Israël en guerre - Jour 146

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Opinion

Peut-on obtenir la libération des otages sans compromettre la guerre contre le Hamas ?

Les exigences draconiennes des terroristes palestiniens semblent poser un dilemme insoluble, en particulier pour un gouvernement en crise ; Tsahal semble penser qu'il y a une solution

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Joseph Avi Yair Engel (à droite), dont les parents étaient des survivants de la Shoah et dont le petit-fils a été libéré de captivité à Gaza, s'exprime lors d'un rassemblement sur la Place des Otages, à Tel Aviv, le 27 janvier 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Joseph Avi Yair Engel (à droite), dont les parents étaient des survivants de la Shoah et dont le petit-fils a été libéré de captivité à Gaza, s'exprime lors d'un rassemblement sur la Place des Otages, à Tel Aviv, le 27 janvier 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

L’accord de 2011 pour la libération de Gilad Shalit, le soldat de Tsahal retenu en otage à Gaza par le Hamas pendant cinq ans, était déjà impossible à justifier à l’époque. Il était injustifiable parce que la libération de 1 027 prisonniers sécuritaires palestiniens, dont beaucoup purgeaient de multiples peines de prison à vie pour avoir assassiné des Israéliens, entraînerait inévitablement la mort d’un grand nombre d’innocents. Le fait que Yahya Sinwar, l’architecte des massacres barbares du 7 octobre dans le sud d’Israël, figurait parmi les prisonniers libérés à l’époque souligne, de la pire des manières, l’ampleur de cette erreur stratégique catastrophique.

Le dilemme auquel est confronté aujourd’hui le gouvernement israélien, avec à sa tête le même Premier ministre, est encore plus complexe.

Comme il était évident qu’il le ferait, le Hamas se sert des 132 otages qu’il détient depuis le 7 octobre comme d’un levier pour tenter de survivre à la campagne israélienne de destruction de ses capacités militaires, pour maintenir son emprise sur Gaza et pour obtenir la libération de tous les prisonniers sécuritaires palestiniens qui se trouvent aujourd’hui dans les prisons israéliennes. Il y en aurait quelque 8 600 au total ; environ 1 000 d’entre eux auraient participé au massacre du 7 octobre ou ont été capturés au cours de la guerre qui fait rage depuis cette date.

La trêve d’une semaine conclue à la fin du mois de novembre avait permis de libérer 105 otages israéliens et autres en échange de 240 prisonniers de sécurité palestiniens, ce qui représentait un « prix » relativement bas. Aujourd’hui, cependant, les exigences du Hamas sont d’un tout autre ordre, et les satisfaire pleinement aurait d’immenses implications stratégiques.

Le 7 octobre dernier, l’État et la Défense ont failli à leurs responsabilités envers le peuple d’Israël. Ce manquement est toujours aussi inacceptable et insondable et le pays n’a pas encore pleinement accepté les vies perdues ce jour-là. Mais la vie des otages, de la plupart d’entre eux (29 captifs israéliens ont été officiellement déclarés morts), peut encore être sauvée.

La majorité de ces otages, qui depuis 117 jours subissent l’impensable aux mains du régime terroriste sanguinaire de Gaza, sont des civils qui ont été enlevés dans leurs maisons, leurs communautés et au festival de musique Supernova, alors que tout autour d’eux d’autres étaient brûlés vifs, exécutés et violés. Israël a, à juste titre, fait de leur libération l’un des deux objectifs principaux de sa guerre, au même titre que le démantèlement du Hamas. Il ne peut et ne doit pas les abandonner à nouveau – pour leur bien, pour le bien de leurs proches et pour le bien d’un pays tout entier qui a besoin de savoir que son système de défense a retrouvé sa capacité à protéger son peuple.

La police des frontières israélienne monte la garde alors que des manifestants, y compris des parents des otages détenus à Gaza depuis les attaques du 7 octobre par le Hamas, participent à une manifestation visant à empêcher les camions d’aide d’entrer dans le sud de la bande de Gaza, du côté israélien du poste frontière de Kerem Shalom, le 29 janvier 2024. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

Mais céder en totalité ou en grande partie aux exigences du Hamas aurait l’effet inverse. Cela reléguerait au second plan l’intérêt national capital de détruire le Hamas, qui est la raison pour laquelle Tsahal se bat depuis 117 jours, pour laquelle ses soldats risquent leur vie et pour laquelle 224 d’entre eux ont déjà perdu la leur jusqu’à présent. Toute concession à ces exigences permettrait au Hamas non seulement de rester au pouvoir, mais aussi de se réarmer et de répéter les attaques du 7 octobre. Ce qui pourrait encourager les autres ennemis d’Israël, plus puissants, à passer à l’action et empêcherait les dizaines de milliers d’Israéliens qui ont été contraints de quitter leurs maisons dans l’ouest du Neguev, ainsi que les dizaines de milliers d’autres près de la frontière nord, de pouvoir rentrer chez eux. Cela mettrait également les Israéliens dans une situation où, où qu’ils se trouvent dans le pays, ils auraient à s’inquiéter pour leur sécurité en permanence. En outre, cela discréditerait et marginaliserait les individus, les groupes et les gouvernements musulmans non extrémistes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé en début de semaine que la guerre de Tsahal contre le Hamas se déroulait « mieux que prévu ». Et de fait, l’armée israélienne contrôle désormais le nord de la bande de Gaza, elle a retiré la plupart de ses forces du cœur de cette zone et se livre actuellement à des opérations de nettoyage de moindre intensité et à des raids ciblés contre ce que l’on estime être les quelques 2 000 hommes armés restants du Hamas sur les 14 000 qui s’y trouvaient à l’origine, les autres étant morts, blessés, en fuite ou capturés. Un processus similaire est en cours dans le centre de Gaza. Et, Khan Younès, dans le sud, où Tsahal a pratiquement entièrement détruit deux des quatre bataillons du Hamas et s’attaque maintenant aux deux autres, n’est pas en reste.

Un char israélien se dirige vers une position à la frontière avec la bande de Gaza, vue du sud d’Israël, le 30 janvier 2024. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Pourtant, à Rafah, où Sinwar et ses chefs sembleraient se cacher, entourés d’otages pour les protéger, le Hamas n’a pas été inquiété. Cela s’explique en partie par le fait qu’opérer dans cette ville située à la frontière entre Gaza et l’Égypte nécessite une coordination avec l’Égypte, ce que les dirigeants politiques ont rechigné à faire ou n’ont pas pu faire jusqu’à présent. Si on laisse le Hamas conserver les rênes du pouvoir à Rafah, il ne fait aucun doute qu’il profitera de toute pause dans les combats, en particulier dans le cadre d’un accord sur les otages, pour se réorganiser et réarmer ses forces dans d’autres parties de la bande de Gaza.

Pour l’heure, comme l’a résumé l’ancien chef des opérations de Tsahal, Yisrael Ziv, dans une interview accordée à la radio de l’armée mercredi matin, le Hamas est passé à la guérilla dans les parties de Gaza où ses bataillons ne sont plus opérationnels. Il a réquisitionné les camions d’aide humanitaire qui affluent dans la bande de Gaza, et tire un profit financier de l’acheminement de l’aide tout en réaffirmant sa capacité de gouvernance. En raison du refus du gouvernement israélien de discuter du fond, et encore moins de commencer à structurer une gouvernance civile interne alternative à Gaza, le Hamas, assisté par l’UNRWA, reste, paradoxalement, le seul interlocuteur en matière de gouvernance.

Et c’est précisément ce qui explique pourquoi Sinwar, tout en étant certainement parfaitement conscient que ses bataillons ne sont pas à la hauteur de l’armée israélienne, plutôt que de manifester un quelconque désespoir, formule des exigences qu’Israël ne saurait satisfaire en contrepartie des otages qu’il ne saurait abandonner.

Rivalité au sommet

Treize ans après avoir pris la mauvaise décision dans l’affaire Shalit, Netanyahu et ses collègues sont confrontés à un dilemme de taille et peu enviable. Il semble en outre qu’il soit impossible d’y remédier d’un point de vue politique.

Le ministre du cabinet de guerre Benny Gantz et l’observateur du cabinet Gadi Eisenkot soutiennent que la question des otages doit rester prioritaire et que la guerre d’Israël contre le Hamas risque de durer « toute une génération », selon les termes de Gantz. À l’extrême droite de la coalition, Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir sont fermement opposés à la libération des prisonniers sécuritaires palestiniens, et Ben Gvir a menacé mardi de faire tomber le gouvernement si un accord « irresponsable » était conclu.

Choisissant soigneusement ses mots, Netanyahu a promis, en réponse, qu’Israël ne libérerait pas « des milliers de terroristes » ou ne retirerait pas Tsahal de Gaza dans le cadre d’un accord, et que la guerre ne se terminerait pas sans une « victoire absolue ».

Le ministre de la Défense Yoav Gallant (à gauche) et le ministre du cabinet de guerre Benny Gantz à Beit Hanoun, dans le nord de Gaza, le 23 décembre 2023. (Crédit : Elad Malka/Ministère de la Défense)

Y a-t-il un terrain d’entente qui permettrait à Israël d’atteindre ces deux objectifs essentiels : le démantèlement du Hamas et le retour des otages ?

Il est difficile d’imaginer le Hamas modérer sensiblement ses exigences, à moins ou jusqu’à ce que Sinwar estime que les perspectives de survie du groupe terroriste sont bien plus faibles qu’il ne le pense aujourd’hui. Il a peut-être cru qu’Israël aurait du mal à reprendre la guerre lorsqu’il négociait la trêve de novembre dans des conditions relativement clémentes, et il ne refera pas facilement cette erreur.

Toutefois, la véritable question qui se pose en ce moment fatidique est de savoir si Israël serait réellement en mesure de reprendre sa campagne à Gaza après une pause de six à huit semaines, comme le prévoit l’accord sur les otages actuellement présenté, compte tenu de l’intensification de la campagne électorale américaine, de l’impatience, de la colère et de l’opposition croissantes à l’égard d’Israël au sein de la communauté internationale, renforcées par un arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) qui a entaché Israël d’une allégation de génocide, même si ses ordres pratiques ont clairement indiqué qu’elle ne croyait pas à cette allégation.

Selon des sources militaires, Tsahal serait convaincu de sa capacité à reprendre la guerre, même après une trêve prolongée destinée à obtenir la libération des otages. Ces sources précisent que pendant cette trêve, le Hamas se regrouperait sans doute partiellement, que les combats dans les zones où Tsahal a déjà établi sa suprématie s’intensifieraient ensuite, ne reprenant pas au même point auquel ils s’étaient arrêtés, et que l’armée serait capable de rétablir à nouveau son contrôle.

Mais qu’en est-il de la communauté internationale, et en particulier des États-Unis, sans le soutien diplomatique et surtout pratique desquels Israël ne pourrait pas se battre longtemps ?

L’eau et le fer

Tsahal a confirmé mardi qu’elle avait utilisé de l’eau de mer pour inonder les tunnels du Hamas à Gaza.

Cette information est un secret de polichinelle car elle a été largement discutée et rapportée depuis des semaines, dans le respect des limites de la censure militaire.

Des sources militaires reconnaissent toutefois que cette tactique n’est pas une formule magique et qu’elle n’a été utilisée qu’avec un effet limité, principalement dans des tunnels petits et relativement proches de la mer.

Un tuyau inondant un tunnel du Hamas, près de la place de Palestine, dans le quartier de Rimal à Gaza, le 19 décembre 2023. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israël)

Le Dôme de Fer, en revanche, s’est révélé incroyablement efficace dans cette guerre. On estime que 9 000 roquettes ont été tirées de Gaza et ont franchi la frontière. Le taux de réussite du Dôme de Fer – déclenché lorsque les roquettes semblent se diriger vers des zones habitées – est largement supérieur à 90 %. Mais ce n’est pas un remède miracle : les éclats d’obus interceptés peuvent être mortels. Qui plus est, le Hamas disposerait d’encore plusieurs milliers de roquettes, d’après la plupart des estimations.

Paradoxalement, si ce système a permis jusqu’à présent de considérablement limiter les effets dévastateurs des missiles du Hamas, il a aussi contribué à transformer la guerre du Hamas contre Israël en une guerre d’Israël contre Gaza aux yeux de ceux qui ne se donnent pas la peine de regarder de plus près ce qui se passe ici.

Risques du nord

Le conflit élargi déclenché par le 7 octobre ne saurait prendre fin sans que le Hezbollah ne s’éloigne ou ne soit éloigné de la frontière nord.

Il est probable que si le cheikh Hassan Nasrallah avait voulu faire la guerre à Israël, il l’aurait déclenchée il y a longtemps. Mais ses forces restent très proches de la frontière, les affrontements se poursuivent sans relâche et le risque d’escalade est élevé.

Tsahal se prépare depuis des mois à une guerre dans le nord, et le ministre de la Défense Yoav Gallant a indiqué à plusieurs reprises que, si le Hezbollah ne se repliait pas au-delà du fleuve Litani par la voie diplomatique, une action militaire s’imposerait.

Une unité d’artillerie israélienne tire des obus vers le Liban, dans le nord d’Israël, le 15 janvier 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Si la situation continue de se détériorer, a prévenu Gallant mardi, « la situation à Haïfa ne sera pas bonne, mais à Beyrouth, la situation sera dévastatrice ».

Il est vrai que la situation à Haïfa pourrait être compliquée, dans la mesure où le Hezbollah dispose d’un vaste arsenal de roquettes capable de frapper le nord du pays. Mais elle ne serait pas bonne non plus à l’intérieur d’Israël, puisque Nasrallah disposerait de plusieurs milliers de missiles à guidage de précision pouvant atteindre n’importe quelle zone d’Israël.

En d’autres termes, Tsahal est peut-être prêt pour une offensive, mais le front intérieur ne l’est manifestement pas.

Luttant pour sa survie politique depuis le 7 octobre, Netanyahu fait tout ce qu’il peut pour se décharger de la responsabilité personnelle du désastre, pour réécrire l’histoire qui l’a précédé, pour éviter une inévitable commission d’enquête de l’État, pour maintenir la cohésion de sa coalition et pour éviter des élections.

À cette fin, il refuse systématiquement d’admettre le fait simple et indéniable qu’en tant que Premier ministre, le seul à disposer de toutes les informations militaires, diplomatiques, de renseignement et autres, c’est à lui qu’incombe au bout du compte la responsabilité du désastre.

Au cours des semaines et des mois qui ont suivi le 7 octobre, il a cherché à invoquer les accords d’Oslo comme le péché originel, a mis en avant sa démission avant le désengagement de Gaza en 2005 et, dans une interview accordée cette semaine, il a tenté de faire croire qu’il n’avait jamais adhéré à l’idée que le calme avec le Hamas puisse être acheté.

Quels que soient les fondements de ces affirmations – et la dernière est plus que mensongère – le fait est que Netanyahu a été au pouvoir pendant plus de treize des seize années et demi de règne du Hamas sur la bande de Gaza. Personne, absolument personne, n’arrive à la cheville de Netanyahu en ce qui concerne les orientations politiques qui ont régi les interactions d’Israël avec les dirigeants terroristes de la bande de Gaza.

Le Premier ministre est devenu plus belliqueux ces dernières semaines et ces derniers mois. Il ne donne plus de conférences de presse conjointes avec Gantz et Gallant – un triste reflet de l’animosité toxique qui règne au sommet du gouvernement. Netanyahu fait aujourd’hui cavalier seul et sème de plus en plus la discorde.

Depuis quelques semaines, il tente de faire croire que le Hamas voudrait voir Israël précipité dans des élections alors que le pays est en pleine guerre, et le voir lui disparaître, laissant entendre que s’opposer à ce qu’il reste à son poste de Premier ministre équivaut à s’opposer à l’effort de guerre, et donc revient à faire preuve de manque de patriotisme.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse au siège du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 22 novembre 2023. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Lors de sa dernière apparition, samedi soir, il a exhorté les familles d’otages à cesser de protester, arguant qu’elles ne faisaient que faire grimper le prix des négociations avec le Hamas, et a tenté de suggérer qu’elles étaient manipulées par ceux qui organisent leurs activités.

Il a également intensifié son hostilité ouverte et son mépris à l’égard des médias. Face à l’une des nombreuses questions hostiles qui lui ont été posées, il a répété à maintes reprises le mantra suivant : « Je me bats contre le Hamas, et vous [les journalistes] vous vous battez contre moi. Voilà la différence. »

Samedi, Yuval Sade, journaliste au quotidien économique Calcalist, lui a demandé comment, à son avis, les familles qui envoient leurs proches à l’armée devraient réagir au fait que son gouvernement finance des organisations qui aident d’autres Israéliens qui ne souhaitent pas servir à être dispensés de servir dans l’armée – une allusion à un certain nombre d’organisations Haredim. Avant de poser sa question, Sade a souligné qu’il venait de servir plus de cent jours en tant que réserviste de combat.

Netanyahu ne s’est pas laissé décontenancer. Rejetant la question comme étant « partiale, infondée, inexacte », il a accusé Sade d’essayer de semer la division en Israël. Il a ensuite invoqué son mantra : « Encore une fois, je me charge de détruire le Hamas, et vous, vous vous contentez de me faire la guerre. » Et ce, à un journaliste qui venait de lui dire qu’il rentrait à peine du front.

Prisonniers de l’extrême droite depuis treize mois, onze ministres et quinze députés de la coalition de Netanyahu – soit une grande partie de celle-ci – ont participé dimanche à une conférence réunissant des milliers de personnes à Jérusalem et consacrée au rétablissement des implantations juives dans l’enclave de Gaza. Lors de la conférence de presse de samedi, il a affirmé que ses collègues avaient le droit de dire ce qu’ils pensaient et a rappelé qu’il était opposé au rétablissement des implantations à Gaza. Lors de l’événement lui-même, marqué par des danses et des applaudissements outrageusement déplacés en pleine guerre, ainsi que par l’affichage d’une pancarte appelant au « transfert » des Palestiniens de Gaza, son propre collègue ministre du Likud, Shlomo Karhi, a soutenu que les habitants de Gaza devraient être contraints de partir.

Des ministres du gouvernement et des élus de la coalition dansant lors d’une conférence promouvant le rétablissement d’implantations israéliennes à Gaza, au Centre de conventions internationales de Jérusalem, le 28 janvier 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

L’idée de rétablir des implantations dans la bande de Gaza semble gagner du terrain. Un sondage d’opinion réalisé mardi soir sur la Douzième chaîne a révélé que 38 % des personnes interrogées soutenaient cette idée, contre 51 % qui s’y opposaient.

Smotrich et Ben Gvir, qui ont tous deux pris la parole lors de l’événement, souhaitent manifestement voir un Gaza après la guerre dans lequel Israël maintiendrait non seulement un contrôle sécuritaire total, mais aussi une gouvernance complète, ainsi qu’une présence civile juive rétablie. Outre les conséquences dévastatrices pour Israël – sur le plan démographique, juif et international – de la reprise en charge de 2,3 millions de Palestiniens dans les ruines d’un Gaza après-guerre, les implications en matière de sécurité devraient à elles seules suffire à faire réfléchir les partisans potentiels de ce projet. Tsahal, terriblement dysfonctionnelle avant le 7 octobre, perpétuellement à bout de souffle et combattant ou se préparant à combattre sur de multiples fronts, ne serait pas en mesure d’assumer la charge supplémentaire d’assurer la sécurité de la population juive de Gaza. Netanyahu n’ose cependant pas le dire explicitement car, comme pour tant d’autres sujets de discorde, il craint de s’aliéner l’extrême droite. Un autre point de friction national est donc en train de voir le jour sous son mandat.

La guerre à Gaza est loin d’être gagnée. Le gouvernement est confronté à un dilemme quasi-impossible face à un accord éventuel sur les otages. Nous devons dès aujourd’hui planifier le « Gaza d’après-guerre ». De toute évidence, nous ne sommes pas encore parvenus au « jour d’après » en Israël.

Mais il faut que ce jour arrive, car Israël n’a pas d’autre choix que de sortir vainqueur de cette guerre. Ce n’est qu’alors que pourra véritablement démarrer un processus essentiel de guérison nationale. De toute évidence, Netanyahu refuse de l’accepter et il est impossible de concevoir comment ce personnage obsessionnel, instinctivement clivant, pourrait participer à ce processus.

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