Rechercher

Pegasus : Le PDG de NSO dénonce l’hypocrisie ambiante

"Personne n'a piraté le président français ou les parlementaires français, cela a été prouvé et vérifié," a martelé Shalev Hulio ; NSO a déconnecté Pegasus 7 fois pour usage abusif

Le PDG du groupe NSO, Shalev Hulio, s'entretient avec Channel 12 News dans une interview diffusée le 29 janvier 2022. (Crédit : Capture d'écran/Channel 12)
Le PDG du groupe NSO, Shalev Hulio, s'entretient avec Channel 12 News dans une interview diffusée le 29 janvier 2022. (Crédit : Capture d'écran/Channel 12)

Le PDG et cofondateur de NSO Group a répliqué aux critiques à l’encontre de sa société de cyber-sécurité en difficulté, alors que les allégations d’utilisation abusive de son programme d’espionnage Pegasus en Israël et dans le monde se multiplient.

Affirmant que bon nombre des allégations les plus graves formulées à l’encontre de la société étaient fausses, Shalev Hulio a déclaré que son logiciel avait été créé pour lutter contre le terrorisme et la grande criminalité, tout en rejetant son image d’outil principalement utilisé pour effacer les libertés dans le monde.

« Il s’agit d’une cyber-arme. Notre première règle était que nous ne vendrions ces outils qu’aux gouvernements », a déclaré Hulio depuis les bureaux de la société, basée dans une tour à Herzliya. « Notre deuxième décision était que nous ne vendrions pas à tous les gouvernements – qu’il y avait des gouvernements dont nous pouvions voir dès le premier jour que nous ne devions pas leur vendre… Nous avons refusé de vendre à 90 pays – 90 pays qui sont venus vers nous et ont demandé, et nous avons dit non. Nous avons vendu à peut-être 40 pays ».

Hulio a qualifié d’ « hypocrite » la critique de la vente de Pegasus par NSO Group à des pays non démocratiques, comparant la technologie de surveillance à des systèmes d’armes militaires.

« Il n’y a pas un seul pays auquel nous avons vendu, pas un seul… auquel les États-Unis ne vendent pas, ou auquel Israël ne vend pas. Il est donc un peu hypocrite de dire qu’il est normal de vendre des F-35, des chars et des drones, mais qu’il n’est pas normal de vendre un outil qui collecte des renseignements », a-t-il déclaré.

« Si nous voyons que [Pegasus] est mal utilisé, ou même si nous le soupçonnons seulement, nous déconnectons le système », a-t-il ajouté, affirmant que cela s’était produit à sept reprises au fil des ans.

Un logo orne un mur sur une succursale de la société israélienne NSO Group, près de la ville de Sapir, dans le sud d’Israël, le 24 août 2021. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

« Je dors sur mes deux oreilles la nuit », a-t-il ajouté.

Hulio s’est exprimé sur la récente décision américaine de placer NSO Group et une autre entreprise israélienne sur une liste noire pour s’être prétendument livrés à des cyber-activités malveillantes.

« Au fil des ans, notre technologie a beaucoup aidé les intérêts et la sécurité nationale des États-Unis », a-t-il déclaré. « Je pense que le fait qu’une entreprise comme NSO figure sur [une liste noire américaine] est un scandale… Je suis sûr que nous serons retirés de cette liste. Je n’en ai aucun doute. »

Hulio a nié que Pegasus ait été utilisé pour pirater le téléphone du président français Emmanuel Macron et d’autres politiciens, des affirmations qui ont conduit à une série d’échanges entre les responsables français et israéliens l’année dernière.

« Personne n’a piraté le président français ou les parlementaires français, cela a été prouvé et vérifié. Cette question de Macron et des membres du Parlement [français] n’a pas lieu d’être », a-t-il déclaré.

Il a également nié tout lien entre les produits de NSO Group et le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

Le journaliste saoudien et directeur de Alarab TV, Jamal Khashoggi, à Manama en 2014. (Crédit : AFP/MOHAMMED AL-SHAIKH)

« Nos outils et notre technologie n’ont rien à voir de quelque manière que ce soit avec le meurtre, avec Khashoggi, ou avec les personnes qui l’entourent. Je sais que certains l’ont affirmé, et je vous le dis, c’est un mensonge éhonté », a-t-il déclaré.

Vendredi, le New York Times a rapporté que le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed bin Salman avait directement téléphoné au Premier ministre de l’époque Benjamin Netanyahu pour obtenir le renouvellement de la licence expirée du royaume pour Pegasus, en échange de l’ouverture de son espace aérien aux vols israéliens. Le ministère israélien de la Défense avait initialement refusé de renouveler la licence, citant l’abus par le royaume du logiciel d’espionnage, faisant apparemment référence au cas de Khashoggi, qui aurait été espionné avec Pegasus dans la période précédant son assassinat en 2018.

Hulio a ajouté : « C’est devenu une sorte de passe-temps national de mettre tout ce qui se passe sur le dos de NSO. Une grande partie des articles de presse sont tout simplement faux, sont empreints de préjugés, et il est certain que cela me met parfois en colère et me frustre. Mais au bout du compte… nous connaissons la vérité. »

« Il n’y a jamais plus de 200 cibles pour Pegasus à un moment donné. 200 cibles. C’est toute l’histoire », a-t-il déclaré à la chaîne.

À la question de savoir si l’État d’Israël a utilisé NSO pour vendre Pegasus à d’autres pays de la région, il a répondu : « Je ne sais pas. Demandez à l’Etat d’Israël ».

Hulio a nié avoir voyagé dans le monde avec l’ancien chef du Mossad, Yossi Cohen. Lorsqu’on lui a demandé si Cohen lui avait demandé de vendre Pegasus à certaines entités, il a souri et n’a pas répondu.

À la question de savoir si NSO Group avait commis des erreurs depuis sa création, Hulio a répondu : « Sur une période de 12 ans, il est impossible de ne pas faire d’erreurs, dont on tire des leçons. »

L’ancien chef du Mossad Yossi Cohen à la conférence du Jerusalem Post à Jérusalem, le 12 octobre 2012. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon la chaîne, des sources proches de l’entreprise ont reconnu que des acteurs du gouvernement israélien ont effectivement proposé Pegasus à des régimes autoritaires du Moyen-Orient, en échange d’un réchauffement des liens ou d’accords de paix.

Cohen n’a pas fait de commentaire sur cette affaire. Le bureau de Netanyahu a déclaré vendredi : « L’affirmation selon laquelle le Premier ministre [de l’époque] Netanyahu a parlé à des dirigeants étrangers et leur a offert ces systèmes en échange d’une réalisation politique ou autre est un mensonge complet. »

Hulio a également été interrogé sur les récentes informations qui ont provoqué une tempête de controverses en Israël, selon lesquelles la police israélienne a utilisé Pegasus pour espionner des civils, y compris des manifestants anti-Netanyahu et des Israéliens non soupçonnés de crimes. La police a nié avoir ciblé des manifestants, mais n’a pas nié avoir utilisé le logiciel dans certains cas, tout en maintenant que toute utilisation était légale et menée sous la surveillance d’un tribunal.

« En tant que citoyen, si les choses qui ont été écrites sont vraies, cela m’inquiète personnellement. Mais en tant que citoyen, je vous dis que je choisis de croire le procureur général, le ministre de la Sécurité intérieure et le chef de la police qui répètent sans cesse que ces choses ne sont jamais arrivées », a déclaré M. Hulio.

Le procureur général a récemment lancé une enquête sur ces allégations, bien qu’il ait déclaré qu’il ne disposait d’aucune preuve actuelle suggérant que la police se soit mal comportée.

Hulio a également déclaré que l’impossibilité d’être utilisé sur les numéros de téléphones portables israéliens fait « partie intégrante » de Pegasus.

À gauche : le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman, s’exprimant lors du sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Riyad, en Arabie saoudite, le 14 décembre 2022 ; à droite : Benjamin Netanyahu lors d’une réunion du parti Likoud à la Knesset à Jérusalem le 13 décembre 2021. (Bandar Aljaloud/Palais royal saoudien via AP ; Yonatan Sindel/Flash90)

Au sujet de la poursuite d’Apple contre NSO et des problèmes avec d’autres géants des médias, Hulio a déclaré : « Il y a une certaine hypocrisie. Ces géants, les Facebook, les Google, les Apple, sont ceux qui autorisent le cryptage de bout en bout. » Selon lui, cela crée une véritable difficulté pour les forces de l’ordre du monde entier qui espèrent arrêter des crimes dangereux.

« D’un autre côté, vous avez les cas extrêmes de terroristes et de criminels qui doivent être attrapés. Il y a un conflit entre le droit à la vie privée, qui est super important, et le droit à la sécurité nationale, qui est également super important. Et c’est exactement là que se situe l’argument ».

Il poursuit : « En tant que père, voulez-vous vraiment, Dieu nous en préserve, que quelqu’un harcèle votre fille en ligne, ou Dieu nous en préserve, la harcèle réellement… Vous voulez qu’elle puisse voyager en toute sécurité dans le bus. Vous voulez des outils comme ceux-ci. Assez de cette hypocrisie », a-t-il déclaré.

Selon la Douzième chaîne, NSO dispose déjà d’une technologie qui va encore plus loin que Pegasus – une technologie qui ne se contente pas de drainer les informations des appareils, mais les analyse également. En quelques secondes, elle peut cartographier précisément les connexions de communication, selon le rapport.

Leoz Michaelson, vice-président de la ligne de produits analytiques de NSO, explique que si les « modèles » de communication changent, comme des appels plus courts ou plus longs entre deux personnes en contact habituel, cela montre que « quelque chose se passe ».

Une Israélienne parle au téléphone devant le bâtiment qui héberge les bureaux du NSO Group à Herzliya, près de Tel Aviv, le 28 août 2016. (Crédit : by JACK GUEZ / AFP)

La Douzième chaîne a également interviewé trois des 600 employés de l’entreprise. À la question de savoir s’ils étaient gênés de travailler dans cette entreprise en raison de la mauvaise presse, l’un d’entre eux a répondu : « Absolument pas… nous nous promenons avec des chemises portant le logo de l’entreprise ». Il s’est également dit « fier » du travail de l’entreprise.

M. Michaelson a dit qu’ « il n’a pas été facile d’être un employé de NSO au cours de l’année écoulée », mais il a ajouté qu’il ne serait pas là s’il pensait que l’entreprise ne fonctionnait pas de manière légitime.

Ces derniers mois, deux hauts responsables de NSO ont quitté l’entreprise, dont son président, Asher Levy, mais son départ a été planifié il y a plusieurs mois et n’était pas lié aux récents troubles.

Hulio a déclaré qu’il avait fondé la société avec deux amis, initialement pour fournir un support technique pour les téléphones à distance. Ce n’est que plus tard que le trio a réalisé que sa technologie pouvait être utilisée à des fins de renseignement.

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il aurait répondu si, il y a 12 ans, on lui avait dit que le nom de son entreprise serait un jour connu dans le monde entier, Hulio a répondu : « J’aurais dit que vous êtes fou. »

Mais, a-t-il ajouté, « tant qu’il n’y aura pas d’autre solution au crime et au terrorisme, ces technologies n’auront pas de date d’expiration. »

« Je suis là pour rester. Nous, NSO, sommes là pour rester », a-t-il déclaré.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...