Pour les groupes terroristes palestiniens, MBS ouvre la voie à la normalisation
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Pour les groupes terroristes palestiniens, MBS ouvre la voie à la normalisation

L'AP garde le silence sur les propos de Mohammed ben Salmane reconnaissant le droit d'Israël à sa patrie ; le Hamas, le FPLP, le Jihad islamique en colère contre Ryad

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le prince héritier Mohammed ben Salmane assiste à une réunion aux Nations Unies le 27 mars 2018 à New York. (Crédit : AFP / Bryan R. Smith)
Le prince héritier Mohammed ben Salmane assiste à une réunion aux Nations Unies le 27 mars 2018 à New York. (Crédit : AFP / Bryan R. Smith)

Les groupes terroristes palestiniens ont accusé mercredi le prince héritier Mohammed ben Salmane d’avoir ouvert la voie à la « normalisation » entre les pays arabes et Israël.

Dans une interview publiée lundi, Salmane a reconnu le droit d’Israël à exister et a salué la perspective de relations diplomatiques futures entre son royaume et l’État juif.

Ses propos, qui ont mis en colère de nombreux Palestiniens et Arabes, ont été prononcés lors d’un entretien avec Jeffrey Goldberg de The Atlantic.

Lorsqu’on lui a demandé s’il croyait que « le peuple juif a droit à un État-nation dans au moins une partie de sa patrie ancestrale », il a répondu : « Je crois que chaque peuple, où qu’il soit, a le droit de vivre dans sa nation pacifique. « Je crois que les Palestiniens et les Israéliens ont le droit d’avoir leur propre terre. »

L’Autorité palestinienne a choisi d’ignorer les déclarations de Salmane dans une volonté évidente d’éviter de déclencher une crise entre Ramallah et Ryad.

Dans un geste visant à éviter une telle crise et à relayer un message selon lequel les Palestiniens étaient désireux de rester en bons termes avec l’Arabie Saoudite, le président de l’AP Mahmoud Abbas a exprimé mardi son « estime » pour le monarque saoudien (le père de Salmane) pour son « soutien ferme et constant à la cause palestinienne et à Jérusalem et ses lieux saints ».

Commentant les déclarations du jeune Salmane, le leader du Hamas Musa Abu Marzouk a déclaré dans un tweet : « Tous ceux qui s’adressent aux Américains et aux sionistes avec des mots ambigus et parlent de concessions pour les apaiser vivent dans l’illusion ».

Ahmed Yusef, un haut responsable du Hamas dans la bande de Gaza, a accusé Salmane de mener une campagne pour « vendre et promouvoir » Israël dans le monde arabe.

« Je suis surpris de voir comment cette entité [Israël] peut être commercialisée », a déclaré M. Yusef. « C’est une question très dangereuse qui doit être reconsidérée. Malheureusement, le virus de la normalisation [avec Israël] a commencé à pénétrer certains régimes arabes, tandis que les Arabes et les musulmans restent catégoriquement opposés à la normalisation avec Israël. La normalisation est un microbe dangereux. »

Les Palestiniens, a-t-il ajouté, sont « capables de contrecarrer toutes ces conspirations ».

Wasfi Qabaha, un haut responsable du Hamas en Cisjordanie, a déclaré que les discours de Salmane faisaient partie d’un plan dangereux visant à liquider la cause palestinienne. Les déclarations, a-t-il ajouté, visaient à ouvrir la voie à une « normalisation complète entre les pays arabes et Israël ».

Le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), l’un des nombreux groupes terroristes de l’OLP, a estimé que les déclarations de Salmane « révèlent son rôle de parrain de l’accord américain du siècle, qui est dirigé contre les droits des Palestiniens ».

L’“accord du siècle” est l’expression utilisée par le président américain Donald Trump pour décrire son plan tant attendu pour la paix au Moyen-Orient.

Jamil Muzher, un haut fonctionnaire du FPLP, a déclaré que les déclarations du prince héritier saoudien « révèlent le rôle malveillant que le régime saoudien joue pour saper la stabilité dans la région arabe afin de servir les intérêts israéliens et américains dans cette région ».

Les déclarations de Salmane, a-t-il dit, visent à « normaliser » les relations entre l’Arabie saoudite et l’“entité sioniste”. Ces déclarations s’inscrivent également dans le cadre de la construction d’une coalition contre l’Iran, le Hezbollah et la « résistance » palestinienne, a accusé Muzher.

Les déclarations de Salmane, a ajouté le FPLP, font partie de l’effort de Ryad pour s’attacher à l’“entité sioniste et au lobby”.

L’organisation terroriste palestinienne du Jihad islamique condamne également les déclarations de Salmane et affirme que « le droit des Palestiniens à la Palestine est absolu et non relatif ».

Daoud Shehab, porte-parole du groupe terroriste, a déclaré qu’il « déplorait et rejetait » les propos de Salmane. Affirmant que les déclarations visaient à « apaiser les États-Unis et Israël au détriment des droits des Arabes et des musulmans », Shehab a déclaré que les vues de Salman démontraient « une ignorance évidente de la réalité de l’histoire et de la nature du conflit [israélo-arabe] ».

La reconnaissance du droit d’Israël à l’existence, ajoute Shehab, est « nulle et illégitime ». Il a affirmé que les vues de Slamane ne reflétaient pas celles des Arabes et des musulmans. « Reconnaître l’entité sioniste constitue une menace pour notre identité culturelle », a-t-il affirmé.

Mercredi également, Abdul Aziz Al Ishaq, responsable de la communication au Centre de Doha pour la liberté des médias, a demandé dans un tweet à ses 90 000 abonnés pourquoi Salmane n’avait pas reconnu aussi le droit des Juifs sur certaines parties de l’Arabie saoudite.

L’année dernière, l’Arabie saoudite et cinq autres pays arabes ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, invoquant comme principale raison le prétendu soutien de l’émirat au terrorisme. Depuis lors, le Qatar et l’Arabie saoudite se sont engagés dans une campagne de diffamation réciproque.

La campagne contre Salman est actuellement contrée par un autre effort mené par de nombreux Saoudiens et partisans de Salman dans tous les pays arabes et islamiques. Ils qualifient Salmane de « personnage historique » et de leader « honnête » et « courageux ».

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