Pour certains, le monde a besoin des OGM
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Pour certains, le monde a besoin des OGM

Si la modification génétique n'est peut-être pas le moyen suffisant pour produire plus de nourriture, elle est une technologie nécessaire, estime Rurik Halaby

David Shamah édite notre section « Start-Up Israel ». Spécialiste depuis plus de dix ans en technologies et en informatique, il est un expert reconnu des start-up israéliennes, de la high-tech, des biotechnologies et des solutions environnementales.

L'ancien président Shimon Peres examine des plantes expérimentales produites par la firme d'agritech israélienne Evogene, lors d'une visite au siège de la société  le 15 juillet 2013. (Photo: autorisation)
L'ancien président Shimon Peres examine des plantes expérimentales produites par la firme d'agritech israélienne Evogene, lors d'une visite au siège de la société le 15 juillet 2013. (Photo: autorisation)

Il y a une dichotomie qui traverse la société occidentale d’aujourd’hui concernant la consommation de la nourriture et de sa production.

D’une part, selon Rurik Halaby, le PDG de société AgriCapital basée à New York – l’un des plus grands cabinets de fusion et d’acquisition de sociétés travaillant dans le domaine de l’agritech (la technologie alimentaire) – le monde produit davantage de nourriture et de meilleure qualité que jamais auparavant.

La raison se trouve dans les grands progrès réalisés dans la technologie de culture et de production de la nourriture. Cependant, malgré l’abondance sans précédent dans le monde d’aujourd’hui, due à la technologie, de nombreuses voix se font entendre contre cette technologie.

« C’est en fait encore plus paradoxal parce que les gens qui sont opposés à l’utilisation de la technologie dans la production alimentaire sont eux-mêmes repus », affirme Halaby, qui note que presque tous les groupes opposés par exemple à la modification génétique des plantes, afin d’améliorer leur croissance, habitent dans les pays occidentaux.

Il n’y en a guère dans des endroits comme le Bangladesh, où, note Halaby, les agriculteurs ont hâte de participer au premier projet de production d’OGM dans l’histoire du pays – élever des aubergines génétiquement modifiées qui peuvent pousser dans des conditions sèches.

Ceux qui sont opposés à l’utilisation de la haute technologie pour modifier les cultures affirment qu’il y a de bonnes raisons – scientifiques – pour s’opposer à la technologie. Ils prétendent que les nombreuses études citées par les partisans pro-technologie tels que Halaby sont inexactes ou trompeuses.

Halaby lui-même est particulièrement qualifié pour discuter de la façon dont la technologie a aidé les agriculteurs. AgriCapital, qu’il a créée il y a 30 ans, ne constitue pas une banque d’investissement en soi – Halaby préfère le terme de « conseiller » pour décrire ce que fait AgriCapital – mais fournit des services de type investissements bancaires, y compris en aidant les entreprises à obtenir un financement ; en mettant sur pied des fusions-acquisitions et en conseillant les entreprises sur les questions et les tendances de l’industrie.

Bon nombre des offres sur lesquelles il travaille sont orientées vers la technologie, finançant l’utilisation de nouvelles machines ou des méthodes de culture dont ses investisseurs espèrent améliorer la productivité et augmenter les bénéfices. Et, de ce fait, il est familier avec la plupart des technologies.

Halaby parlait en marge de la récente conférence Agrivest. A Rehovot, le mois dernier, sur le campus de l’Institut Weizmann, la conférence a réuni une dizaine de start-ups israéliennes dans le domaine agroalimentaire qui ont développé des technologies agricoles innovantes.

La conférence était une initiative de Invest in Israel, le centre de promotion des investissements du ministère israélien de l’Economie, en collaboration avec Trendlines Group et Trendlines Agtech, le seul incubateur orienté agritech en Israël; et Investissements GreenSoil, le seul fonds de capital risque agritech d’Israël.

Selon Steve Rhodes, le PDG de Trendlines Group, « l’agritech israélien est bien placé, avec de nombreux exits dans la dernière année et, je crois, beaucoup plus dans l’année à venir. La croissance mondiale de l’investissement dans l’agritech en 2014 a atteint un record de 2,36 milliards de dollars, ce qui témoigne des tendances positives dans ce domaine ».

Beaucoup croient que le débat porte toujours sur la sécurité des OGM. Il y a ceux qui prétendent que les organismes génétiquement modifiés sont responsables d’une grande variété de maux environnementaux, tels que la mortalité massive des abeilles, l’augmentation spectaculaire de l’autisme chez les enfants, etc.

Halaby n’est cependant pas de cet avis. « Toutes les études scientifiques menées à ce jour montrent que les OGM sont sans danger. L’opposition, en particulier dans des régions comme l’Union européenne, où les OGM sont presque totalement interdits, est tout simplement incompréhensible.

« Les Syndromes attribués à certains OGM, y compris l’augmentation de l’autisme et la disparition des abeilles, pourraient avoir de nombreuses autres causes. »

Rurik Halaby (Photo credit: Courtesy)
Rurik Halaby (Photo: Autorisation)

Mais ce qui intéresse Halaby n’est pas seulement la véracité d’une technologie spécifique ; il est banquier, pas scientifique. Et ce qui l’inquiète c’est la volonté, voire la précipitation, d’ignorer la science et de promouvoir d’autres programmes qui ne sont pas nécessairement fondés sur l’observation et l’étude scientifique objectives.

Alors que les opposants aux OGM affirment que nous ne pouvons pas supposer que nous savons tout, et que la preuve des dommages des OGM à l’écosystème ne peut se révéler qu’ultérieurement, ce qui le dérange, c’est l’hypothèse admise par beaucoup dans le camp des anti-OGM qu’il existe une sorte de « conspiration » visant à introduire des changements dans la chaîne alimentaire.

Un exemple de telles rumeurs concerne des entreprises comme Monsanto, qui auraient fait disparaître du marché les « vraies » graines afin d’obliger les agriculteurs à planter leurs semences génétiquement modifiées.

Ces graines produiraient des fruits sans graines – ou des graines qui ne poussent pas – obligeant les agriculteurs à être dépendants de leurs fournisseurs pour leurs graines.

C’est absurde, dit Halaby. « Dans les années 1930, il y avait trois fois plus de vaches laitières aux États-Unis qu’aujourd’hui, et la population était le tiers de ce qu’elle est aujourd’hui, et il y avait tout juste assez de lait pour satisfaire la demande. »

« Aujourd’hui, non seulement il y a assez de lait pour satisfaire la demande, mais la demande a explosé, car le lait n’est pas seulement utilisé pour la consommation, mais dans un grand nombre de produits laitiers qui n’existaient pas dans les années 30. »

« Étant donné qu’il y a aujourd’hui beaucoup moins de vaches par tête d’habitant qu’il n’y en avait alors, cela signifie que les vaches sont plus de neuf fois plus productives qu’elles ne l’étaient il y a 80 ans. Ce changement est entièrement dû aux efforts déployés par les scientifiques pour trouver des moyens sûrs et efficaces pour augmenter la production de lait. Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres de la façon dont la science a amélioré l’approvisionnement alimentaire », ajoute Halaby.

Un autre « fan » de l’agro-science est Sam Fiorello, directeur des opérations du Donald Danforth Plant Science Center à Saint-Louis, un centre de recherche scientifique à but non lucratif qui développe des technologies des sciences de la plante.

Pour lui, « Nous avons besoin d’un « narratif » de la science agricole, tout comme il y a un narratif pour les autres sciences ».

« Mais nous n’avons vraiment pas le choix. En 2050, nous aurons besoin de nourrir beaucoup plus de gens ; nous allons avoir à produire autant de nourriture dans les 35 prochaines années que nous en avons produit dans les 8 000 dernières années. Pour ce faire, nous allons avoir besoin d’utiliser tous les outils à notre disposition – et les modifications génétiques ne peuvent pas être exclues », a poursuivi Fiorello.

Les discours de Fiorello et de Halaby sont hérétiques pour un grand nombre d’activistes, y compris, en Europe, et de responsables gouvernementaux qui sont fermement opposés aux OGM. En Europe, les cultures OGM sont strictement réglementées et testées avant d’être autorisées à l’utilisation.

Actuellement, 49 OGM – 8 espèces de coton, 28 de maïs, 3 graines d’oléagineux, 7 germes de soja, une de betterave à sucre, une biomasse bactérienne et une biomasse de levure – ont été autorisés en Europe. Tous les autres sont actuellement interdits (même s’il est à signaler que les aliments pour animaux produits aux États-Unis à partir de cultures transgéniques sont largement utilisées en Europe).

La méfiance envers les OGM en Europe est justifiée, affirment les opposants de cette technologie au sein de ces États, qui disent qu’ils peuvent citer leurs propres études scientifiques.

Selon des organisations comme le projet non-OGM, ces études « montrent les risques, et l’absence évidente de réels avantages ont amenés les experts à considérer la modification génétique comme une technologie maladroite et dépassée. Ils présentent des risques auxquels nous ne devons pas nous exposer, compte tenu de la disponibilité de moyens sûrs, efficaces, scientifiquement prouvés, économes en énergie pouvant satisfaire les besoins alimentaires mondiaux actuels et futurs ».

Selon l’organisation, « les aliments génétiquement modifiés n’ont pas été correctement testés pour la sécurité humaine avant qu’ils ne soient mis en vente. En fait, la seule étude publiée testant directement la sécurité d’un aliment transgénique sur des humains a constaté des problèmes potentiels. À ce jour, il n’y a pas eu d’autre étude ».

Si aucun problème lié aux OGM n’est encore apparu sur les radars des scientifiques ou des médecins, le projet ajoute que cela est dû au fait que « les aliments génétiquement modifiés ne sont pas étiquetés aux États-Unis et dans d’autres pays où ils sont largement consommés, et que les consommateurs ne peuvent pas être suivis sur des effets sur leur santé. Pour cette raison, tous les effets sur la santé d’un aliment génétiquement modifié devraient répondre à des conditions inhabituelles avant qu’ils ne soient détectés ».

Mais ces études sont plutôt rares – et beaucoup moins concluantes que celles en faveur des OGM, affirme Fiorello.

Il prétend que « les preuves scientifiques sur des dizaines de millions d’hectares de plantations montrent que c’est une technologie sûre ».

Il estime que l’Europe et les autres endroits où la technologie a été interdite changeront d’avis ; la nécessité étant trop grande.

« Le narratif anti-science est fort, mais je crois que lorsque les scientifiques apprendront à mieux expliquer leur théorie – et quand la nécessité deviendra plus évidente – notre travail sera mieux accepté. »

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