Paris demande un échange « sans tabou » de l’UE sur sa relation avec la Turquie
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Paris demande un échange « sans tabou » de l’UE sur sa relation avec la Turquie

En janvier 2018 et dans un contexte alors plus apaisé, Emmanuel Macron avait déjà mis cette question sur la table en écartant de fait une adhésion de la Turquie à l'UE

Le président français Emmanuel Macron (à droite) et le président turc Recep Tayyip Erdogan devant lui lors d'une photo organisée dans le cadre du sommet de l'OTAN à l'hôtel Grove de Watford, au nord-est de Londres, le 4 décembre 2019. (Crédit : CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à droite) et le président turc Recep Tayyip Erdogan devant lui lors d'une photo organisée dans le cadre du sommet de l'OTAN à l'hôtel Grove de Watford, au nord-est de Londres, le 4 décembre 2019. (Crédit : CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP)

La France dont la relation avec Ankara ne cesse de s’envenimer sur fond de contentieux en Libye, a demandé mercredi à l’Union européenne de se pencher « sans tabou » sur sa relation avec la Turquie et de défendre ses intérêts face à ce pays en Méditerranée.

« La France estime indispensable que l’Union européenne ouvre très vite une discussion de fond, sans tabou, sans naïveté sur les perspectives de la relation future de l’UE avec Ankara et que l’UE défende fermement ses propres intérêts car elle en a les moyens », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian au Sénat.

En janvier 2018 et dans un contexte alors plus apaisé, le président français Emmanuel Macron avait déjà mis cette question sur la table en écartant de fait une adhésion de la Turquie à l’UE et en lui proposant plutôt un « partenariat ».

Ajoutant à de multiples tensions bilatérales depuis plusieurs mois, le chef de l’Etat français est monté d’un cran lundi dans l’escalade, en dénonçant le « jeu dangereux » d’Ankara en Libye.

La France reproche à la Turquie d’armer massivement les forces du Gouvernement d’union nationale libyen (GNA), reconnu par l’ONU, et d’avoir envoyé des milliers de mercenaires syriens à ses côtés en Libye.

Fort de cet appui militaire, le GNA a repris début juin le contrôle de l’ensemble du nord-ouest de la Libye en faisant reculer les forces du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est du pays, aidé par l’Egypte et les Emirats arabes unis.

Les forces pro-GNA menacent désormais de prendre Syrte, verrou stratégique vers l’Est, une ligne rouge pour L’Egypte qui menace d’intervenir militairement.

« Il faut prendre au sérieux les Egyptiens quand ils disent qu’ils peuvent entrer en Libye si les Turcs, le GNA, les milices tripolitaines poussent davantage », a souligné mercredi la présidence française.

Des membres des forces de sécurité affiliées au ministère de l’Intérieur du gouvernement libyen d’accord national (GNA) se tiennent à un poste de contrôle de fortune dans la ville de Tarhuna, à environ 65 kilomètres au sud-est de la capitale Tripoli, le 11 juin 2020. (Crédit : Mahmud TURKIA / AFP)

Pas de parti pris

Ankara accuse de son côté la France de soutenir le maréchal Haftar, au côté des Emirats et du Caire, ce dont Paris se défend.

« Il y a eu une coopération avec Haftar et l’Armée nationale libyenne (ANL) à l’époque où Haftar reprenait Derna à Daech (en 2018, ndlr) », reconnaît-on à l’Elysée.

Aujourd’hui, « la question ce n’est pas de prendre parti pour les uns ou les autres, c’est d’obtenir une solution de stabilité et de sécurité qui soit conformer à nos intérêts et ceux des pays voisins », ajoute-t-on.

Pour Jean-Yves Le Drian, il faut « des clarifications sur le rôle que la Turquie entend jouer en Libye ».

Le « renforcement de son poids » dans ce pays « aboutit au fait que les Russes renforcent le leur » au côté du maréchal Haftar et complique toute perspective de cessation des hostilités, a-t-il mis en garde.

La France dénonce aussi l’accord gazier conclu entre Ankara et le GNA qui menace les intérêts de « nos propres alliés et de membres de l’UE que sont Chypre et la Grèce », a souligné le ministre.

« On ne peut pas accepter que les réfugiés servent de moyen de pression ou d’instrumentalisation de la Turquie à notre égard », a également averti le ministre en référence aux menaces récurrentes d’Ankara de laisser passer les réfugiés qu’elle accueille vers l’Europe.

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