Israël en guerre - Jour 140

Rechercher

Pour une alliée de Netanyahu, Hayut est responsable de l’attentat de Jérusalem

Tally Gotliv a écrit un tweet disant que les avertissements de la cheffe de la Cour suprême contre la réforme judiciaire ont entraîné l'attaque à la voiture-bélier de vendredi

A gauche : la présidente de la Cour suprême Esther Hayut lors d'une audience à Jérusalem, le 2 janvier 2023. A droite : la députée du Likud  Tally Gotliv lors d'une réunion de la Commission de la Constitution, du droit et de la justice à la Knesset de Jérusalem, le 30 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
A gauche : la présidente de la Cour suprême Esther Hayut lors d'une audience à Jérusalem, le 2 janvier 2023. A droite : la députée du Likud Tally Gotliv lors d'une réunion de la Commission de la Constitution, du droit et de la justice à la Knesset de Jérusalem, le 30 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Après un week-end meurtrier marqué par une attaque à la voiture-bélier palestinienne qui a fait trois morts à Jérusalem, une femme membre du parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Likud, a accusé samedi soir la cheffe de la Cour suprême, Esther Hayut, d’avoir été la responsable improbable de l’attentat.

Dans un tweet invraisemblable, la députée Tally Gotliv a affirmé que la mise en garde lancée, il y a plusieurs semaines, par Hayut contre le plan de refonte radicale du système judiciaire israélien qui est envisagé par le gouvernement a amené les ennemis de l’État juif à commettre des attaques dans la mesure où ils sont parvenus à « identifier une faiblesse » dans la société israélienne.

« J’attribue toute la responsabilité de l’attentat à la présidente de la Cour suprême Esther Hayut », a écrit Gotliv. « Elle est responsable d’avoir laissé se propager un sentiment de chaos dans la nation israélienne. Je l’accuse de destruction, d’avoir causé un grave préjudice à la démocratie et à l’état de droit ».

Selon la députée, Hayut « a attisé la crainte face au gouvernement de droite, pas seulement au sujet de la refonte judiciaire. Et tant pis si ça entraîne le chaos, tant pis si nos ennemis nous attaquent parce qu’ils perçoivent une faiblesse en nous – tout est acceptable s’agissant de renverser un gouvernement de droite ».

Les politiciens de l’opposition et les analystes de tout le spectre politique ont immédiatement rejeté ces propos, notamment des partisans de la réforme de la justice et des membres de la droite de l’échiquier politique israélien.

« Les incitations [à la haine] n’ont aucune limite », a réagi Yulia Malinovsky, législatrice du parti d’opposition Yisrael Beytenu. Il n’y a vraiment aucune ligne rouge que vous ne franchirez pas ».

L’ancien député de HaMahane HaMamlahti, Eitan Ginzburg, a indiqué que le tweet était « diffamatoire » et qu’il « lançait des incitations », ajoutant que « une membre de la Knesset accuse la présidente de la Cour suprême d’un attentat terroriste meurtrier. Comment en sommes-nous arrivés à ça ? ».

L’ex-parlementaire du parti Yamina, Abir Kara, a déclaré qu’il était incroyable « de ne pas supprimer ces mots diffamatoires en présentant immédiatement des excuses ». Il a estimé que le seul coupable de l’attaque était « un ennemi palestinien méprisable » et il a qualifié la coalition de « gang de pyromanes psychotiques ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le ministre de la Justice, Yariv Levin, pendant un vote à la Knesset, le 13 décembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le mois dernier, Hayut avait prononcé un discours d’une grande férocité dénonçant le plan de refonte du système judiciaire de Netanyahu. Elle avait averti que cette initiative allait porter « un coup fatal » à la nature démocratique du pays.

Le projet de refonte du ministre de la Justice Yariv Levin, qui est soutenu par Netanyahu, prévoit de restreindre de manière importante la capacité de la Haute-cour à invalider des lois et des décisions gouvernementales avec l’adoption d’une clause dite « dérogatoire » qui permettrait au Parlement de surseoir aux décisions de la Cour suprême avec un vote à la majorité simple de 61 députés. Ces propositions prévoient aussi de donner au gouvernement le contrôle total de la sélection des juges ; de faire disparaître la notion juridique du « caractère raisonnable » du code pénal israélien, une notion sur laquelle s’appuient les magistrats pour juger une législation ou une décision prise par la coalition et elles prévoient également que les ministres seront autorisés à nommer leurs propres conseillers juridiques au lieu de devoir faire appel à ceux qui opèrent sous les auspices du ministère de la Justice. Le plan a suscité des critiques intenses et des avertissements de la part des plus éminents experts, ainsi que des manifestations massives et des pétitions publiques lancées par des officiels variés, des professionnels et des entreprises privées, qui ont tous averti que ces réformes porteront atteinte à la démocratie et à l’économie.

Hayut avait averti que de telles réformes saperaient de manière irrémédiable l’indépendance judiciaire, qu’elles donneraient à la Knesset « un chèque en blanc » permettant au Parlement de faire adopter toutes les législations qui lui plaisent – même celles contrevenant aux droits civils de base – et qu’elles enlèveront au tribunal les outils dont il a besoin pour servir de contre-pouvoir efficace.

Le ministre de la Justice, Yariv Levin, avait fustigé l’allocution de Hayut à ce moment-là, affirmant qu’elle soulignait combien le système judiciaire s’était politisé et il avait estimé qu’elle avait violé l’éthique que les juges en exercice sont tenus de respecter.

Gotliv n’a pas été la seule membre de la coalition dont la réaction à l’attentat à la voiture-bélier de vendredi a entraîné l’indignation.

Suite à l’attaque terroriste, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a diffusé un communiqué disant qu’il avait demandé aux forces de l’ordre de se préparer en vue d’une opération de répression antiterroriste majeure à partir de dimanche, évoquant de manière spécifique une campagne militaire restée célèbre, en 2002, qui avait pris pour cible les groupes terroristes de Cisjordanie. Ben Gvir n’a néanmoins pas la compétence nécessaire pour approuver seul une telle opération et ses propos ont été rejetés par un haut-responsable du gouvernement.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir sur la scène d’une attaque terroriste meurtrière près du carrefour de Ramot, à Jérusalem, le 10 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le responsable, qui a témoigné sous couvert d’anonymat auprès de plusieurs journaux israéliens, a indiqué que « des décisions d’une telle ampleur ne sont pas prises sur un trottoir via des déclarations faites par un ministre ou par un autre, sur la scène d’un attentat ».

L’officiel a fait remarquer que Netanyahu déciderait d’une opération seulement après avoir rencontré l’establishment de la sécurité et après un débat au cabinet qui doit se réunir dimanche.

Il a ajouté qu’il n’était pas question « de punir collectivement tous les habitants de Jérusalem-Est », faisant remarquer que tout passage à l’action devrait aussi prendre en compte la prochaine saison du Ramadan et la nécessité d’autoriser la liberté de culte à Jérusalem.

Samedi soir, Ben Gvir a posté un tweet où il répétait ses propos initiaux, déclarant être « déterminé » à lancer l’opération.

« A l’attention de ceux qui parlent contre moi : la police a la compétence nécessaire pour démolir des constructions illégales, pour arrêter plus de 150 cibles et pour lancer des raids dans leurs habitations, pour mettre un terme aux incitations dans les mosquées et pour arrêter ceux qui ont des créances fiscales, etc… », a-t-il déclaré.

« La rencontre du cabinet est importante et j’y soumettrai de nouvelles demandes – mais la gouvernance est très importante et je vais m’assurer qu’elle se concrétisera sur le terrain », a ajouté Ben Gvir.

Les médecins et la police sur les lieux d’une attaque meurtrière à la voiture-bélier près du carrefour de Ramot, à Jérusalem, le 10 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90) Insert: Yaakov Yisrael Paley, 6 ans (à gauche) et Asher Menahem Paley, 8 ans, tués dans l’attentat.

L’attaque de vendredi a été commise à un arrêt de bus près du site de Nebi Samuel, entre Jérusalem et la ville palestinienne de Ramallah. Le terroriste, Hussein Qaraqa, avait projeté sa voiture sur un groupe de personnes, tuant Yaakov Yisrael Paley, 6 ans, et Alter Shlomo Lederman, 20 ans.

Le frère aîné de Paley, Asher Menahem Paley, 8 ans, avait été grièvement blessé dans l’attentat et il avait succombé à ses blessures dans la journée de samedi. Moshie, 10 ans, le plus grand de la fratrie, avait été légèrement touché et il avait finalement quitté l’hôpital Hadassah pendant le week-end. Le père des enfants, âgé de 42 ans, est encore hospitalisé. Il est dans un état modéré.

Parmi les autres victimes, deux jeunes hommes d’une vingtaine d’années qui sont actuellement dans un état grave, ont dit les médecins.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.