Oman : 6 morts dans une fusillade près d’une mosquée chiite
La police a indiqué dans un communiqué sur X que "les trois assaillants ont été tués", sans préciser leur nationalité ou motif ; une enquête a été ouverte
Six personnes, dont quatre Pakistanais, ont été tuées et une trentaine blessées dans une fusillade près d’une mosquée chiite de Mascate, ont annoncé mardi les autorités, fait rare dans le sultanat d’Oman réputé stable et neutre.
La police a indiqué dans un communiqué sur X que « les trois assaillants ont été tués », sans préciser leur nationalité ou motif. Une enquête a été ouverte.
La fusillade a commencé lundi à 23H00 locales (19H00 GMT) et a duré jusqu’aux premières heures de mardi, a indiqué à l’AFP l’ambassadeur du Pakistan à Mascate, Imran Ali, en évoquant une prise d’otages durant l’attaque.
Un périmètre de sécurité a été établi près de la mosquée qui porte le nom d’Ali Ibn Abi Taleb, le premier imam des chiites, dans le quartier d’Al-Wadi Al-Kabir, dans l’est de Mascate.
Des images vérifiées par l’AFP montrent des personnes fuyant devant une mosquée, dont le minaret est visible, au moment où des coups de feu retentissent.
On entend une personne crier « Oh Dieu » et répéter « Oh Hussein », en référence à l’imam que les chiites considèrent comme le successeur légitime du prophète Mahomet.
Imran Ali a précisé que les assaillants avaient pris des fidèles en « otages », libérés ensuite lors d’une opération des forces de sécurité omanaises.
Il a dit ignorer les motivations des assaillants. « Tout le monde reste discret à ce sujet », a poursuivi le diplomate en soulignant que la mosquée chiite était fréquentée par les migrants du sud-est asiatique, dont les Pakistanais au nombre de 400 000 à Oman.
Alerte de l’ambassade américaine
L’attaque « a fait cinq morts plus un policier tombé en martyr », a précisé la police omanaise.
A Islamabad, le Premier ministre Shehbaz Sharif a fait état de la mort de quatre Pakistanais et exprimé la disposition de son pays à apporter toute assistance au sultanat dans l’enquête.
Un Indien a été tué et un autre blessé, a déclaré l’ambassade d’Inde à Oman sur X.
« Vingt-huit personnes de différentes nationalités ont été blessées, dont quatre membres de la police, de la protection civile et des secours », a ajouté la police.
Une telle attaque est rare dans le sultanat, seul pays musulman du monde à majorité ibadite, qui plaide pour l’unité entre les courants musulmans.
Les musulmans célèbrent cette semaine l’Achoura, la plus importante fête religieuse pour les chiites. Le sultanat compte des communautés sunnites et chiites en plus des ibadites.
L’ambassade des Etats-Unis à Mascate a émis une alerte de sécurité et annulé tous les rendez-vous concernant les visas mardi.
« Les citoyens américains doivent rester vigilants et tenir compte des instructions des autorités locales », a-t-elle écrit sur X.
Médiateur
Indépendant depuis 1971, le sultanat d’Oman n’a pas connu d’attaque armée de ce type ou d’attentat à la bombe dans l’histoire récente du pays, contrairement à plusieurs de ses voisins.
En janvier, un double attentat près d’une mosquée du sud de l’Iran, pays à majorité chiite, revendiqué par le groupe Etat islamique (EI), a fait 84 morts.
Au Koweït, un attentat également revendiqué par l’EI contre une mosquée chiite a fait 27 morts en juin 2015.
La même année, l’Arabie saoudite à majorité sunnite a été le théâtre de deux attentats contre des mosquées de la minorité chiite qui ont fait 25 morts.
Oman occupe une position stratégique étant relié au stratégique détroit d’Ormuz dans le Golfe, par lequel transite environ 30 % du pétrole transporté par voie maritime dans le monde.
Il joue régulièrement le rôle de médiateur dans les conflits régionaux à l’instar de celui qui oppose au Yémen les houthis au gouvernement appuyé par l’Arabie saoudite.
Le sultanat accueille le principal négociateur des Houthis, Mohammed Abdelsalam.
Avec l’Iran, Oman a toujours entretenu de bons rapports favorisant les contacts discrets entre Téhéran et Washington sur le dossier nucléaire et les échanges de prisonniers. Les Affaires étrangères iraniennes ont condamné mardi la fusillade.
Pays de quelque quatre millions d’habitants incluant 40 % d’étrangers, le sultanat a des frontières terrestres avec le Yémen, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.