Pour l’assassin de Samuel Paty, une adolescence de violence et d’intolérance
Cet attentat jihadiste a ciblé pour la première fois un enseignant, tué parce que lors d'un cours sur la liberté d'expression, il avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves

Une adolescence violente émaillée d’échecs et vécue dans une vision rigoriste de l’islam avant une radicalisation jihadiste: la cour d’assises d’appel spéciale de Paris est revenue mercredi sur le parcours de l’islamiste tchétchène Abdoullakh Anzorov, l’assassin de Samuel Paty.
Tué après son crime par les forces de l’ordre qu’il menaçait, Abdoullakh Anzorov était en France depuis plus de dix ans et avait un peu plus de 18 ans quand il a décapité le professeur d’histoire-géographie le 16 octobre 2020 aux abords du collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), un assassinat fomenté depuis quelques jours.
Survenu en plein procès des attentats de janvier 2015 (Charlie Hebdo, Montrouge et Hyper Cacher), cet attentat jihadiste a ciblé pour la première fois un enseignant, tué parce que lors d’un cours sur la liberté d’expression, il avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.
Condamnés en première instance à des peines de 13 à 16 ans de réclusion, quatre hommes sont rejugés en appel. Deux amis d’Evreux d’Anzorov, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, sont accusés de l’avoir véhiculé et de l’avoir aidé à se procurer des armes.
Deux autres, un parent d’élève, Brahim Chnina, 54 ans, et un prédicateur islamiste, Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, répondent de la campagne de haine préalable à l’assassinat dont ils furent des artisans majeurs. Eux ne connaissaient pas Abdoullakh Anzorov, même si celui-ci a contacté Brahim Chnina quelques jours avant son crime.
Selon un enquêteur antiterroriste, dans les mois précédant le crime, « à partir de la fin 2019 et plus particulièrement du printemps 2020 », la vision très rigoriste de l’islam dans laquelle Abdoullakh Anzorov a grandi prend un tour inquiétant qui l’amène « à adhérer aux thèses jihadistes ».
Intransigeant sur les horaires de prière, il s’y plie sur le parking de sa salle de sport, perd un travail sur un chantier du bâtiment en septembre pour avoir demandé d’interrompre un trajet pour la faire et refusé de travailler le vendredi, s’inquiète que ses frères fréquentent une école mixte…
« Violence omniprésente »
Selon l’enquêteur, sur les réseaux sociaux, « il envoie de nombreux rappels d’obligations religieuses », se montre « virulent sur les questions des vêtements des femmes », s’en prend aux chiites, aux juifs, estime que c’est à la France de s’adapter à l’islam et non l’inverse.
Surtout, il exprime un « attrait certain pour les groupes terroristes », projette de partir en Syrie, est conquis par un prêche à la mosquée de Pantin favorable au jihad, fait l’éloge d’Oussama Ben Laden ou des combattants tchétchènes.
Inquiet de son évolution, son père fouille son portable. Pourtant, ce dernier ne défend pas une version libérale de l’islam, poursuit le policier, évoquant ses liens de proximité avec des combattants tchétchènes liés à Al-Qaïda.
Son statut d’opposant au dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov a permis à cette famille « très pieuse » d’obtenir en 2008 le statut de réfugiés. Mais l’éducation « très stricte » prodiguée aux enfants ne permet « aucune conciliation » avec « les valeurs républicaines », selon le policier qui évoque ainsi le « refus systématique » des parents « de serrer la main des professeurs du sexe opposé ».
Au sein de la fratrie, « la violence est omniprésente », selon l’enquêteur qui raconte cette partie de football avec une tête de chaton ou les bagarres incessantes. « Personne violente », « froide », Abdoullakh Anzorov est « très rapidement repéré comme un élément perturbateur » à l’école. Exclu à plusieurs reprises, il quitte définitivement le lycée en février 2018 après une énième bagarre.
Il pratique divers sports de combat mais, là encore, est exclu de clubs, refusant de se plier à l’autorité, expliquant « qu’il peut faire ce qu’il veut puisqu’il est tchétchène ».
A ces échecs scolaires et sportifs s’ajoute en avril 2020 un refus d’habilitation à travailler dans la sécurité privée, en raison de ses antécédents de violences. Six mois plus tard, Abdoullakh Anzorov assassine Samuel Paty.
Avant de mourir, il enregistre un message se félicitant d’avoir « vengé le Prophète Mohammad » et poste d’ultimes messages : la photo de la tête décapitée ainsi qu’une revendication adressée « à Macron, le dirigeant des infidèles ».







