Pourquoi Abbas est-il opposé à un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas ?
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Analyse

Pourquoi Abbas est-il opposé à un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas ?

Le chef de l'AP ne veut pas que le groupe terroriste, qui a expulsé le Fatah de Gaza en 2007, devienne légitime pour diriger l’enclave palestinienne

Le chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime lors d'une réunion avec le comité central palestinien dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 15 août 2018. (Crédit : AFP/Abbas Momani)
Le chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime lors d'une réunion avec le comité central palestinien dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 15 août 2018. (Crédit : AFP/Abbas Momani)

Israël et le Hamas auraient négocié indirectement un accord de cessez-le-feu ces dernières semaines par l’intermédiaire des services de renseignements égyptiens et de l’envoyé spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nikolay Mladenov.

Alors que les parties n’ont pas convenu de conditions définitives – et qu’il n’y a aucune certitude sur le fait qu’elles seront mises en vigueur –, un certain nombre de sources ont indiqué qu’un tel accord permettrait de mettre fin à la violence et aux tensions dans la région frontalière entre Gaza et Israël durant une certaine période.

Un important assouplissement du blocus d’Israël contre la bande de Gaza serait mis en place, et des centaines de millions de dollars seraient investis dans des projets de développement sur le territoire.

De nombreux Palestiniens de Gaza, confrontés à une crise humanitaire et contraints de vivre avec une consommation extrêmement limitée en électricité, une eau potable excessivement sale et un taux de chômage extrêmement élevé, espèrent que cet accord pourra se concrétiser.

Cependant, pour le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, la perspective d’un cessez-le-feu à long terme entre Israël et le Hamas serait tout sauf souhaitable.

Photo d’illustration : des manifestants palestiniens agitent des drapeaux lors d’affrontements avec les forces de sécurité israéliennes dans la banlieue est de la ville de Gaza, près de la frontière avec Israël, le 12 janvier 2018. (Photo AFP / Mohammed Abed)

« Sur mon cadavre, il y aura un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas », aurait déclaré M. Abbas selon un haut responsable du Fatah resté anonyme qui s’est exprimé à la Dixième chaîne israélienne mardi.

Une des raisons pour lesquelles Abbas s’oppose fermement à un tel accord est qu’il veut que l’Autorité palestinienne contrôle la bande de Gaza avant que ce même accord ne soit signé.

« Il n’est pas possible de parler d’un cessez-le-feu avant de parvenir à une réconciliation », a déclaré Hussein al-Sheikh, proche confident d’Abbas et membre du Comité central du Fatah, lundi soir.

Ce qu’il veut dire est qu’un accord de cessez-le-feu ne pourrait précéder la mise en œuvre d’un accord de réconciliation palestinien interne incluant la reprise du contrôle de Gaza par l’Autorité palestinienne.

Le Hamas contrôle Gaza depuis qu’il a forcé l’éviction de l’AP, dominée par le Fatah, en 2007. Alors que le Fatah et le Hamas ont signé des accords afin que Gaza soit sous l’égide d’un seul gouvernement, ils ont échoué à plusieurs reprises à les mettre en œuvre.

Le chef du Hamas Ismail Haniyeh pendant un discours au premier jour de l’Aid al-Adha à Gaza, le 21 août 2018. (Crédit : AFP Photo/Anas Baba)

« L’Autorité palestinienne est le seul parti à avoir la légitimité de superviser le développement de Gaza », a déclaré au Times of Israël un haut responsable du Fatah, qui a demandé à rester anonyme.

« Ni les dirigeants palestiniens ni la communauté internationale ne peuvent permettre à un parti qui a illégalement pris le contrôle de Gaza d’en assurer son développement… Sinon, le fossé entre la Cisjordanie et Gaza sera encore renforcé. »

Autre raison pour laquelle Abbas s’oppose fermement à un éventuel accord de cessez-le-feu : il pense que l’OLP seule devrait négocier.

« L’OLP est le seul parti capable de négocier au nom du peuple palestinien », a déclaré Ahmad Majdalani, membre du comité exécutif de l’OLP. « Nous ne sommes pas contre un cessez-le-feu. En fait, nous soutenons un cessez-le-feu, mais l’OLP doit le négocier. Le Hamas n’a aucune légitimité pour le conclure. »

Le responsable de l’OLP Ahmad Majdalani (Page Facebook)

Abbas et les dirigeants palestiniens basés à Ramallah répètent souvent l’idée que l’OLP « est le seul représentant légitime du peuple palestinien ».

Un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, qui n’est pas membre de l’OLP, semble contester cette idée. Cela semblerait également montrer qu’Israël et certains membres de la communauté internationale sont prêts à travailler avec le Hamas et à contourner l’OLP et l’AP lorsqu’ils traitent avec Gaza.

Un tel accord de cessez-le-feu semblerait isoler Abbas à Gaza, tout en légitimant le Hamas et sa domination dans l’enclave côtière, qu’il a combattue avec acharnement depuis que le groupe a pris le contrôle du territoire.

« C’est soit l’OLP qui négocie l’accord, soit personne », a déclaré le haut responsable du Fatah.

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