Nucléaire : Téhéran et Moscou disent non à un nouvel accord, Macron pessimiste
Rechercher

Nucléaire : Téhéran et Moscou disent non à un nouvel accord, Macron pessimiste

"Avec cet accord, nous avons fait tomber les accusations et prouvé que les Etats-Unis et Israël mentent à propos de l'Iran depuis des décennies", a déclaré le président iranien

Le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse conjointe avec le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, à Washington, le 24 avril 2018 (Crédit :  / AFP PHOTO / LUDOVIC MARIN)
Le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse conjointe avec le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, à Washington, le 24 avril 2018 (Crédit : / AFP PHOTO / LUDOVIC MARIN)

Téhéran et Moscou ont catégoriquement rejeté tout nouvel accord sur le nucléaire iranien, évoqué par Donald Trump et par Emmanuel Macron qui s’est dit très pessimiste sur les chances de sauver le texte actuel.

Berlin, Londres et l’Union européenne se sont elles montrées réservées mercredi, redisant leur attachement à l’accord de 2015 qui prévoit une levée progressive des sanctions contre l’Iran en échange de la garantie que ce pays ne se dotera pas de l’arme atomique.

Fruit d’âpres négociations entre Téhéran et le groupe 5+1 (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie), l’accord de Vienne est qualifié de « ridicule » par Donald Trump qui menace de dénoncer ce texte signé par son prédécesseur Barack Obama.

Le président Trump, fervent opposant à l’accord signé en juillet 2015, doit annoncer le 12 mai s’il « déchire » ce texte âprement négocié, alors que M. Macron a plaidé pour un « nouvel accord » plus complet.

Le président américain Donald Trump évoque l’accord sur l’Iran à la Maison Blanche, le 13 octobre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Mercredi soir, le président français Emmanuel Macron a affiché son pessimisme concernant l’attitude de M. Trump. « L’analyse rationnelle de la totalité de ses déclarations ne m’incite pas à penser qu’il fera tout pour maintenir » l’accord signé avec l’Iran, a-t-il déclaré à la presse.

La proposition avancée par M. Macron à son homologue lors de sa visite d’Etat de trois jours est de préserver l’accord d’origine qui deviendrait le premier des « quatre piliers » d’un futur texte. Les autres « piliers » concerneraient l’après-2025, quand certaines clauses concernant les activités nucléaires vont expirer, mais aussi les missiles balistiques très controversés de Téhéran et son rôle jugé « déstabilisateur » dans la région.

Venu à l’origine pour convaincre son homologue américain, M. Macron semble avoir infléchi sa position. Avant sa visite, il avait déclaré dimanche sur la chaîne Fox News que, hors de cet accord, « il n’y a pas de plan B ».

Le président américain et son homologue français sont restés évasifs sur les contours et la portée des nouvelles négociations qu’ils appellent de leurs voeux.

Le président américain Donald Trump et le président français Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, à Washington, le 24 avril 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Nicholas Kamm)

« Aucune expertise »

Leurs déclarations ont reçu une réponse cinglante de Téhéran. « Ensemble, avec un chef d’un pays européen, ils disent : ‘Nous voulons décider pour un accord conclu à sept’. Pour quoi faire ? De quel droit ? », a déclaré le président iranien Hassan Rouhani.

« Avec cet accord, nous avons fait tomber les accusations et prouvé que les Etats-Unis et Israël mentent à propos de l’Iran depuis des décennies », a-t-il asséné.

Rouhani s’en est pris à Trump : « Vous n’avez aucune expertise en politique ni en matière de droit ou d’accords internationaux. Un commercial, un homme d’affaires, un bâtisseur de tours, comment pourrait-il émettre un jugement sur les affaires internationales ? »

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui mène des inspections sur le terrain, a confirmé à plusieurs reprises que Téhéran remplissait « ses engagements ».

La cheffe de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini (à gauche), avec le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif (2ème à gauche) et le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi (2ème à droite) lors des négociations pour l’accord sur le programme nucléaire iranien à Lausanne, en Suisse, le 29 mars 2015 (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

La Russie s’est également montrée inflexible sur une renégociation du texte. Cet accord est « sans alternative », a dit le Kremlin.

Un vent de scepticisme est en outre venu de Bruxelles et de Berlin.

L’accord actuel « doit être préservé », a réagi la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.

« Un nouvel accord nucléaire n’est pas sur la table », a affirmé le ministère des Affaires étrangères allemand.

Soulignant que Berlin partageait « l’inquiétude » sur des sujets comme le programme balistique de l’Iran, il a estimé que Macron avait « parlé pour répondre à ces questions d’un besoin d’accords supplémentaires ».

« L’accord fonctionne »

Le réalisateur américain Oliver Stone lors d’une conférence de presse du Jury du 22ème Festival international du film de Busan (BIFF) au Busan Cinema Center à Busan, Corée du Sud, le 13 octobre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / JUNG Yeon-Je)

Pour Londres, l’accord actuel « fonctionne et l’Iran a réduit de 95 % son stock d’uranium enrichi ».

Le porte-parole de la Première ministre Theresa May a indiqué que la Grande-Bretagne « travaillait avec ses alliés » pour répondre à « certains défis que pose l’Iran au Moyen-Orient, y compris sur les sujets pour lesquels le président Macron a proposé un nouvel accord ».

En visite à Téhéran, le réalisateur américain Oliver Stone s’est dit « particulièrement choqué » de voir Macron, aux côtés du président Trump, appeler à une révision de l’accord sur le nucléaire iranien.

Aux Etats-Unis, Macron a estimé qu’il ne fallait pas déchirer « un accord pour aller vers nulle part », mais construire « un nouvel accord qui est plus large ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...