Onze arrestations à la première manifestation anti-Netanyahu du confinement
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Onze arrestations à la première manifestation anti-Netanyahu du confinement

Des milliers d'Israéliens se sont réunis près de la résidence du Premier ministre; un homme a été arrêté pour avoir projeté son véhicule contre les barrières

La police disperse des manifestants qui bloquaient une route pendant une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence officielle à Jérusalem, le 20 septembre 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
La police disperse des manifestants qui bloquaient une route pendant une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence officielle à Jérusalem, le 20 septembre 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La police a arrêté onze manifestants anti-gouvernementaux à Jérusalem, dimanche soir, à l’occasion du premier mouvement de protestation majeur depuis que l’Etat juif a mis en place son deuxième confinement national, un bouclage qui a pour objectif d’entraver la circulation du coronavirus.

Plusieurs milliers de personnes ont pris part à ce rassemblement hebdomadaire dénonçant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, organisé aux abords de sa résidence officielle de Jérusalem. Des centaines d’Israéliens se sont aussi retrouvés devant sa résidence privée de la ville de Césarée, sur la côte.

Les manifestants arrêtés ont été accusés de troubles à l’ordre public et d’agressions à l’encontre des dépositaires de l’ordre public.

Si les mouvements de protestation ne sont pas soumis aux nouvelles restrictions émises sur les déplacements, les rassemblements et les commerces – des limitations qui ont été mises en vigueur vendredi, avant la fête de Rosh Hashana – la police avait annoncé, vendredi, que de nouvelles directives de distanciation sociale seraient applicables lors des rassemblements.

Les forces de l’ordre avaient précisé que les protestataires devraient se diviser en « capsules » de vingt personnes maximum, séparées les unes des autres, sans préciser toutefois les modalités régissant la mise en oeuvre sur le terrain de ces nouvelles règles.

La manifestation de dimanche soir aura été moins importante que celles qui se sont déroulées ces dernières semaines, ce qui a permis de conserver un espace de séparation bien plus grand entre chaque participant. Malgré le confinement et malgré la fête, des milliers de personnes se sont rendues rue Balfour, aux abords de la résidence de Netanyahu, pour faire part de leur mécontentement.

« Nous ne croyons pas dans le confinement », s’est excamé Gil Snapir, venu de la ville de Ramat Gan pour participer au regroupement. « Il nuit bien plus au pays qu’il ne nous profite. Et nous sommes venus manifester précisément pour cette raison ».

Avant la manifestation, la police avait installé un ruban de bouclage pour tenter de diviser le carrefour en capsules et de faire appliquer les directives de distanciation sociale. La police, néanmoins, n’a pas utilisé la force pour faire appliquer ces règles – qui n’avaient été que suggérées sans être dûment approuvées par le gouvernement.

Il a fallu environ deux heures pour que ce système de séparation soit entièrement anéanti. Le mouvement de protestation de dimanche soir n’a guère différé par rapport aux manifestations qui ont eu lieu, ces dernières semaines, à Jérusalem.

Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence officielle de Jérusalem, le 20 septembre 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Certaines personnes présentes ont expliqué avoir la conviction que le confinement avait été mis en place pour empêcher davantage de manifestations à l’encontre de Netanyahu.

« C’est un confinement politique », a estimé Eli Brock, activiste vétéran, « un confinement dont l’objectif est double : Mettre un terme aux rassemblements contre Netanyahu et entraîner le chaos sur lequel prospère le Premier ministre ».

Yiftach Yogev, enseignant et résident du kibboutz Tzuba, a confié au Times of Israel, lors du rassemblement, qu’il s’inquiétait des effets du bouclage du pays sur ses élèves. Il a reconnu qu’une forme de confinement était nécessaire mais que le gouvernement était incapable de prendre en charge la crise en protégeant les Israéliens.

« Je travaille avec des jeunes en situation de risque. Ce n’est que lorsque nous sommes retournés à l’école que nous avons pu constater les dégâts du premier confinement sur ces jeunes – les pressions économiques que subissent les familles, le manque de structures. Cette fois-ci, au moins, les établissements accueillant ce type de public sont ouverts mais il est difficile de dire quel sera plus généralement l’impact de la situation sur eux », a dit Yogev.

Aux environs de minuit, la police a annoncé que le regroupement était dorénavant devenu illégal, demandant aux manifestants de quitter le secteur de manière à pouvoir rouvrir le carrefour à la circulation. Ces dernières semaines, les forces de l’ordre ont utilisé cet argument pour disperser les mouvements de protestation, distribuant des amendes aux participants retardataires.

Tandis que le bouclage du pays limite néanmoins les déplacements, les rues de Jérusalem restaient désertes. Les manifestants ont commencé à scander : « Il n’y a pas de voitures, il n’y a pas de voitures ».

Les policiers sont entrés dans la foule à plusieurs reprises pour placer des manifestants en détention, poussant les personnes sur le côté. Une femme qui refusait de quitter le trottoir s’est ainsi trouvée traînée à l’écart par les agents.

Le Times of Israel a également vu, à deux occasions au moins, des protestataires bousculer des policiers, sans provocation apparente. Dans les deux cas, les personnes présentes se sont précipitées pour neutraliser les attaquants et les éloigner du site de la manifestation.

Selon les médias en hébreu, un manifestant a aspergé un policier de gaz lacrymogène, blessant ce dernier. L’homme a été arrêté.

La police avait également arrêté, dans la soirée, un homme qui, à bord de son véhicule, avait accéléré vers les barricades dressées autour du site de la manifestation. Il est difficile de dire pour le moment s’il s’agissait d’une attaque ou d’un accident, mais des vidéos de la scène semblent montrer le conducteur faisant claquer ses freins à l’approche des officiers. Le conducteur du véhicule, un habitant de Jérusalem de 22 ans, a été arrêté par la police en vue d’un interrogatoire.

Les agents de police arrêtent un homme qui aurait tenté de lancer son véhicule contre des manifestants pendant un rassemblement contre Benjamin Netanyahu aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 20 septembre 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La résidence du Premier ministre est au centre de manifestations en cours contre le Premier ministre, accusé de corruption et de mauvaise gestion de la pandémie, et des rassemblements sont organisés chaque semaine. Ils ont parfois attiré des dizaines de milliers de personnes.

Netanyahu est accusé de fraude, d’abus de confiance et de pots-de-vin dans trois dossiers séparés. Son procès a commencé au mois de juin, mais il a refusé de démissionner et ne cesse de clamer son innocence. De nombreux manifestants dénoncent également son incapacité de prendre en charge la crise du coronavirus.

Netanyahu et ses partisans ont affirmé que les manifestations étaient un vecteur majeur de contamination, même si les responsables de la Santé déclarent, pour leur part, avoir été dans l’incapacité de prouver que d’éventuelles contaminations avaient pu survenir dans ce contexte.

Le bouclage du pays va durer au moins trois semaines. L’Etat juif, qui présente l’un des taux d’infection par tête les plus élevés dans le monde, est le premier pays développé à ordonner un deuxième confinement.

L’homme fort de la lutte contre le coronavirus en Israël a averti, dans la journée de dimanche, que le nombre de cas de COVID-19 était en train d’atteindre un niveau « d’urgence » susceptible d’entraîner jusqu’à 600 décès par mois des suites de la maladie. Il a ordonné aux hôpitaux de mettre en place de nouvelles unités pour prendre en charge les malades.

Les mouvements de protestation organisés à Jérusalem et ailleurs, dans tout l’Etat juif, ont généralement lieu le samedi soir, après Shabbat, mais ils ont été repoussés cette semaine à dimanche soir, après la fin du Nouvel an juif.

De plus, des Israéliens ultra-orthodoxes ont manifesté, dimanche soir, contre les restrictions induites par le confinement à Jérusalem et à Bnei Brak. La police soupçonnerait certains Haredim d’avoir dit qu’ils se rendaient aux rassemblements pour pouvoir simplement se déplacer entre les villes après la fête, en exploitant l’autorisation donnée aux mouvements de protestation pendant le bouclage du pays.

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