictions sur les manifestations et réduction des commerces ouverts : le gouvernement israélien a annoncé jeudi un durcissement du reconfinement pour freiner le plus haut taux au monde de contamination au COVID-19.

Après des heures de discussions dans la nuit, le gouvernement d’union mené par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a dévoilé jeudi matin de nouvelles mesures pour renforcer le reconfinement en vigueur depuis près d’une semaine en raison d’une hausse continue du nombre de personnes contaminées par le nouveau coronavirus.

À partir de vendredi à 14h (11h GMT), les synagogues seront fermées, sauf pour Yom Kippour, célébré dimanche soir et lundi, seuls les secteurs de travail jugés « essentiels » pourront continuer à exercer et les manifestations et les prières en extérieur seront limitées à 20 personnes et à moins d’un kilomètre du domicile.

Ces mesures ont été adoptées en première lecture jeudi soir par le Parlement israélien (Knesset). Les autorités pourraient également se prononcer sous peu sur la fermeture de l’aéroport international Ben Gurion de Tel Aviv, des médias évoquant une possible interdiction de partir à l’étranger mais pas de rentrer au pays, ce qui pourrait causer des maux de tête aux transporteurs aériens.

« Sauver des vies est notre priorité, nous vivons un moment de crise nationale », a affirmé jeudi soir Netanyahu, dans une conférence de presse retransmise en direct à la télévision, justifiant la décision de renforcement des restrictions.

« L’Etat d’Israël vaincra l’épidémie et nous en sortirons renforcés », a ajouté le Premier ministre israélien, qui n’a pas détaillé toutes les mesures prises par le gouvernement.

Netanyahu a aussi démenti les informations disant qu’il avait encouragé la mise en place du nouveau confinement afin de mettre un terme aux manifestations à son encontre qui sont organisées par les activistes anticorruption, des informations qu’il a qualifiées « d’absurdes ».

Ronni Gamzu lors d’une réunion avec le maire de Jérusalem, Moshe Leon, à l’hôtel de ville de Jérusalem, le 12 août 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Selon un reportage diffusé mercredi par la Treizième chaîne, le responsable de la lutte contre le coronavirus en Israël, Ronni Gamzu, aurait déclaré à huis clos que cette décision de confinement du pays avait pour objectif de mettre un point final aux mouvements de protestation – une initiative qu’il aurait par ailleurs qualifiée de « terrible », basée sur des motivations « répugnantes ».

Au cours de son allocution, le Premier ministre a aussi noté que de nombreux autres pays autres que l’Etat juif faisaient actuellement face à une recrudescence du COVID-19, certains optant pour des restrictions accrues sur les rassemblements et sur les entreprises. Israël n’en reste pas moins le premier pays développé à imposer un deuxième confinement national qui va dorénavant considérablement se durcir.

Netanyahu n’a pas épargné les politiciens « populistes » pour la hausse de la circulation du virus, les accusant d’encourager le public à ne pas adhérer aux directives émises par le ministère de la Santé et disant que l’allègement des restrictions au lendemain du premier confinement avait amené les citoyens à bafouer les directives.  

Il a évoqué plus précisément le leader de l’opposition Yair Lapid, l’accusant de « mettre en danger la vie des Israéliens ».

« La cause de ce confinement n’est pas le Covid-19 mais la gestion ratée, négligente, hystérique et politique de la crise par ce gouvernement et son Premier ministre », avait accusé jeudi soir Lapid, chef de la faction Yesh Atid-Telem.

Le Premier ministre a également pointé la responsabilité de la recrudescence du virus à la députée du Likud Yifat Shasha-Biton qui, en tant que présidente de la commission coronavirus à la Knesset, a rejeté, ces derniers mois, des restrictions décidées par le gouvernement.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une déclaration télévisée depuis son domicile de Rosh Haayin, le 24 septembre 2020. (Capture d’écran : Facebook)

S’exprimant avant Netanyahu, le ministre de la Défense Benny Gantz a également reconnu les échecs du gouvernement à contenir la pandémie.

« La décision de rouvrir l’économie [après le premier confinement] a été trop rapide. La décision de transférer le système de suivi des contacts à l’armée a été trop tardive », a-t-il déclaré dans une déclaration à la télévision faite depuis son domicile.

« Mais tout cela est moins important maintenant. Et ce que nous devons dorénavant faire, c’est passer à l’action », a poursuivi le chef de Kakhol lavan.

Gantz a noté que l’Etat juif se trouvait au cœur de « l’une des crises les plus dures que nous avons pu connaître », rappelant que le pays présentait actuellement l’un des taux d’infection les plus élevé par tête dans un contexte de chômage croissant.

« Nous sommes au beau milieu d’une urgence nationale », a-t-il continué, en faisant une comparaison entre la pandémie et la guerre.

Netanyahu a expliqué que les décès consécutifs au virus, qui sont en augmentation, étaient « un prix terrible » à payer. Il a également mis en garde contre le fait que des recherches de plus en plus nombreuses indiquent que 20 % des personnes qui ont guéri du virus – et notamment les jeunes – souffrent de complications chroniques.

« Réveillez-vous. Cela suffit. Nous sommes dans une nouvelle réalité. Nous devons passer à l’acte et nous devons le faire maintenant », a-t-il asséné.

La police donne une amende à un homme ayant contrevenu aux règles de confinement interdisant de s’éloigner à plus d’un kilomètre de chez soi à un « checkpoint » temporaire de la porte de Jaffa, à Jérusalem pendant le deuxième confinement national, le 24 septembre 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le ministère des Finances a toutefois prévenu que ces mesures étaient désastreuses pour l’économie du pays. Le taux de chômage a déjà bondi ces derniers mois et des partis d’opposition comme des manifestants ont demandé aux autorités une aide ciblée pour aider les secteurs de l’économie les plus touchés.

Netanyahu a aussi déclaré qu’il était « absurde » de dire qu’il avait mis en place un confinement national pour stopper les manifestations organisées à son encontre par des Israéliens qui dénoncent ses mises en examen pour corruption et pour sa gestion de la pandémie, avant de railler longuement le mouvement de protestation.

Netanyahu s’est exprimé au sujet des milliers de personnes qui se sont regroupées pour réclamer son départ, ces derniers mois, aux abords de sa résidence de Jérusalem, disant que ces « manifestations anarchistes et grotesques » l’aidaient finalement politiquement mais que « le public en a assez ».

« Elles nuisent à la confiance publique » dans les mesures émises dans la lutte contre la maladie, a-t-il affirmé. « Ces rassemblements… affichent du mépris à l’égard des autres citoyens » qui doivent respecter les règles de distanciation sociale », a-t-il ajouté.

Il a indiqué que ces manifestations étaient des « incubateurs » pour la maladie et l’anarchie et qu’elles se sont tenus au sein de l’Etat juif « à une échelle qui n’a été vue nulle part ailleurs dans le monde ».

Aucune donnée n’est venue soutenir, jusqu’à présent, l’hypothèse d’infections massives au coronavirus au cours de ces regroupements hebdomadaires. Le virus semble se propager majoritairement dans des espaces clos et non en plein air, et les participants au rassemblement portant habituellement le masque.

Netanyahu a déclaré que « le droit à manifester, comme le droit de prier, le droit à gagner un revenu, le droit au transport sont très importants et ce sont des droits sacrés dans une démocratie. Mais il n’y a pas de droit qui n’ait pas de limites et le droit à la vie est aussi un droit ».

Le député Avi Nissenkorn, chef de la commission des arrangements de la Knesset, à la Knesset, le 11 décembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Peu après la conférence de presse, le ministre de la Justice, Avi Nissenkorn, issu des rangs du parti Kakhol lavan au sein de la coalition, s’en est pris au Premier ministre pour ses propos sur les rassemblements.

« C’est embarrassant de constater que Netanyahu a choisi de continuer ses incitations contre les manifestants, ce soir », a écrit Nissenkorn sur Twitter.

« Tout le monde est donc à blâmer, à l’exception du Premier ministre. Les manifestants de Balfour [la résidence du chef de gouvernement] ne sont pas responsables de la crise et ils seront en mesure d’exercer leur droit démocratique sans restriction après la levée du confinement », a continué Nissenkorn.

Des manifestants contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem, le 12 septembre 2020. (Menahem Kahana/AFP)

Gantz avait évoqué la décision prise par le cabinet de limiter les mouvements de protestation et les prières après d’âpres débats entre ministres.

« Ce n’est pas une lutte contre la prière et les manifestations » mais bien d’un effort visant à sauver des vies, a noté Gantz.

Pendant la conférence de presse, Netanyahu a rejeté les prévisions du ministère des Finances qui a estimé que ce nouveau confinement du pays coûterait cher à l’économie, défendant sa décision de ne pas avoir suivi les recommandations de Gamzu qui avait prôné un confinement plus souple.

« Je respecte les experts mais les citoyens d’Israël n’ont pas élu un bureaucrate », a-t-il indiqué.

Le chef de l’opposition Yair Lapid du parti Yesh Atid écoute le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset de Jérusalem, le 12 août 2020. (Capture d’écran/Knesset TV)

Lapid a également fait une déclaration télévisée, mettant en cause les règles du confinement mais enjoignant néanmoins les Israéliens à les suivre.

« L’Etat d’Israël entre dans un confinement qui n’était pas nécessaire », a-t-il affirmé. « C’est l’échec de Netanyahu. Les choses auraient pu être gérées de manière différente – elles auraient dû être gérées de manière différente. »

Lapid, à la tête de Yesh Atid, a ajouté qu’il n’était pas exact que le monde restait impuissant face à la deuxième vague de coronavirus – comme a pu le suggérer Netanyahu. Il a montré un tableau établi par le Financial Times montrant que le taux d’infection, au sein de l’Etat juif, était bien plus élevé que dans d’autres pays, comme les Etats-Unis et le Brésil – qui sont pourtant deux des nations les plus durement touchées par la pandémie.

« C’est un mensonge de plus pour lequel le gouvernement a perdu la confiance du public », s’est-il exclamé, affirmant que les gouvernements du monde entier, qui s’étaient correctement préparés, avaient été en mesure de conserver des chiffres bas.

Les nouveaux cas confirmés de coronavirus au sein de l’Union européenne, des Etats-Unis, du Brésil, du Royaume-Uni et d’Israël : Moyenne des nouveaux cas par million sur sept jours, le 24 septembre 2020. (Capture d’écran : Financial Times)

Lapid a accusé le gouvernement de ne pas avoir de plan pour maîtriser l’épidémie, ajoutant que les directives de confinement devaient être respectées.

« Nous prierons de manière responsable, nous manifesterons de manière responsable… Nous ne laisserons pas Netanyahu transformer ce qu’il se passe en une guerre entre laïcs et religieux », a-t-il déclaré. « Le gouvernement ne nous protège pas ; protégeons-nous nous-mêmes. »

Lapid a expliqué que le gouvernement avait besoin d’une stratégie permettant d’assouplir le bouclage du pays ; d’un plan financier en direction des auto-entrepreneurs ; d’un système de suivi des contacts qui soit amélioré ; d’un porte-parole pour la réponse au virus et de transférer une grande partie des compétences de gestion du virus aux conseils locaux.

Il a déclaré que les ministres contrevenant aux directives devaient démissionner, y-compris le Premier ministre. Plusieurs ministres du gouvernement actuel – et Netanyahu lui-même – ont été pris en flagrant délit de violation des règles au cours de ces derniers mois.

« Nous devons reconstruire la confiance publique », a affirmé Lapid.

De son côté, le parti de droite radicale Yamina, crédité de la seconde place à de prochaines élections dans de récents sondages, a estimé que les nouvelles mesures étaient « destructrices » pour l’économie et « déraisonnables ». 

Des membres de l’équipe hospitalière de l’unité de coronavirus de l’hôpital Shaare Zedek à Jérusalem, le 23 septembre 2020. (Nati Shohat/Flash90)

Mais le gouvernement a aussi essuyé une pluie de critiques de la part du corps médical pour la gestion des aspects sanitaire de la crise. 

« Lorsque le taux de contamination a diminué (au mois de mai, ndlr) le Premier ministre Netanyahu a dit à la population qu’elle pouvait retourner à ses occupations normales…. Mais une pandémie, c’est comme un marathon, on peut à un certain stade courir différemment, mais on ne peut s’arrêter de courir », a souligné jeudi le Dr. Hagai Levine, pourtant membre de l’équipe chargée de conseiller le gouvernement.

« Les décisions sont prises sur des bases politiques et non sur l’avis des professionnels », a-t-il dénoncé lors d’une discussion en ligne avec des reporters accusant le gouvernement d’une « confusion totale » dans la gestion de la seconde vague de contamination.

Alors qu’il dirige un groupe de professionnels de la santé, M. Levine a appelé le gouvernement à ne pas accorder d’exemptions pour Yom Kippour et à ainsi fermer les synagogues, lieux fermés plus propices à la propagation du virus, pour ce jour traditionnel de rassemblement. 

« Dans trois jours, le plus grand rassemblement au monde aura lieu dans les synagogues d’Israël et cela avec la bénédiction du gouvernement (…) cela envoie le mauvais message », a ajouté M. Levine.

Et ce dernier de « comparer » la situation avec la guerre de Yom Kippour en 1973 au cours de laquelle Israël avait été pris par surprise par des armées arabes. « Cette fois, il n’y a pas de surprise (…) nous nous dirigeons vers une destruction massive », a-t-il dit.

Selon les données de l’AFP, Israël est le pays dans le monde ayant enregistré le plus fort taux de contamination au coronavirus au cours des deux dernières semaines avec à la clé une hausse des cas graves et des hôpitaux débordés au point de ne plus accepter de nouveaux patients.

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