Pour Washington, Evyatar est « illégal, même en vertu du droit israélien »
Rechercher

Pour Washington, Evyatar est « illégal, même en vertu du droit israélien »

Interrogé sur la question de l'avant-poste, le département d'État déclare qu'il est essentiel de s'abstenir de toute mesure susceptible de nuire à la solution à deux États

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'avant-poste d'Evyatar, au nord de la Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit 
: "Evyatar - new town in Samaria" / Facebook)
L'avant-poste d'Evyatar, au nord de la Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit : "Evyatar - new town in Samaria" / Facebook)

Le département d’État américain a condamné mercredi le nouvel avant-poste d’Evyatar en Cisjordanie, que le gouvernement israélien a accepté de maintenir intact pour l’instant malgré son caractère illégal.

« Nous pensons qu’il est essentiel de s’abstenir de mesures unilatérales qui exacerbent les tensions et compromettent les efforts visant à faire progresser des mesures égales de liberté, de sécurité et de prospérité et une solution négociée à deux États. Cela englobe certainement l’établissement de nouveaux avant-postes qui sont illégaux, même en vertu du droit israélien », a déclaré un porte-parole du département d’État, interrogé sur la question d’Evyatar.

La première ligne de la réponse préparée est celle que l’administration Biden répète depuis des mois lorsqu’on lui demande de commenter la construction d’implantations, les démolitions de maisons et les expulsions par Israël, ainsi que l’incitation à la haine et les paiements aux terroristes par les Palestiniens.

Une source familière de la question a déclaré au Times of Israël que les États-Unis surveillaient Evyatar depuis sa création fin avril et qu’ils espéraient que le gouvernement prendrait des mesures pour démanteler le site, étant donné que le ministère de la Défense avait reconnu qu’il avait été construit sans les permis appropriés sur un terrain qui n’appartient pas à l’État.

L’impression israélienne, basée sur les récents entretiens avec l’administration Biden, est que les États-Unis reconnaissent qu’ils ne peuvent pas pousser Jérusalem à prendre des mesures majeures vis-à-vis des Palestiniens, ce qui risquerait de faire s’effondrer la coalition politiquement diverse, ont déclaré des responsables israéliens au Times of Israël cette semaine.

L’administration Biden est prête à donner au nouveau Premier ministre Naftali Bennett un peu de temps avant de faire des demandes dans le cadre de la question palestinienne, mais elle n’est pas prête à accepter une paralysie totale et s’exprimera clairement contre les mesures unilatérales, a déclaré une source.

Le président américain Joe Biden, à droite, et le président israélien Reuven Rivlin, à gauche, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, aux États-Unis, le 28 juin 2021. (Crédit : POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Plus tôt dans la journée de mercredi, les résidents d’Evyatar ont donné leur approbation finale à un accord avec le gouvernement qui leur permettra de quitter la colline de Cisjordanie avant le week-end, tout en laissant une partie de l’avant-poste intacte.

Selon le Conseil régional de Samarie, l’accord prévoit que l’État réexaminera le statut des terres de l’avant-poste en vue de les rendre légales pour une future implantation, après « qu’il aura été prouvé qu’Evyatar n’est pas situé sur des terres privées ».

Le gouvernement n’a pas encore commenté l’accord.

Le Conseil régional a déclaré qu’en vertu de l’accord, les résidents d’Evyatar partiront mais que ses structures ne seront pas démolies et l’armée israélienne transformera immédiatement l’avant-poste en poste militaire de fortune. Plus tard, une nouvelle yeshiva y sera établie.

Pendant ce temps, les autorités vont examiner le statut juridique du terrain. Si l’utilisation du terrain à des fins résidentielles est finalement approuvée, ils pourront retourner dans la communauté, selon la déclaration.

Le député Mossi Raz, du parti de coalition de gauche Meretz, a déclaré que si l’accord était définitif, il était « très grave ».

Des résidents de l’avant-poste illégal d’Evyatar, dans le nord de la Cisjordanie, le 16 juin 2021, pendant une réunion avec le ministère de la Défense. (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

« C’est tout simplement de la folie, laisser des criminels terroristes décider où une base de l’armée sera formée », a déclaré Raz à la radio 103FM. « Ce sont des membres de la famille de criminels qui ont volé des terres, ce sont vraiment des terroristes. Je préfère que l’avant-poste reste tel quel plutôt que cette fraude qu’on appelle un compromis – ce n’est pas un compromis, c’est une capitulation. »

Bennett, un ancien leader des implantations, qui dirige le parti de droite Yamina, aurait à cœur d’éviter d’avoir à procéder à la suppression de l’avant-poste, compte tenu de la situation politique actuelle dans laquelle la coalition peine à conserver une majorité à la Knesset.

La position du Premier ministre l’a manifestement emporté, malgré l’insistance initiale de Gantz et de l’establishment sécuritaire pour que l’avant-poste soit supprimé, compte tenu de la pression qu’il exerce sur l’armée, qui sera désormais obligée de sécuriser la communauté.

La majorité de la communauté internationale considère toutes les implantations israéliennes en Cisjordanie comme illégales, mais la loi israélienne fait la distinction entre les implantations autorisées par le ministère de la Défense et les avant-postes établis sans autorisation, généralement par des jeunes motivés idéologiquement. De nombreuses implantations ont débuté en tant qu’avant-postes illégaux et n’ont obtenu l’approbation rétroactive du gouvernement qu’après avoir attiré une importante population de résidents.

Evyatar, situé au sud de Naplouse sur des terres que les Palestiniens disent avoir traditionnellement travaillées mais auxquelles l’armée israélienne leur a interdit d’accéder, a été créé début mai à la suite d’une fusillade meurtrière à la jonction Tapuah, située à proximité. Des versions antérieures de l’avant-poste ont été rasées plusieurs fois depuis que les Israéliens ont essayé de s’installer sur le site en 2013.

L’administration civile dit ne pas avoir déterminé à qui appartenait le terrain. Selon les lois sur la propriété en Cisjordanie, les terres non cultivées peuvent redevenir propriété publique.

Des Palestiniens protestent contre l’avant-poste d’Evyatar dans le village de Beita, près de la ville de Naplouse en Cisjordanie, le 27 juin 2021. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

L’avant-poste s’est rapidement développé au cours des deux derniers mois, jusqu’à compter une cinquantaine de mobil-homes et d’autres structures de fortune abritant des dizaines de familles. Sa page Facebook se vante qu’Evyatar empêche la contiguïté entre les villages palestiniens environnants tout en reliant l’implantation israélienne de Tapuah à la jonction de Za’atara et à l’implantation de Migdalim.

La population a encore augmenté cette semaine, alors que des jeunes de droite ont installé leur camp sur le site et se sont préparés à résister à l’évacuation imminente.

La zone proche de l’avant-poste a été le théâtre d’affrontements répétés ces dernières semaines, les Palestiniens protestant contre la création de l’avant-poste, lançant parfois des pierres sur les troupes et brûlant des parcelles de terrain. Les soldats israéliens ont répondu par des munitions de dispersion anti-émeute et, dans certains cas, par des balles réelles, tuant quatre Palestiniens.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...