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ONG palestiniennes interdites: des envoyés du Shin Bet et de la Défense aux USA

Un responsable affirme que les preuves liant 6 organisations civiles palestiniennes au terrorisme sont "irréfutables" ; des ministres reprochent à Gantz d'avoir agi seul

Une femme palestinienne entre dans les bureaux de l'organisation de défense des droits de l'homme al-Haq dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 23 octobre 2021. (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)
Une femme palestinienne entre dans les bureaux de l'organisation de défense des droits de l'homme al-Haq dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 23 octobre 2021. (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)

Un envoyé du service de sécurité Shin Bet et du ministère des Affaires étrangères iront aux États-Unis avec des informations « sans équivoque » prouvant que six groupes palestiniens de défense des droits de l’homme ont des liens avec le terrorisme qui justifient leur mise hors-la-loi, a déclaré dimanche un haut responsable de la défense israélienne.

Israël affirme que les groupes visés étaient une façade pour une petite faction de l’OLP au passé violent, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).

Vendredi après-midi, le ministre de la Défense, Benny Gantz, a annoncé que les six groupes de la société civile palestinienne – y compris des groupes très importants bénéficiant d’un soutien et d’une surveillance significatifs de la part de l’Union européenne et d’autres organismes internationaux – étaient désignés comme organisations terroristes, affirmant qu’ils travaillaient pour le compte du groupe terroriste du FPLP.

La qualification de terroristes des six groupes, dont certains bénéficient de financements européens, a semblé prendre les États-Unis et l’Europe au dépourvu.

Les responsables américains ont déclaré qu’ils n’avaient pas été avertis à l’avance qu’Israël prenait des mesures contre les groupes et qu’ils voulaient davantage de preuves. Israël a ensuite insisté sur le fait que certains responsables de l’administration Biden avaient été prévenus à l’avance.

Lors du briefing de dimanche, le haut fonctionnaire a déclaré aux journalistes que les renseignements reliant les organisations au FPLP étaient « irréfutables ». Il a ajouté que les informations comprenaient « des preuves sans équivoque, notamment des séquences vidéo, des photos et des reçus de paiement, qui lient lesdits groupes au soutien d’activités terroristes ».

Le modèle d’activité consistant à utiliser des organisations civiles comme couverture pour des activités terroristes et leur financement est une méthode familière pour le FPLP, a-t-il ajouté.

Le ministre de la Défense Benny Gantz participe à une réunion de la commission de la défense et des affaires étrangères à la Knesset, le 19 octobre 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Israël est conscient de l’enjeu de la qualification des groupes d’organisations terroristes, a déclaré le fonctionnaire, ajoutant qu’une préparation minutieuse avait été faite avant l’annonce, toutes les entités concernées ayant reçu les preuves.

Les Etats-Unis, grand allié d’Israël, ont affirmé qu’ils « allaient consulter leurs partenaires israéliens pour obtenir plus d’informations concernant les fondements » de la décision israélienne.

« Le gouvernement israélien ne nous a pas prévenus », a déclaré le porte-parole du Département d’Etat américain Ned Price devant des journalistes.

Des responsables israéliens, qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat, on nié ces allégations.

Le procureur d’État Amit Aisman a fait partie de ceux qui ont examiné les preuves contre les six groupes palestiniens, selon Haaretz. Ce n’est qu’après l’approbation d’Aisman que le Shin Bet a communiqué ses conclusions à Gantz, selon le quotidien.

Aisman a examiné des documents montrant que, dans certains cas, seuls les dirigeants des groupes de défense des droits savaient que de l’argent était versé au FPLP, tandis que les activistes moins expérimentés n’étaient pas au courant.

Les fonctionnaires du ministère de la Justice se sont déjà préparés à d’éventuelles pétitions contre les qualifications de terroristes, selon le reportage. Pour l’instant, Gantz ne prévoit pas d’ouvrir une enquête criminelle sur l’un des membres des groupes.

Une source au fait des procédures juridiques a déclaré que, conformément à la loi antiterroriste de 2016, une organisation de défense des droits de l’homme peut être déclarée groupe terroriste s’il s’avère qu’elle a aidé un groupe terroriste au fil du temps, qu’elle est liée à un tel groupe ou qu’elle agit en son nom, même si elle effectue également un travail humanitaire. La source a déclaré que les preuves du Shin Bet ont montré que les liens entre le FPLP et les groupes de défense des droits impliqués dépassaient le seuil minimum pour que la loi soit appliquée.

Le procureur d’État Amit Eisman, au ministère de la Justice à Jérusalem, le 28 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon les médias israéliens, Gantz n’a pas dit au Premier ministre Naftali Bennett qu’il allait approuver la classification des groupes de défense des droits comme organisations terroristes. Une déclaration au nom de Gantz a indiqué que de telles procédures ne nécessitent pas d’informer le Premier ministre.

D’autres ministres n’étaient pas non plus au courant à l’avance de cette évolution. Lors d’une réunion des chefs de faction de la coalition dimanche, le ministre de la Santé, Nitzan Horowitz, et la ministre des Transports, Merav Michaeli, respectivement chefs du parti Meretz et du parti travailliste, se sont plaints à Bennett que Gantz avait agi seul dans cette affaire, selon les médias hébraïques.

Horowitz a exigé qu’on lui montre les preuves liant les groupes de défense des droits aux activités terroristes. Gantz, qui n’était pas présent à la réunion, a répondu plus tard que, bien qu’il soit prêt à discuter de la question, il était catégorique sur le fait que les preuves ne devaient pas être présentées à l’ensemble du cabinet, ce qui, selon lui, était un forum trop large. Gantz a déclaré qu’il était prêt à présenter le dossier au cabinet de sécurité ou à l’une des sous-commissions pertinentes de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.

Le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev a déclaré dimanche que la question n’avait jamais été discutée au sein du cabinet de sécurité et qu’il n’avait vu aucun des documents liant les groupes au FPLP.

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz dirige une réunion de faction du parti Meretz à Jérusalem, le 18 octobre 2021 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90).

Le ministère de la Défense n’a fourni aucune preuve concrète pour démontrer un lien direct entre ces organisations et le FPLP dans son annonce de vendredi.

La liste se composait de : Union des comités de femmes palestiniennes ; ADDAMEER – Association de soutien aux prisonniers et de défense des droits de l’homme ; Bisan Center for Research and Development ; Organisation al-Haq ; Defense for Children International – Palestine (DCI-P) ; et l’Union des comités de travail agricole.

La décision de Gantz a suscité une rapide réaction dans le monde entier, l’UE, l’Autorité palestinienne, les démocrates progressistes, les groupes juifs américains et les organisations internationales et israéliennes de défense des droits de l’homme exprimant leurs critiques.

Le droit militaire et civil israélien interdit de soutenir ou de rejoindre un groupe terroriste, et les contrevenants sont passibles de plusieurs années de prison. Les autorités israéliennes peuvent également saisir les biens appartenant à des organisations terroristes et interdire le financement de leurs activités. Les donateurs peuvent également être soumis à des peines d’emprisonnement importantes.

Les autorités israéliennes ont déjà accusé le FPLP d’avoir chapardé des millions d’euros à des organisations de la société civile affiliées à ses membres pour financer des activités terroristes.

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