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Personnels soignants, héros planétaires de l’époque coronavirus

De Douala à New York, nouvel épicentre de la contagion, Guayaquil ou Rome, leur quotidien reste toutefois éprouvant, entre afflux de malades, manque d'équipements et peur

  • Un enfant de chœur portant un masque se tient à côté d'un crucifix dans une église du Saint-Rosaire vide, avec des photos de paroissiens posées sur des bancs d'église (non illustrés), dans le cadre des mesures de distanciation sociale en pleine pandémie de COVID-19, pendant la Messe du dimanche de Pâques à Angeles City, aux Philippines, le 12 avril 2020. (Crédit : Ted ALJIBE / AFP)
    Un enfant de chœur portant un masque se tient à côté d'un crucifix dans une église du Saint-Rosaire vide, avec des photos de paroissiens posées sur des bancs d'église (non illustrés), dans le cadre des mesures de distanciation sociale en pleine pandémie de COVID-19, pendant la Messe du dimanche de Pâques à Angeles City, aux Philippines, le 12 avril 2020. (Crédit : Ted ALJIBE / AFP)
  • Des personnels médicaux portant des masques et des combinaisons de protection lors des applaudissements à l'extérieur de l'hôpital de Barcelone, le 13 avril 2020. (Crédit : Josep LAGO / AFP)
    Des personnels médicaux portant des masques et des combinaisons de protection lors des applaudissements à l'extérieur de l'hôpital de Barcelone, le 13 avril 2020. (Crédit : Josep LAGO / AFP)
  • Des soldats patrouillent dans les rues du quartier Cisne 2, le long des rives de la rivière Estero Salado, à Guayaquil, en Équateur, le 14 avril 2020 dans le cadre de la pandémie de coronavirus. (Crédit : Jose SANCHEZ / AFP)
    Des soldats patrouillent dans les rues du quartier Cisne 2, le long des rives de la rivière Estero Salado, à Guayaquil, en Équateur, le 14 avril 2020 dans le cadre de la pandémie de coronavirus. (Crédit : Jose SANCHEZ / AFP)
  • Illustration : La police allemande patrouille pour s'assurer que les réglementations relatives à la distanciation sociale sont respectées dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de coronavirus à Berlin, en Allemagne, le lundi 23 mars 2020. (Crédit : Michael Kappeler / DPA via AP)
    Illustration : La police allemande patrouille pour s'assurer que les réglementations relatives à la distanciation sociale sont respectées dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de coronavirus à Berlin, en Allemagne, le lundi 23 mars 2020. (Crédit : Michael Kappeler / DPA via AP)
  • Le personnel médical quitte l'une des structures d'urgence mises en place pour faciliter les procédures à l'extérieur de l'hôpital de Brescia, en Italie du Nord, le 10 mars 2020. (Claudio Furlan/LaPresse via AP)
    Le personnel médical quitte l'une des structures d'urgence mises en place pour faciliter les procédures à l'extérieur de l'hôpital de Brescia, en Italie du Nord, le 10 mars 2020. (Claudio Furlan/LaPresse via AP)
  • Un homme portant un masque traverse le milieu de la 5e Avenue de New York, le 29 mars 2020. (AP Photo/Mary Altaffer)
    Un homme portant un masque traverse le milieu de la 5e Avenue de New York, le 29 mars 2020. (AP Photo/Mary Altaffer)
  • Un vendeur tente de vendre des masques de protection sur le pont vide de Galata le 1 avril 2020 à Istanbul, après que des responsables turcs ont appelé les citoyens à rester à la maison et à respecter les règles de distanciation sociale. (Crédit : Ozan KOSE / AFP)
    Un vendeur tente de vendre des masques de protection sur le pont vide de Galata le 1 avril 2020 à Istanbul, après que des responsables turcs ont appelé les citoyens à rester à la maison et à respecter les règles de distanciation sociale. (Crédit : Ozan KOSE / AFP)

Sur les balcons ou dans la rue, ils sont applaudis dans le monde entier. Médecins, infirmiers ou aides-soignant sont devenus pour leur dévouement les « héros » planétaires de la pandémie de coronavirus, qui a fait environ 127 000 morts et 2 millions d’infections.

De Douala à New York, nouvel épicentre de la contagion, Guayaquil ou Rome, leur quotidien reste toutefois éprouvant, entre afflux de malades, manque d’équipements, peur de la contamination ou accompagnement de patients sévèrement atteints.

Avec les correspondants du réseau AFP, paroles de soignants au temps du Covid-19 :

ITALIE : la peur de la contamination

Sur cette photo prise derrière une vitre, des docteurs soignent des patients atteints du COVID-19 en soins intensifs à l’hôpital San Matteo à Padoue, dans le nord de l’Italie, le jeudi 26 mars 2020. (Crédit : Claudio Furlan/LaPresse via AP)

En Italie, un des pays les plus touchés au monde, des dizaines de médecins et infirmiers sont morts du coronavirus et des milliers de membres du personnel de santé ont été contaminés.

Masques, casques, gants, combinaisons, charlottes… transforment progressivement infirmiers et médecins en cosmonautes. Et cela prend beaucoup de temps : « Nous ne fixons pas une durée précise pour ce processus, mais nous avons estimé que pour une vacation de sept heures, environ 40-50 minutes sont utilisées rien que pour l’habillage », explique Silvana Di Florio, infirmière coordinatrice à l’unité de soins intensifs Covid-19 de l’hôpital Tor Vergata de Rome.

« Pour ce qui est du lavage des mains et la décontamination des mains, on peut parler de 60-75 minutes par jour », ajoute-t-elle, après avoir morigéné une aide-soignante sans masque de protection.

« Le personnel médical ne doit pas tomber malade, pas tant pour sa capacité de travail mais parce que ce ne serait pas juste ! », lance-t-elle.

EQUATEUR : chaos dans les rues

Des soldats patrouillent dans les rues du quartier Cisne 2, le long des rives de la rivière Estero Salado, à Guayaquil, en Équateur, le 14 avril 2020 dans le cadre de la pandémie de coronavirus. (Crédit : Jose SANCHEZ / AFP)

« Nous sommes partis en guerre sans armes ! » Cloîtrée, une infirmière malade ne cache pas sa colère à Guayaquil : dans ce port de la côte pacifique, 80 de ses collègues ont été contaminés, cinq sont déjà décédés.

Avec des centaines de cadavres dans les logements faute de place à la morgue et des services hospitaliers et funéraires débordés, le coronavirus provoque le chaos dans la capitale économique de l’Equateur, un des pays d’Amérique latine les plus touchés par la pandémie.

« Les équipements nécessaires n’étaient pas prêts alors que cela (l’épidémie) arrivait déjà en dévastant l’Europe », déplore cette femme de 55 ans, contrainte de se soigner chez elle, les hôpitaux étant saturés.

Son service d’urgence a accueilli des patients présentant des « symptômes importants, mais faute de tests, ils étaient soignés comme s’ils souffraient d’une grippe et renvoyés chez eux ».

« Nous n’avions pas de matériel de protection personnelle, mais nous ne pouvions refuser de nous occuper des patients », explique-t-elle.

CAMEROUN : comment faire avec ses proches ?

Yaoundé, la capitale du Cameroun. (Crédit : Bdx / CC BY-SA 4.0)

« C’est compliqué également avec la famille », témoigne le Dr Roger Etoa, médecin de 36 ans et directeur d’un centre de santé à Douala, une des principales villes du Cameroun, parmi les plus touchés d’Afrique subsaharienne.

« Je vis avec ma femme et mes enfants, quand j’arrive le soir je fonce à la douche, mais il est difficile d’empêcher les enfants de vous sauter dessus », témoigne-t-il, « par mesure de précaution, je prends de la chloroquine » même si « on ne sait pas encore si cela fonctionne en préventif, ou même en curatif, mais je préfère au cas où ».

« Nous avons peur, comme le reste de la population, peur d’avoir mal mis son masque, mal ajusté sa blouse, lorsqu’on est face à un patient qui présente des symptômes », confie le médecin.

« Lorsqu’on se lève le matin, qu’on a un peu mal à la tête, on se demande : ‘Et si c’était ça ? Et si c’était notre tour de contracter le virus ?' », ajoute-t-il.

ESPAGNE : patients coupés de leurs familles

Des personnels médicaux portant des masques et des combinaisons de protection lors des applaudissements à l’extérieur de l’hôpital de Barcelone, le 13 avril 2020. (Crédit : Josep LAGO / AFP)

« C’est difficile de voir qu’il y a des patients seuls et qui n’ont pas de familles pour les accompagner », raconte Antonio Álvarez, infirmier de 33 ans dans l’unité de soins intensifs du Vall d’Hebron, le plus grand hôpital de Barcelone.

Il dit appeler les familles chaque jour et quand le patient est en phase terminale, faire en sorte qu’un membre de la famille puisse faire ses adieux derrière la vitre isolant le patient dans son box.

« Ils leur disent au revoir depuis la porte et c’est probablement la dernière fois qu’ils les voient » car les veillées funèbres ont été interdites.

« Si c’était un membre de ma famille, je ne pourrais pas rester tranquille, ni le voir derrière la porte, c’est une situation très difficile, un deuil très compliqué. »

TURQUIE : comme « en guerre »

Un vendeur tente de vendre des masques de protection sur le pont vide de Galata le 1 avril 2020 à Istanbul, après que des responsables turcs ont appelé les citoyens à rester à la maison et à respecter les règles de distanciation sociale. (Crédit : Ozan KOSE / AFP)

« Tout le monde travaille d’arrache-pied comme s’il était en guerre », dit le professeur Nuri Aydin, recteur de la faculté de médecine de Cerrahpasa à Istanbul. « L’atmosphère ici n’est pas celle d’un lieu de travail normal, mais celle d’un champ de bataille », décrit-il en faisant visiter l’hôpital.

Environ 60 % des cas de coronavirus en Turquie ont été recensés à Istanbul, ville tentaculaire de plus de 15 millions d’habitants et capitale économique de ce pays.

De peur de contaminer leurs proches, certains membres du personnel soignant dorment à l’hôtel ou dans des résidences étudiantes reconverties en centres d’hébergement.

« Ils accomplissent quelque chose de surhumain. Il n’y a pas de prix pour le travail des soignants, ils sont au service de l’humanité », loue M. Aydin.

ETATS-UNIS : le manque de protection

Un homme portant un masque facial traverse le milieu de la 5e Avenue dans le Midtown Manhattan de New York, le 29 mars 2020. (AP Photo/Mary Altaffer)

« Nous sommes les combattants aux avants-postes (…) et nous n’avons ni les armes ni l’armure pour nous protéger contre l’ennemi », lance Judy Sheridan-Gonzalez, infirmière aux urgences lors d’une récente manifestation devant un hôpital new-yorkais. En cause comme dans de nombreux pays : le manque de masques, blouses et autres équipements de protection qui les met en danger, eux et leurs patients.

Avec environ 195 000 cas confirmés de COVID-19 et environ 10 000 morts, l’Etat de New York est l’épicentre de la pandémie aux Etats-Unis, pays aujourd’hui le plus affecté.

Benny Mathew, un de ses collègues infirmier de 43 ans, explique avoir contracté le virus après avoir soigné au moins quatre malades. Peu de temps après, sans fièvre, l’hôpital lui demandait pourtant de reprendre le travail.

« Le seul critère pour eux était la fièvre. Ils m’ont dit de mettre un masque et de revenir… On manque de personnel, donc je pense que c’était mon devoir de revenir (…) mais j’avais peur de transmettre la maladie à mes collègues, aux patients qui ne l’ont pas », dit-il.

PHILIPPINES : un « cauchemar »

Un enfant de chœur portant un masque se tient à côté d’un crucifix dans une église du Saint-Rosaire vide, avec des photos de paroissiens posées sur des bancs d’église (non illustrés), dans le cadre des mesures de distanciation sociale en pleine pandémie de COVID-19, pendant la Messe du dimanche de Pâques à Angeles, aux Philippines, le 12 avril 2020. (Crédit : Ted ALJIBE / AFP)

« C’est un cauchemar vivant », témoigne Ferdinand de Guzman, médecin de l’hôpital San Lazaro de Manille et, à 60 ans, lui-même personne à risque. Dans ce centre spécialisé dans les maladies infectieuses, on en a vu d’autres, mais jamais rien de tel.

Le nombre de lits pour soins intensifs est limité et les médecins sont contraints de faire du « triage » face aux patients qui arrivent.

« Nous n’aimons pas nous prendre pour Dieu mais les médecins doivent prendre des décisions, explique-t-il.

Et le retour à la maison après les journées de 12 heures de travail tourne au calvaire. « Nous ne voulons pas rentrer » car « nous sommes inquiets pour nos familles ».

ALLEMAGNE : aide au voisin français

Illustration : La police allemande patrouille pour s’assurer que les réglementations relatives à la distanciation sociale sont respectées dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de coronavirus à Berlin, en Allemagne, le lundi 23 mars 2020. (Crédit : Michael Kappeler / DPA via AP)

« Nous avons eu deux patients, de 64 et 68 ans, qui sont venus de Colmar en France et qui ont pu maintenant repartir » dans leur pays, raconte Thomas Kirschning, 44 ans, coordinateur de l’unité de soins intensifs de l’hôpital de Mannheim, situé dans une région frontalière.

« Cela a été motivant pour l’équipe de pouvoir aider car nous avions encore des lits à Mannheim. Et cela allait de soi pour tout le monde de prendre en charge ces patients dans la mesure où la France était confrontée à une situation d’urgence », ajoute-t-il.

Pour lui aussi le retour à la maison le soir se fait avec appréhension. « Nous essayons de ne pas commettre d’erreur et de ne pas nous mettre en danger », explique cet homme marié et père de deux filles.

Mais à la maison, « il est clair qu’on n’a pas tout à fait la même proximité que si nous n’avions pas cette pandémie. Nous sommes tous un peu inquiets, ma famille pour moi et moi pour la famille ».

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