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Palestiniens aux instances internationales: Washington songe aux « conséquences »

Le département d'Etat a qualifié la potentielle adhésion d'Abbas à une agence de l'ONU, ainsi qu'à 10 conventions, de "contre-productive"

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas durant une réunion du Conseil central palestinien, un organe clé de l'Organisation de libération de la Palestine, à Ramallah, le 28 octobre 2018. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas durant une réunion du Conseil central palestinien, un organe clé de l'Organisation de libération de la Palestine, à Ramallah, le 28 octobre 2018. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Les efforts livrés par les Palestiniens pour rejoindre les instances internationales sont « prématurés » et « contre-productifs », a estimé un responsable du département d’Etat américain pendant le week-end
après que le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a signé des demandes pour rejoindre une agence de l’ONU et pour pouvoir ratifier plusieurs conventions internationales.

Jeudi, Abbas a signé les documents lui permettant de demander à rejoindre l’Universal Postal Union, une agence des Nations unies qui coordonne les systèmes postaux dans le monde entier, ainsi que 10 protocoles et conventions internationales.

« Depuis longtemps, les Etats-Unis considèrent que les efforts livrés par les Palestiniens pour rejoindre des entités internationales sont prématurées et contre-productive », a dit le responsable du département d’Etat qui a demandé à conserver l’anonymat dans un courriel adressé au Times of Israel.

« Les Etats-Unis continuent à établir clairement, avec les parties concernées et avec les partenaires internationaux, que le seul moyen réaliste d’avancer est de recourir à des négociations directes ayant pour objectif de réaliser une paix authentique et durable. Nous réfléchissons actuellement à des conséquences possibles aux récentes actions entreprises par les Palestiniens ».

Les Palestiniens sont actuellement déjà membres de douzaines d’organisations internationales, de protocoles et de conventions, dans le cadre d’une campagne visant à obtenir une reconnaissance unilatérale de leur état naissant alors que les pourparlers de paix avec Israël sont moribonds.

L’ambassadeur palestinien à l’ONU Riyad Mansour (cheveux blancs) passe devant l’ambassadrice américaine Nikki Haley (assise) durant un vote de condamnation des actions israéliennes à Gaza à l’Assemblée générale, à New York, le 13 juin 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Don EMMERT)

Des lois américaines datant du début des années 1990 exigent du gouvernement de couper ses apports financiers à toute organisation des Nations unies offrant un statut de membre plein et entier aux Palestiniens.

Omar Awadallah, responsable du ministère des Affaires étrangères de l’AP, a indiqué lors d’un entretien téléphonique jeudi que le formulaire signé par Abbas pour rejoindre Universal Postal Union permettait de demander à devenir pleinement adhérent de l’organisation.

Awadallah a expliqué que ces documents ratifiés par Abbas au cours d’une rencontre de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) seront officiellement soumis à l’instance et aux protocoles et conventions concernés dans les prochains jours.

Le président américain George H. Bush avec un sac postal du Receveur général Anthony Frank à Washington, lors du 20ème congrès de l’Universal postal Union, le 13 novembre 1989 (Crédit : AP/Marcy Nighswander)

L’administration du président Donald Trump avait déjà fait part, au mois d’octobre, de son intention de se retirer de l’Universal Postal Union pour des raisons sans lien avec les Palestiniens.

Trump a affirmé que l’organisation profite à la Chine et à d’autres pays au détriment des entreprises américaines, rendant moins onéreux l’envoi de colis de Pékin à New York que de San Francisco vers la côte est des Etats-Unis – à l’avantage en particulier des fabricants chinois.

En plus de l’Universal Postal Union, Abbas a signé les formulaires nécessaires pour rejoindre la convention sur la Nationalité des femmes mariées, le protocole optionnel à la convention sur les Droits de l’enfant, le protocole optionnel à la convention des Droits des personnes handicapées, le protocole optionnel à la convention sur l’Elimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes, le protocole de Bâle sur la responsabilité et la compensation des dégâts résultant de mouvements transfrontaliers de déchets dangereux, la convention de Vienne sur la circulation routière, le protocole concernant les Pays ou les territoires à présent occupés, la convention sur le Consentement des mariages, l’accord établissant le Fonds commun pour les marchandises et la Convention internationale sur l’arrestation des navires.

Le président Donald Trump prend la parole lors d’une conférence de presse à l’hôtel Lotte New York Palace lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le mercredi 26 septembre 2018, à New York. (AP Photo / Evan Vucci)

Les Palestiniens affirment que ce type d’initiatives qui visent à rejoindre les organisations internationales les rapprochent de leur objectif de création d’un Etat en renforçant leur positionnement dans le monde.

Toutefois, Israël maintient que ces efforts palestiniens constituent une mesure partiale, dont l’objectif est d’obtenir un Etat en contournant les négociations de paix et en sapant le statut de l’Etat juif dans la communauté internationale.

Abbas a récemment expliqué qu’un accord passé avec les Etats-Unis, dans lequel il s’était engagé à ne pas rejoindre les instances internationales, avait été conditionné au maintien de l’ambassade israélienne de Tel Aviv, à la conservation du statut de la mission de l’OLP à Washington et au maintien des aides versées à l’AP.

Au cours de l’année passée, l’administration Trump a transféré son ambassade en Israël à Jérusalem, fermé le bureau de représentation de l’OLP au sein de la capitale américaine et mis un terme à presque tous ses paiements aux Palestiniens.

Le président de l’AP a expliqué que si les Etats-Unis n’assumaient pas leur part de l’accord, les Palestiniens ne respecteraient pas la leur.

Les Etats-Unis avaient abandonné certains financements donnés à l’UNESCO lorsque les Palestiniens ont adhéré à l’agence pour la Culture et l’éducation en 2011. Ils ont claqué la porte de l’instance l’année dernière.

L’administration Trump a également arrêté tout versement de fonds à l’agence des réfugiés palestiniens de l’ONU, laissant l’UNRWA lutter contre un manque de ressources budgétaires majeur dans ses programmes de santé et d’éducation.

Les Palestiniens reçoivent de l’aide alimentaire dans un entrepôt de l’UNRWA, dans le camp de réfugiés de Shati, à Gaza City, le 14 janvier 2018 (Crédit : AP Photo/Khalil Hamra)

Au mois de mai, l’administration a averti qu’elle pourrait cesser son financement de l’organisation du développement commercial de l’ONU, l’UNCTAD, de l’agence de développement industriel UNIDO et de la Convention sur les armes chimiques, maintenue par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, après l’adhésion des Palestiniens.

La Palestine a le statut d’état observateur non-membre aux Nations unies. Un statut de membre de plein droit exigerait une approbation du Conseil de sécurité à laquelle les Etats-Unis opposeraient probablement leur veto.

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