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Pittsburg enterre les premières des 11 victimes juives

Le président américain est attendu en fin d'après-midi ; le gouverneur de Pennsylvanie et le maire ne l'accompagneront pas

Les personnes en deuil se rassemblent devant la congrégation de Rodef Shalom avant les funérailles des frères Cecil et David Rosenthal, le mardi 30 octobre 2018 à Pittsburgh. Les deux frères ont été tués samedi lors de la fusillade à la synagogue Tree of Life. (Crédit : AP / Matt Rourke)
Les personnes en deuil se rassemblent devant la congrégation de Rodef Shalom avant les funérailles des frères Cecil et David Rosenthal, le mardi 30 octobre 2018 à Pittsburgh. Les deux frères ont été tués samedi lors de la fusillade à la synagogue Tree of Life. (Crédit : AP / Matt Rourke)

Pittsburg enterre mardi les premières victimes de la pire tuerie antisémite jamais perpétrée aux Etats-Unis, avant de recevoir la visite de Donald Trump et de sa femme Melania qui risquent d’être fraîchement accueillis.

Le président vient « exprimer le soutien du peuple américain » à cette ville meurtrie de Pennsylvanie (est), bien que plusieurs voix se soient élevées pour lui demander de rester à Washington, l’accusant d’avoir désinhibé l’extrême droite avec ses déclarations enflammées.

Plus de mille personnes ont indiqué sur Facebook qu’elles participeraient à une manifestation de protestation en marge de sa visite, dans l’après-midi.

En attendant, l’heure est au recueillement avec les funérailles des premières victimes de Robert Bowers, 46 ans, qui a tué onze fidèles et fait six blessés samedi dans la synagogue Tree of Life avant d’être arrêté.

Une photo de Jerry P. Rabinowitz, victime de la tuerie perpétrée dans la synagogue de l’Arbre de la vie, le samedi 27 octobre 2018 à Pittsburgh. (Crédit : AP / Gene J. Puskar)

En attendant la famille, un membre du personnel de la clinique médicale du Docteur Rabinowitz déclare qu’il a régné une atmosphère funèbre au bureau après l’attentat; des dizaines de patients ont exprimé leur état de choc et leurs condoléances. « Il nous manquera beaucoup », dit-elle. Le rabbin Doris Dayan de la communauté reconstructionniste Dor Chadash dont faisait partie Rabinovitz commence l’office.

« La prière est ce qui nous aide à accepter ce qui est », dit Dayan, devant ceux qui se sont rassemblés pour la prière traditionnelle du « Baruch Dayan Ha’emet ». Dayan a évoqué la signification du deuil et a demandé aux endeuillés de réciter des psaumes et de citer le nom de Rabinowitz.

Un ami d’enfance du docteur Jerry Rabinowitz a déclaré mardi que leur amitié était inévitable : « Nous étions alignés par taille ».

Lors d’un éloge funèbre ponctué de plus de rires que de larmes, le médecin a expliqué qu’au moment où il avait fallu choisir sa spécialité, Rabinowitz était devenu médecin de famille en raison de son engagement en faveur de l’humanité. Cet ami a mentionné l’amour inexpiable que portait Rabinowitz à Abbot et à Costello et son sérieux lorsqu’il était étudiant.

“Le rire a été la clé de voûte de notre amitié, mais il nous a parfois créé des problèmes », a-t-il dit.

« Nous étions toujours, l’un et l’autre, à une distance qu’on pouvait parcourir en vélo », ajoute-t-il, indiquant que les deux hommes étaient partis, plus tard, s’installer dans des villes différentes. « Je connaissais la famille de Jerry, il connaissait la mienne… Il accordait de l’attention à tout le monde. »

“Jerry restera pour toujours dans mon coeur », a conclu l’ami, Mark.

Le docteur Kenneth Selco, qui partageait le cabinet de Rabinowitz, est monté à la tribune et s’est souvenu de leur rencontre autour du football en salle. Selco avait rejoint Rabinowitz en 1986, lorsque l’épidémie de SIDA était à son paroxysme. Les deux médecins avaient pris la direction de la plus grande clinique du VIH dans le secteur. Il s’est également rappelé des engagements bénévoles et caritatifs de Rabinowitz, qui parcourait des centaines de kilomètres en vélo pour collecter des fonds.

Selco a terminé son discours par des paroles prononcées par Rabinowitz : « La mort n’est pas la pire chose. De longues souffrances sont pires ». « J’ai le sentiment d’avoir perdu un frère », a-t-il conclu.

Une femme pleure avant les funérailles des frères Cecil et David Rosenthal, le mardi 30 octobre 2018 à Pittsburgh. Les deux frères ont été tués samedi lors de la fusillade à la synagogue Tree of Life. (Crédit : AP / Matt Rourke)

Deux frères unis dans la mort, comme ils l’étaient dans la vie : Cecil et David Rosenthal, 59 et 54 ans, sont tombés ensemble sous ses balles pendant l’office du Shabbat, et seront enterrés ensemble dans un cimetière juif de la ville.

Vêtus de noir, des habitants endeuillés de Pittsburgh, de toutes confessions ou origines, ont commencé à affluer au petit matin vers la synagogue Rodef Shalom, à environ cinq minutes en voiture de celle victime de l’attaque, pour leur rendre un dernier hommage.

Les deux frères, qui vivaient ensemble dans un foyer pour adultes ayant des déficiences intellectuelles, « n’avaient pas une once de méchanceté en eux », a confié à l’AFP Donald Pasquarelli, un policier ayant souvent assuré la sécurité de la synagogue attaquée, où les frères étaient bien connus.

« Ils n’étaient pas des handicapés, mais juste des types super », a-t-il ajouté avec émotion.

Les personnes en deuil se rassemblent devant la congrégation de Rodef Shalom avant les funérailles des frères Cecil et David Rosenthal, le mardi 30 octobre 2018 à Pittsburgh. Les deux frères ont été tués samedi lors de la fusillade à la synagogue Tree of Life. (Crédit : AP / Matt Rourke)

Comme eux, la plupart des victimes de Robert Bowers étaient des gens vulnérables, pour certains très âgés. Rose Mallinger avait 97 ans, les époux Simon étaient octogénaires… Leurs funérailles sont prévues toute la semaine.

« Je voulais juste tuer des juifs », a expliqué leur meurtrier après son arrestation. Inculpé de 29 chefs d’accusation, il encourt la peine de mort.

Le couple présidentiel doit arriver à Pittsburgh quelques heures après l’inhumation des frères Rosenthal.

A LIRE – Trump : le transfert de l’ambassade, une preuve de l’affinité avec le peuple juif

« J’ai hâte » d’y être, a confié Donald Trump lors d’un entretien sur Fox News lundi soir.

« J’aurais aimé venir plus tôt mais je ne voulais pas déranger », a ajouté le président qui a vivement condamné la tuerie et a appelé à éradiquer « le poison de l’antisémitisme ».

Les personnes en deuil se rassemblent devant la congrégation de Rodef Shalom avant les funérailles des frères Cecil et David Rosenthal, le mardi 30 octobre 2018 à Pittsburgh. Les deux frères ont été tués samedi lors de la fusillade à la synagogue Tree of Life. (Crédit : AP / Matt Rourke)

La population de Pittsburgh ne partage pas forcément son enthousiasme : plusieurs personnalités de la communauté juive locale lui ont demandé d’annuler son déplacement et des opposants ont prévu de l’accueillir avec une manifestation.

Le milliardaire républicain « n’est pas le bienvenu dans ma ville », a ainsi déclaré Lynnette Lederman, ancienne présidente de Tree of Life, l’accusant d’attiser la haine avec son ton incendiaire.

« Ces trois dernières années, vos paroles et vos politiques ont enhardi un mouvement nationaliste blanc qui grandit de plus en plus. Vous avez vous-même qualifié le meurtrier de maléfique, mais la violence survenue hier est (le résultat) direct de votre influence », affirment les responsables religieux dans leur lettre ouverte.

Ils appelent Donald Trump à « dénoncer sans réserve le nationalisme blanc », à « cesser de cibler et de mettre en danger toutes les minorités », à « cesser de s’en prendre aux migrants et aux réfugiés » et à « s’engager dans des politiques démocratiques » qui « reconnaissent la dignité de tous ».

Tant qu’il ne l’aura pas fait, le président américain – qui a annoncé son intention de se rendre à Pittsburgh – n’est pas le bienvenu dans la ville, assure la lettre.

Dans cette image du 28 octobre 2018, Barry Werber décrit comment il a survécu à la fusillade dans la synagogue de Pittsburgh lors d’une interview à Pittsburgh, aux États-Unis. (Crédit : AP / Robert Bumsted)

L’un des survivants de l’attentat qui a frappé une synagogue de Pittsburgh a exhorté lundi le président américain Donald Trump à ne pas venir présenter ses condoléances à la communauté.

« J’espère qu’il ne viendra pas. Il ne servira à rien », a déclaré Barry Werber à la chaîne Hadashot.

« Cela fait partie de son programme de susciter cela. Il se qualifie de nationaliste. Le dernier groupe politique que j’ai entendu s’appeler nationalistes, c’était les nazis. »

Les funérailles des frères Cecil et David Rosenthal, le mardi 30 octobre 2018 à Pittsburgh. Les deux frères ont été tués samedi lors de la fusillade à la synagogue Tree of Life. (Crédit : AP / Matt Rourke)

Le président américain est attendu en fin d’après-midi ; le gouverneur de Pennsylvanie et le maire ne l’accompagneront pas

Beth Melena, porte-parole de la campagne du gouverneur démocrate de Pennsylvanie Tom Wolf, a déclaré que le gouverneur avait fondé sa décision sur les informations communiquées par les familles des victimes, qui lui avaient déclaré ne pas vouloir que le président soit là le jour de l’inhumation de leurs proches.

Le maire démocrate Bill Peduto a déclaré qu’il ne saluerait pas non plus Trump. Il avait dans un premier temps déclaré : « Je pense que ce serait mieux de concentrer nos attentions sur ces familles cette semaine et, s’il doit y avoir une visite, de choisir un autre moment », a-t-il déclaré sur CNN.

Plus tôt, Peduto avait déclaré que la Maison Blanche devrait consulter les familles des victimes au sujet de leurs préférences et a demandé que le président ne vienne pas lors d’un enterrement.

Bill Peduto en avril 2018 à Pittsburgh (Crédit : AP/Keith Srakocic)

Mais le rabbin Jeffrey Myers, qui était présent dans la synagogue lors de la fusillade et a aidé des fidèles, ne partage pas cette position. « Je suis un citoyen. Il est mon président. Il est bien sûr le bienvenu », a-t-il déclaré lundi.

Venue rendre hommage aux frères Rosenthal avec son époux, Joanna Izenson a confié à l’AFP être à la fois « très triste et en colère ».

« Il y a toujours eu de l’antisémitisme mais on n’a pas toujours eu un président qui ne faisait rien contre », a-t-elle déclaré, en accusant Donald Trump de ne pas lutter contre l’antisémitisme pour plaire à ses supporteurs.

Le milliardaire républicain a une position ambiguë : sa fille Ivanka est convertie au judaïsme et il mène une politique étrangère pro-israélienne. Mais, il a parfois semblé ménager les suprématistes blancs, notamment lors de la marche à Charlottesville et il s’en prend souvent à des personnalités juives comme George Soros en utilisant des termes chers à l’extrême droite.

Malgré les appels à l’apaisement, M. Trump n’a pas baissé de ton à quelques jours d’élections législatives cruciales pour la suite de son mandat. Lundi il évoquait encore une « invasion » de migrants ou des médias « ennemis du peuple ».

Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump sur scène avec sa fille, Ivanka Trump, au quatrième jour de la Convention nationale républicaine à Cleveland, en Ohio, le 21 juillet 2016. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)

« Je vais voter quoi qu’il arrive », confie Linda Cardimen, une orthophoniste à la retraite venue se recueillir devant un mémorial improvisé, près de la synagogue de Pittsburgh où les onze fidèles ont été abattus samedi.

Elle est venue avec son époux depuis leur région en majorité républicaine de McCandless, à une trentaine de minutes au nord de Pittsburgh. Très émus, les sexagénaires se décrivent comme des électeurs indépendants qui, avant la tuerie déjà, avaient décidé de voter démocrate lors des élections parlementaires du 6 novembre.

L’attaque antisémite « ne va pas changer mon vote mais j’espère que cela va pousser les gens à prendre conscience qu’il faut s’élever contre l’intolérance et la haine (…) Et qu’il faut dénoncer ceux qui encouragent cela, que ce soit directement ou indirectement », déclare Gary Schermer, enseignant et avocat retraité.

C’est la première fois que les Américains sont appelés aux urnes depuis l’élection de Donald Trump en 2016. Ils vont notamment décider de la majorité au Congrès, détenue aujourd’hui par les républicains.

Si les démocrates reprennent au moins la Chambre des représentants, le président affrontera deux dernières années de mandat extrêmement difficiles.

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